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Annonce de la séropositivité | Femmes séropositives

Bonne fête à toutes les mamans séropositives et à celles qui les aiment

8 juin 2012 (papamamanbebe.net)

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Nabila : Bonjour, j’ai 43 ans, j’ai 3 enfants. En fait, j’ai eu 4 enfants dont 1 décédé du sida. Je suis séropositive depuis plus de 20 ans parce que c’est par rapport à ma date de mariage. Je n’avais pas d’autre copain, compagnon, ni mariée, ni relations sexuelles auparavant. Donc j’ai été infectée par mon mari mais à son insu lui-même. Lui-même ne connaissait pas son statut sérologique. On a découvert notre statut sérologique au décès de notre enfant, notre deuxième enfant.

Sandra : Dimanche, c’était la fête des mamans, est-ce que tes enfants ont pensé à toi ou pas ?

Nabila : Ah oui ! Elles ont beaucoup pensé à moi. J’ai trois filles et c’était un grand événement. Je ne m’y attendais pas. J’ai eu beaucoup de cadeaux, j’ai été beaucoup gâtée. Je ne sais pas si c’est lié au fait, mais depuis quelques années, depuis qu’elles ont grandi un petit peu, elles ont dépassé l’âge de 6, 7 ans. Donc elles sont sur un petit peu les 10 ans et plus, la grande a 19 ans. Je ressens que cet événement est très important à leurs yeux. Je ne sais pas si c’est lié au fait que moi et mon mari, on a pris le pari de leur parler de notre maladie très tôt. Donc elles en ont conscience. C’était un geste d’amour, je n’ai pas su comment il m’est tombé dessus. Depuis 2, 3 ans, maintenant la fête des mères est devenue quand même une fête importante, aussi importante que Noël.

J’avais une cafetière qui déclinait. Mais bon elle était encore en marche. Pour la grande, qui fait de temps en temps du baby-sitting, elle m’a offert une cafetière signée. Donc c’étais un geste, j’avais envie de pleurer. Alors qu’une semaine avant elle disait : « ah là là, j’espère qu’elle ne va pas me laisser tomber, je n’ai pas les sous en ce moment, il ne faudra pas qu’elle me laisse tomber cette cafetière, surtout que je suis accro au café ». Pour les petites, l’une d’elle m’a offert un collier « je t’aime maman ». Et pour la dernière, un grand poème sur un dessin bien entendu, que je ne vous lirai pas là parce qu’il est très intime et très important. Ce sont des moments qui nous font oublier la maladie, qui nous font oublier qu’on est dans un statut. Hier, j’étais juste une maman. Une maman de trois enfants et mes enfants me rendant l’amour que je leur voue bien sûr. Un amour fou parce qu’on sait, quand on a perdu un enfant, on sait ce que c’est d’en avoir d’autres. C’est un cadeau du ciel qui n’a pas de prix. Beaucoup de joie mélangée à beaucoup de larmes. Mais des larmes de joie. Hier, j’avais mon statut de maman tout simplement.

C’est que c’est une question très épineuse cette histoire de dire à son enfant qu’on est malade, parce que c’est quand même le soumettre à une responsabilité et un lourd secret. Parce qu’il ne faut pas oublier que le VIH, encore aujourd’hui, c’est une maladie qui reste encore stigmatisante par rapport aux enfants et aux parents. Donc pour ceux qui le savent, je leur dit tout simplement : vous êtes vous-même le cadeau de vos parents parce que quand on a vécu ce genre de maladie, la première chose, en tant que femme, qu’on fait, je ne sais pas pour les hommes, c’est le deuil de la maternité il y a quelques années. Heureusement que la science a fait un pas de géant. Les prouesses de la science ont permis que les parents puissent avoir des enfants. Pour certains ils ont même 17, 18 ans aujourd’hui. Pour notre part ça n’a pas été un problème quand on l’a dit à nos enfants. Bien sûr, elles sont un petit peu effrayées de temps en temps quand on fait une petite fièvre ou qu’on a un rhume, elles remettent ça par rapport à la maladie. Mais en expliquant petit à petit, ça rentre dans les moeurs de la famille et les enfants sont plutôt rassurés de ce point-là. Donc moi, je dis que la fête des mères pour les mères séropositives, c’est le plus cadeau qu’elles puissent recevoir, ce sont leurs propres enfants. Les voir devant elles, vivants, en bonne santé. Et cela, il y a une vingtaine d’années, c’était de l’ordre de l’impossible. Je connais des femmes qui ont avorté à plusieurs reprises sous la menace, quelques fois, des médecins de l’époque. Heureusement que maintenant ça a évolué. Et pour d’autres par conscience, de peur de contaminer leurs enfants.

Je profite de cette occasion pour souhaiter à toutes les femmes séropositives du monde, bonne fête, et qu’elles profitent de ces moments. Ce sont des moments à ne pas râter.

Nawel : Bonjour, j’ai 32 ans. J’ai 2 enfants, je suis séropositive depuis 2001. La grande elle a bientôt deux ans, et le petit il a 17 mois.

Mon mari il m’a appelée pour me dire bonne fête et après j’ai dit : « bah écoute quelle fête ? ». Après il m’a dit : « bah la fête des mères. - Bah écoute ça fait longtemps qu’elle est passée » (rires). Il m’a dit : « Mais non arrête de raconter n’importe quoi ». J’ai dit : « bah je m’en fous des fêtes moi »(rires). Ma fille elle m’a offert une bague et un petit cadre qu’elle a fabriqué elle-même. Quand elle est rentrée du centre de loisirs, parce que c’est là-bas qu’elle a fabriqué le cadre. Donc elle l’a caché dans sa chambre et après elle m’a dit : « maman, ferme les yeux. J’ai une surprise pour toi. » Après j’ai dit : « ok, d’accord ». J’ai fermé les yeux et après elle m’a ramenée le cadre et elle m’a dit : « Oui, là maintenant tu peux ouvrir tes yeux ». Quand j’ai ouvert les yeux, elle m’a dit : « bonne fête maman ». Elle m’a fait la bise. J’étais... ça m’a touchée quoi. Mais sinon la fête, moi, je m’en tape. Bon, il ne faut pas oublier la fête des mères, moi je m’en fous mais il y a des mamans qui, pour elles, c’est très important cette fête. Il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas les oublier.

Bonne fête à toutes les mamans séropositives ou séronégatives.

Zina : Bonjour, j’ai 43 ans, maman de 2 enfants de 17 et 12 ans. Je suis séropositive depuis 1991. J’ai l’hépatite C aussi depuis bien avant.

Ma fille elle m’a fabriquée 2 belles bougies de ses mains. Mon fils, non pas très cool, mon fils. Rien. Ma fille n’a pas été particulièrement gentille, elle était gentille tout court comme elle est souvent gentille de toute façon. Sinon elle m’a juste souhaité « bonne fête maman ». Et après ce qu’elle a fait aussi, elle a cueilli un... parce qu’après on a été voir ma maman. En allant la voir, elle a cueilli des fleurs pour confectionner un petit bouquet qu’elle m’a offert.

Un message pour ceux qui ont oublié la fête des mères ? D’un côté je serai tentée de dire : « ouais, ce n’est pas très sympa, il faut penser à ça maman ». Et d’un autre côté, je me dis en même temps, qu’est-ce que c’est la fête des mères ? C’est qu’un truc commercial et ça ne veut pas dire qu’on n’aime pas sa maman parce qu’on oublie. On peut aussi ne pas vouloir rentrer dans le système.

J’ai un message pour les enfants dont les mamans, dont les parents sont malades, de savoir que, de prendre un peu conscience. Je sais que quand on est enfant, on compte beaucoup sur la maman, on la voit comme un roc qui sera toujours solide et puis on croit qu’elle sera toujours forte et tout. Mais qu’ils prennent conscience qu’il faut aider. Aidez vos mamans, parce que franchement, il y a des moments où on est très fatigué et les enfants n’en prennent pas conscience.

Habi : J’ai 45 ans, je suis mère de 4 enfants, de 25 à 5 ans. Je suis séropositive depuis 1989.

Ah oui mes enfants ont pensé à moi ! Ils ont pensé à moi avant dimanche. Samedi déjà. Donc oui, j’ai été bien gâtée. J’ai eu un rosier, j’ai eu une plante d’intérieur que ma fille a confectionné avec sa maîtresse à l’école et un petit courrier où ils me souhaitaient « bonne fête maman ». C’est très touchant quand ce sont les enfants, quand ça vient des tout petits, c’est très touchant. Pour moi, la fête des mamans c’est la fête tous les jours pour sa maman. Mais ça fait plaisir quand même. Moi je ne m’arrête pas là-dessus parce qu’un enfant, quel que soit l’enfant, il aime sa maman. Donc fête des mères ou pas fête des mères, il aime sa maman. Donc ça peut arriver d’oublier mais bon, il ne faut pas leur en vouloir. Ce sont les enfants.

À toutes les mamans séropositives, je leur souhaite une bonne fête des mamans à tous. La sérologie c’est un combat dans la vie, mais auprès de ses enfants, c’est un double combat. C’est vraiment très beau de pouvoir les voir grandir tout en sachant qu’on est malade et qu’entre guillemets, on vit en sursis. Mais bon, la vie est belle. Auprès de ses enfants, elle est encore plus belle. Ca vaut le coup de se battre et voilà. La fête des mamans elle n’a pas nationalité, voilà c’est la fête des mamans pour toutes, qu’on soit séropositive ou pas, c’est la fête des mamans.

Mes enfants savent que je suis séropositive donc je suis une maman comme une autre pour eux. Sauf que, pour eux, je suis un petit plus fragile que les autres mamans entre guillemets normales. Mais sinon je suis une maman comme toutes les mamans. Donc pour moi une maman séropositive, c’est une maman comme toutes les mamans. Elle a le coeur qui fonctionne comme une maman qui n’est pas malade. Je dirai même qu’une maman séropositive, je crois qu’elle est plus aux aguets avec ses enfants. C’est-à-dire qu’elle est plus protectrice avec ses enfants sachant déjà elle la maladie qu’elle endure. Vive les mamans séropositives moi je dirai. Surtout celles qui se battent dans la vie. On est des mamans normales. On se maquille, on se fait belle, on aime être courtisée, faut pas croire. On est tout ce qu’il y a de plus normal. Sauf qu’on a un double combat par rapport à une maman normale, enfin normale entre guillemets, parce qu’on est toutes pareilles.

Il ne faut pas penser à la maladie. Moi je pense à la maladie quand j’ai des coups de blues. Mais bon après, quand on a des enfants, le coup de blues ne reste pas longtemps. On n’a pas le temps d’y penser. Le seul moment auquel on n’y repense c’est à la prise des médicaments. Mais sinon ça va, la vie est belle. À notre époque, en 2012, on est indétectable, on peut faire des bébés, on peut faire pleins de choses. Il n’y a pas mort d’homme. Elle est belle la vie, tout simplement.

Moi hier je n’ai pas appelé ma maman mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas dans mon coeur. Je n’ai pas besoin de la fête des mères pour dire « bonne fête » à ma mère ou lui dire que je l’aime. Je n’ai pas besoin de la fête des mères. Pour moi, c’est une fête commerciale. Moi mes enfants ils me disent tous les jours « je t’aime maman ». Bon sauf quand ils font la gueule. Sinon ils me disent tous les jours « bonne fête maman ». La fête des mamans c’est du 1er janvier au 31 décembre pour moi. Il n’y a rien de plus important sur Terre que sa maman.

En tout cas, je souhaite à toutes les mamans une bonne fête des mamans et puis, pour celles qui nous écoutent et qui n’ont pas encore d’enfants, c’est le moment. Il ne faut pas baisser les bras. Quand on a son petit bout de chou qui nous fait des petites cartes à l’école, comme ma fille par exemple. Elle a composé une petite plante avec sa maîtresse et elle était super fière de me l’offrir, avec un petit coeur où c’est marqué plein de trucs mimis. Ça vaut le coup, ça vaut le détour ! Et puis tu connais les pourcentages aujourd’hui, pour pouvoir avoir un enfant je veux dire. Il sont énormes quand même le pourcentage aujourd’hui. Je pars du principe que c’est un pas. La recherche a fait un très grand pas. Il ne faut pas hésiter. Pour toutes celles qui ont envie de materner, il ne faut pas hésiter. Il ne faut pas que ce soit la maladie qui l’emporte. Il faut cette force de caractère et c’est cette force de caractère qui fera qu’elles seront de très bonnes mamans.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI