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Anne Bouferguène | Annonce de la séropositivité | Couples concernés par le VIH | Femmes séropositives | Francis

Anne Bouferguène s’adresse aux familles vivant avec le VIH

10 mai 2012 (papamamanbebe.net)

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Francis : Dans certaines familles, c’est juste la mère qui est concernée, dans d’autres familles c’est juste le père, parfois c’est la mère et le dernier enfant. Parfois il y a des enfants au milieu qui ne sont pas concernés. Aujourd’hui Anne vit avec une famille, des enfants, un partenaire, ses parents sont encore là. Alors quel conseil Anne peut-elle donner aux familles vivant avec le VIH ?

Anne Bouferguène : Tout d’abord de respecter le malade par rapport à ces choix personnels. Ce n’est pas parce que moi, par exemple, j’ai décidé aujourd’hui de parler que j’autorise du coup les miens à pouvoir me parler, qu’il faut considérer que c’est une obligation pour tous. Il faut respecter le malade par rapport à son vécu, par rapport à sa propre digestion de sa maladie. Bien sûr, ne pas l’exclure, mais ça me semble tellement évident que je n’ose pas le dire. Mais je crois qu’il faut le répéter. Se sentir toujours membre de sa famille et puis écouter le malade par rapport à sa maturité, par rapport à sa propre maladie. L’aider, dans la limite de ce que lui accepte comme aide. Après nous sommes tous autour de cette table je crois la preuve que, les personnes séropositives peuvent vivre durablement, qu’elles vivent avec des personnes sérodifférentes, qu’elles peuvent fonder des familles. Tout ça évidemment sans prise de risque pour les uns et pour les autres. Puisque nous sommes des gens raisonnables. Être séropositif n’est pas être irraisonné et que nous protégeons nos partenaires et que nous faisons des enfants dans la mesure où nous savons que nous ne pouvons pas leur transmettre le virus. Et quand, accidentellement, ces choses ont pu se produire parce que les femmes ne savaient pas qu’elles étaient séropositives, c’est quand même généralement le cas de la transmission, particulièrement en Afrique, faut être là pour soutenir effectivement les familles. Mais soyons ensembles, soyons unis dans nos unités familiales. Ça me semble tellement évident et je sais que ça ne l’est pas ailleurs toujours.

Francis : Alors le dire ou ne pas dire ? Est-ce que parfois il n’y a pas plus de peur que de mal ?

Anne Bouferguène : Oui. Et puis je rejoins Tina. C’est-à-dire que plus nous sommes à le dire, mieux c’est parce que, plus la représentation de la maladie va évoluer dans la diversité de sa représentation. C’est-à-dire, effectivement non pas hyper-communautaire mais représentant tous les hommes et les femmes de la société française. Le virus, il ne choisit pas, il ne saute pas plus sur l’un que sur l’autre. Il est là. Alors ensuite, moi je ne conseille pas à une personne : « il faut absolument que vous en parliez ! ». C’est l’affaire de chacun. Moi, je n’ai pas parlé pendant 22 ans. Ça ne m’a pas desservie. Mais je crois que je viens d’une époque où effectivement c’était vraiment très compliqué de parler. La seule fois où j’ai parlé, très peu de temps après ma contamination, je me suis fait exclure du pays dans lequel j’étais, c’était les Etats-Unis. Autant vous dire qu’à 17 ans, ça vous refroidit pour un nombre suffisant d’années de ne plus parler. Il me semble, de mon expérience présente, d’avoir révélé à l’ensemble de mon entourage ma maladie que les choses évoluent et que les choses changent et qu’il faut du coup s’inscrire dans le changement. Le plus on est effectivement à ne pas avoir peur, rassurer aussi son entourage. Effectivement c’est la responsabilité du malade en plus d’être malade de rassurer son entourage. Mais ça fait partie peut-être de notre mission. Ça évoluera. Si mon livre peut aider aussi. Je sais que des personnes séropositives qui n’arrivaient pas à parler de leur maladie renvoient à mon livre. Alors ce n’est absolument pas pour en faire sa promotion, notamment les droits d’auteur sont intégralement donnés. Mais c’est parce que je renvoie à quelque chose qui est différent pour une fois, entre guillemets, du témoignage habituel et communautaire, que je respecte bien sûr, mais qui n’est pas exclusif de la maladie.

Francis : Juste pour remercier Anne pour son expérience, et puis en plus j’ai énormément apprécié le livre. Il est très bien écrit. Il est très simple. Les chapitres ne sont pas longs. Alors quand on est un peu fatigué des yeux comme c’est mon cas, on le lit très aisément et j’ai vraiment pris du plaisir à lire ce livre-là. Qu’est-ce que je peux dire ? Merci Anne.

Anne Bouferguène : Merci à vous Francis.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI

Voir aussi, la totalité de l’entretien avec Anne Bouferguène :

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