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CROI 2013 : Hépatite C, infections opportunistes, éradication du VIH (avec Guillaume Breton)

14 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Guillaume Breton : Je suis médecin dans un service de médecine interne à Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière.

Sandra : Alors vous revenez des Etats-Unis ?

Guillaume Breton : Oui effectivement, j’ai eu la chance d’aller à Atlanta aux Etats-Unis pour assister au congrès qui s’appelle la CROI, le congrès qui s’occupe des rétrovirus donc particulièrement du virus VIH et des infections opportunistes qui a lieu chaque année, qui est en gros, le grand congrès international nord américain. Il y a la moitié des gens qui viennent des Etats-Unis et l’autre moitié qui vient de tous les pays du monde, tous les gens qui s’occupent de la prise en charge des patients infectées par le VIH avec beaucoup de chercheurs. Le congrès on va dire le plus intéressant en terme de progrès et de recherche scientifique.

Sandra : Vous avez fait un bon voyage ?

Guillaume Breton : Euh oui merci (rires). Comme je vous le disais, c’est un congrès qui est avant tout un congrès très scientifique donc d’habitude on parle beaucoup des souris, des singes et pas beaucoup des hommes. Moi comme je suis médecin clinicien, je suis plutôt intéressé par ce qui se passe chez les êtres humains. Et donc en l’occurrence, il y avait comme thématique qui était très intéressante cette année, l’hépatite C. C’est une pathologie chronique qui est un vrai problème de santé publique. On voit chez les gens qui sont infectés par le VIH, quand on voit aujourd’hui avec tous les progrès thérapeutiques et la prise en charge qu’on a en tous les cas dans les pays riches, globalement les gens aujourd’hui quand ils sont dépistés à temps, ne meurent pas du VIH, ils meurent plutôt de pathologies cardio-vasculaires, de pathologies tumorales et une des principales cause de mortalité, c’est les complications des maladies chroniques du foie et en particulier des cirrhoses et des cancers du foie. L’hépatite B, qui est un vrai problème de santé publique, finalement comme les médicament qu’on utilise pour traiter le VIH traite le virus de l’hépatite B, bah évolue assez favorablement. En revanche, l’hépatite C reste un problème absolument majeur.

L’autre chose qui m’intéresse bien, c’est de suivre cette partie infection opportuniste qui évidemment, au cours du temps, avec les progrès des antirétroviraux a une place de plus en plus faible dans ce congrès. Au début, le O et le I de la CROI c’est pour infection opportuniste. De fait heureusement, c’est des choses qu’on voit de façon très rare quand les gens sont correctement pris en charge. En revanche, ça reste quand même un problème qui existe malgré tout dans notre pays. Il y a tout un tas de personnes qui malheureusement, l’infection VIH est révélée par l’infection opportuniste parce qu’ils n’ont pas eu de dépistage du VIH à temps. L’infection qu’on connait c’est la tuberculose, la pneumocystose, la toxoplasmose en particulier. Et ça reste un problème absolument majeur dans les pays qu’on appelle à ressources limitées, les pays du Sud, les pays pauvres. Et donc effectivement, aujourd’hui, dans les pays d’Afrique australes, la tuberculose en particulier c’est absolument considérable comme impact et la cryptococcose qui est une autre maladie qui donne des méningites avec une mortalité absolument effroyable.

Sandra : Dès le premier jour de la CROI, nous avons entendu parler de ce bébé guéri fonctionnellement du VIH et du coup des différentes pistes de guérison. Pourtant, vous ne semblez pas intéressé par ce sujet.

Guillaume Breton : Alors si bien sûr que je suis intéressé par ce thème. Mais aujourd’hui c’est clairement quelque chose qui n’est pas encore applicable en clinique. Donc c’est important que dans un congrès scientifique comme celui-là, on parle d’un futur un peu plus lointain. Donc moi en tant que clinicien, je vais m’intéresser plus à ce qui va servir dans mon travail quotidien. C’est pour ça que je suis allé voir en priorité des choses qui sont directement utilisables maintenant ou après-demain chez les patients. L’éradication évidemment c’est un objectif qui nous anime tous. On aimerait bien pouvoir se débarrasser pour de vrai de ce virus VIH. Donc il y a le vaccin, il y a l’éradication. Il y a pleins de communications intéressantes scientifiques mais clairement pour moi, alors peut-être parce que je ne suis qu’un bête clinicien et que je ne suis pas assez scientifique pour comprendre tout ça, je ne vois pas de chose qui soient directement utilisables et applicables dans un proche avenir. C’est hyper important que des gens continuent à réfléchir, à chercher et à comprendre. On espère bien qu’un jour on arrivera à progresser. Mais on n’a pas pour l’instant une stratégie, même dans la recherche, à mon avis, qui permet de dire qu’on va être capable d’éradiquer ce virus d’ici quelques années, de donner un nombre d’années, une fourchette de nombres d’années, de la même façon que le développement des vaccins, même s’il y avait encore des sections sur les vaccins, et qu’il y a de la recherche qui est faite à ce niveau-là, pour l’instant je pense que clairement on n’a pas trouvé une piste qui soit suffisante pour dire qu’on peut espérer éradiquer, vacciner, débarrasser la planète de ce virus dans un avenir proche.

Sandra : Que pensez-vous de l’histoire de ce bébé guéri fonctionnellement du VIH ?

Comme toujours, avec la communication, les docteurs, c’est comme les autres, ils sont contents de faire de la communication. Parfois ils disent des trucs pour que ça plaise. Mais malheureusement ce n’est pas toujours complètement vrai. La situation de ce bébé est effectivement très intéressante parce que de fait, il n’a plus de traitement, il a été infecté par le virus VIH, parce qu’on a trouvé le virus VIH chez lui quand il est né. Et là je crois qu’il a 18 ou 20 mois, un truc comme ça, et globalement on ne retrouve plus de virus qui se réplique dans son sang. Alors en même temps, quand on va chercher dans ses cellules, on voit encore quand même du virus. Ce qui veut dire que le virus est encore là et même s’il vit tranquillement sans médicament, l’avenir nous dira si le virus se réveille ou pas mais malheureusement, il y a quand même une probabilité qui n’est pas complètement nulle que le virus se réveille un jour et qu’il ait besoin de traitement. Alors c’est évidemment une situation inhabituelle. Nous c’est vrai que dans la prise en charge qu’on a en France, on ne se pose pas de question et on traite systématiquement tous les enfants quand ils naissent dans ce genre de situation alors qu’aux Etats-Unis, moi j’ai découvert à l’occasion que ce n’était pas leurs pratiques. Donc ça c’est sûr que nous, c’est le genre de situation où on traite tous les enfants et que, de la même façon, on ne s’amuserait pas à arrêter les traitements pour voir ce que ça donne. Là, en l’occurrence ils n’ont pas fait ça du tout les docteurs. C’est juste que le patient, le jeune enfant a été perdu de vue parce que sa mère n’est pas revenue en consultation pendant des mois et c’est pour ça que le traitement a été arrêté. Donc ça traduit surtout une prise en charge un peu hasardeuse mais ce n’était absolument pas une décision médicale ou quoi que ce soit. Ça s’est fait comme ça. Après, les éléments particuliers dans ce que j’ai pu comprendre c’est que ce bébé avait au tout début une charge virale étonnement basse pour une primo-infection. Il n’avait que 20 000 copies. Donc ce n’est pas du tout habituel d’avoir 20 000 copies si on a été infecté in utéro. Et donc il y a quand même une grande question qui n’est pas encore tranchée, qui est, est-ce que cet enfant a un système immunitaire particulier qui fait qu’il arrive à contrôler plus ou moins le virus VIH et dans ce cas, peut-être qu’il fait partie de ces quelques pourcents d’individus qui sont infectés par le virus du VIH mais qui spontanément arrivent à le contrôler. Donc, ce n’est pas impossible que ce soit ça. Mais d’imaginer qu’un traitement classique, comme il a eu, puisse guérir du virus VIH fonctionnellement et qu’on puisse extrapoler ça à tout le monde, ce serait trop beau si c’était vrai. Mais ce n’est pas vrai, on n’arrive pas à éradiquer. Alors c’est sûr que c’est bien de traiter le plus tôt possible, et on sait chez les adultes que de traiter en primo infection, c’est-à-dire avant même que la sérologie soit positive tout de suite après un contact infectant, qu’il y a tout un bénéfice immunologique qui est intéressant mais de là à dire qu’on peut arrêter au bout de 18 mois le traitement, malheureusement non, ce n’est pas vrai, on ne peut pas dire ça.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE