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Femmes séropositives | Religions

Le difficile combat des femmes musulmanes et séropositives

21 décembre 2007 (PLUSNews)

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En cinq ans, l’indonésienne Heldina Irayanti a fait tellement de séjours dans des cliniques de désintoxication qu’elle en a perdu le compte.

L’un d’entre eux, cependant, est resté gravé dans sa mémoire. C’était en 2002, sa cinquième année en tant que consommatrice de drogues injectables. La raison pour laquelle cette occasion l’a marquée est douloureuse : c’est à ce moment-là qu’elle a reçu un résultat positif à son test VIH.

« C’est là que j’ai finalement arrêté de me droguer », a-t-elle raconté à IRIN/PlusNews.

Après le choc initial, cette jeune femme, aujourd’hui âgée de 28 ans, a décidé de révéler publiquement sa séropositivité. Elle en a parlé à sa famille, ses amis et son fiancé de l’époque, Yulius Adam, aujourd’hui son mari, qui est lui aussi ex-consommateur de drogues injectables et séropositif, diagnostiqué avant elle.

C’est alors que Mme Irayanti a réalisé qu’il lui faudrait encore affronter, en tant que femme, musulmane et séropositive, beaucoup de préjugés. La discrimination a commencé dans sa propre famille.

« La famille d’Adam m’a accusée de lui avoir transmis le virus, même si, lorsqu’il a été diagnostiqué séropositif, le résultat de mon test était négatif », a-t-elle dit.

Pour Mme Irayanti, les femmes musulmanes séropositives souffrent davantage de préjugés que les hommes dans la même situation.

Deux poids, deux mesures

La discrimination a été le dénominateur commun entre les histoires des femmes musulmanes séropositives présentes lors de la Conférence Islamique Internationale sur le VIH/SIDA, organisée fin novembre à Johannesbourg, en Afrique du Sud, par l’organisation non-gouvernementale Islamic Relief Worldwide (IRW, en anglais).

« Les femmes sont encore considérées comme des créatures secondaires », a affirmé Zahra-Tul Fatima, conseillère de l’AMAN Pakistan Foundation.

Dans l’histoire de l’Islam, les femmes étaient des leaders, a dit Mme Zahra-Tul. « Aujourd’hui, il est difficile de trouver une femme qui interprète le Coran en raison de la domination masculine chez les dirigeants islamiques. Mais le Coran respecte les genres. »

Pour Hany El-Banna, président de l’IRW, c’est la frontière ténue entre la culture et la religion qui alimente ce système de « deux poids, deux mesures ».

« Le Coran prêche l’égalité dans la récompense et le pardon des péchés », a-t-il dit. « La mentalité de la différence n’est pas correcte, mais dans certains pays, la culture est plus forte que la religion ».

M. El-Banna a cité l’exemple des ’crimes d’honneur’ pratiqués dans certains pays du Moyen-Orient : une jeune femme qui entretient -ou qui est soupçonnée d’entretenir- des relations sexuelles avant le mariage est assassinée afin de préserver l’honneur de la famille.

« Pourquoi ne tuent-ils pas aussi le garçon ? Il faut qu’il y ait un équilibre et une justice », a-t-il affirmé.

Sindile Ngubane, de l’organisation sud-africaine pour les réfugiés Al-Ansaar Refugee Services, à Durban, a utilisé l’exemple de la grossesse adolescente pour illustrer ce déséquilibre.

« Si une adolescente tombe enceinte, elle sera probablement récriminée et rejetée », a-t-il dit. « Mais si un garçon met une jeune fille enceinte, personne ne dira rien. On dira probablement qu’il a été victime d’une mauvaise femme ».

Pour Mme Irayanti, il n’est pas nécessaire d’aller si loin. « Dans la communauté musulmane, il suffit qu’une fille arrive tard à la maison pour que les gens disent ’’ce n’est pas une fille bien’’ », a-t-elle affirmé.

Pécheresses et rejetées

Cette inégalité s’observe également lorsqu’il s’agit de VIH/SIDA.

Fatima a raconté l’histoire de deux femmes séropositives qu’elle a connues dans la région du Punjab, en Inde. Les deux disaient avoir été infectées par leurs maris, mais cachaient le résultat du test de peur de l’abandon et du rejet.

« Elles avaient peur de le raconter et d’être considérées comme des pécheresses. Et la règle veut qu’une pécheresse soit rejetée », a-t-elle expliqué. « Les hommes sont aussi rejetés, mais nettement moins que les femmes ».

La Sud-africaine Riana Jacobs, première musulmane à avoir assumé publiquement sa séropositivité au Cap, en 2004, a estimé que la discrimination était due en partie au fait que les femmes étaient généralement plus nombreuses que les hommes à assumer leur condition.

« Les hommes préfèrent garder le secret », a affirmé Mme Jacobs, diagnostiquée séropositive en 2000.

Une des raisons des préjugés est le fait que le VIH soit hautement associé aux relations sexuelles illicites. Mais la discrimination est une constante, même lorsque la personne a été infectée par d’autres moyens.

Sabrina Salim, 37 ans et trois enfants, a été contaminée lors d’une transfusion sanguine en Tanzanie, son pays natal. Elle n’a découvert sa séropositivité que lorsqu’elle a dû faire le test VIH exigé par le gouvernement canadien pour les candidats à l’immigration.

Le préjugé l’a suivie jusqu’à Toronto, où elle vit aujourd’hui. Elle a raconté sa condition à une amie qui s’est empressée de faire savoir à toute la communauté africaine locale que Mme Salim était séropositive, ce qui a eu pour effet d’entraîner des médisances remettant en question sa réputation.

« Les femmes s’appelaient pour dire : ’’fais attention à ton mari, il y a une femme ’libre’ parmi nous’’ », a-t-elle raconté.

La femme a des droits

Pour Lina Al-Homri, docteur en Sharia, la loi musulmane, à la Faculté de Dawa (enseignement musulman) à Damas, en Syrie, seule l’éducation peut faire diminuer la stigmatisation et la vulnérabilité des femmes musulmanes face au VIH.

« Le droit à l’éducation est tout le temps bafoué, mais l’éducation ne dépend pas du sexe [d’une personne] », a-t-elle dit, devant un audience masculine perplexe. « Il faut accorder aux femmes le droit qu’Allah leur a donné de s’éduquer et de s’exprimer ».

Selon Mme Al-Homri, la prévention du VIH parmi les femmes musulmanes est directement liée aux droits de la femme, tels que le choix du mari, le droit de demander le divorce, de solliciter que son partenaire fasse le test de dépistage du VIH, de refuser les relations sexuelles avec son mari, d’exiger l’usage du préservatif et de se séparer d’un mari séropositif.

Mme Fatima, de l’AMAN Pakistan Foundation, a suggéré des mesures pratiques.

« Il faut davantage de centres de dépistage, avec une garantie de confidentialité et un système de soutien. Et surtout, il faut accorder plus de pouvoir et d’autonomie aux femmes musulmanes », a-t-elle dit.

Malgré les difficultés, certaines femmes choisissent de payer le prix de déclarer publiquement leur condition.

La décision de Mme Irayanti a eu des répercussions même pour son fils, Bilal, âgé de trois ans, qui a vu ses camarades de classe se faire changer d’école par des parents craintifs.

Bilal, qui est séronégatif, a été lui aussi retiré de l’école, mais il y est retourné après que Mme Irayanti a expliqué sa situation.

Elle a dit considérer avoir une responsabilité en tant que musulmane et séropositive. « Nous devons l’affronter, il est temps que l’on parle de VIH et de sida. Si on n’en parle pas, rien ne changera », a-t-elle plaidé.