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Maison des familles (2008–2013) | Éric Chapeau-Åslund | Karine Adam | Thierry Prazuck | Tina

Karine Adam, du réseau HEPSILO : « on a besoin de l’expertise des familles vivant avec le VIH, du Comité des familles »

12 octobre 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Vous avez parlé d’un partenariat avec le Comité des familles qui se trouve à Paris. Alors pourquoi ? Vous, ça se trouve à Orléans, dans le Loiret. Pourquoi faire un partenariat, à quoi ça servirait ?

Eric Chapeau : Je suis à l’origine de cette rencontre et puis de cette invitation à l’émission de radio. Je suis très heureux de pouvoir répondre à cette question. Parce que, j’avais mon idée en tête quand je vous ai mis en contact, le Comité des familles et le réseau HEPSILO. Le réseau HEPSILO, c’est un réseau de professionnels de la santé, du social je dirai. Il ne peut pas répondre à toutes les choses. Et puis, il y a beaucoup de personnes qui sont dans la maladie ou dans la séropositivité ou leur famille, ou leur conjoint ou leurs enfants ou leurs parents ou leurs cousins, qui voudraient s’investir un peu dans une activité bénévole ou militante. Je m’étais aperçu moi, au cours de mes associations, que c’est souvent, quand les personnes elles-même, qui sont touchées, qui redressent la tête et qui se mettent à faire des choses, les plus belles choses et aider les autres, partager des expériences, c’est un soin. La parole est un soin qu’il ne faut pas mésestimer, et bien avant les médicaments. Et alors, je me suis dit, il y a tout ce côté-là à Orléans qui n’existe pas. Cette effervescence de famille avec des enfants que j’ai vu chez vous. Ces crèches, ces soirées séromantiques où des personnes concernées par le virus peuvent aller danser, dragouiller, parler, et elles savent que la personne en face d’elle ne les refusera pas parce qu’elles sont séropositives ou pas. Ces journées de grande tolérance, comme le couscous des familles où pleins de gens viennent partager des expériences. Il y a des moments où il y a des groupes de rap qui dansent sur une scène et puis d’autres où il y a des enfants qui disent moi je suis née, je suis séropositif depuis ma naissance et je remercie tous les gens, mes parents de m’avoir mis au monde parce que je suis très heureux, je suis un beau bébé. J’ai vu des trucs, j’en avais les larmes aux yeux. Et je me dis, ce serait dommage que Orléans, le Loiret, se prive de toute cette énergie. Et, j’ai envie de dire aux gens, il y a des gens d’Orléans qui nous écouterons tôt ou tard, le réseau, il y a des médecins généralistes qui peuvent vous envoyer chez HEPSILO, vous pouvez y aller aussi, la porte ne vous sera pas fermée. Vous arrivez, vous dites, je suis un peu hors hôpital, je suis séropositif, ou ma femme, mon fils, est-ce qu’on peut en parler. Les portes vous sont ouvertes. Et, je pense qu’il y a des choses à faire. Le réseau, c’est l’interface entre l’hôpital et la médecine de ville et pleins de choses. Et puis, vous, vous êtes, le Comité des familles, une interface entre la vie, d’autres structures, et vous mettre tous les deux ensemble, c’est faire un travail merveilleux. C’est très profond et durable pour le droit à la dignité et le respect des personnes vivant avec le VIH et ceux qui les aiment.

Sandra : Tina, le réseau HEPSILO en partenariat avec le Comité des familles, est-ce que tu y vois un intérêt ?

Tina : Oui, bien sûr. Déjà, c’est très intéressant d’entendre cette expérience de ce qui se passe à Orléans, avec ce réseau. Et puis, effectivement, je pense que, les différentes expériences pourraient, du côté du Comité, on pourrait voir comment ça se passe à Orléans et montrer comment des personnes séropositives, leurs familles, leurs proches, leurs partenaires, peuvent devenir aussi à leur tour acteurs, qu’est-ce que ça apporte, comment faire, essayer de trouver les personnes qui sont donc, suivies dans ce réseau. En trouver qui ont le courage, l’envie, la pêche pour se raccrocher à ce qui se fait à Paris pour devenir une sorte de correspondant et le faire à Orléans, avec un échange des personnes qui pourraient venir à Orléans, des personnes du Comité pour voir un peu, en soutien, pour voir comment ça se passe à Orléans, et vice-versa. Inviter des personnes d’Orléans à participer à des activités, aux soirées, aux repas, aux fêtes, aux rencontres du Comité. Ce partage d’expériences pourrait faire avancer, autant nous à Paris, parce que, c’est vrai que, ce genre de structure, j’imagine que, si un médecin dit à une personne séropositive en Ile-de-France, il y a un réseau qui va t’aider à te réinsérer professionnellement, qui va régler tes problèmes de logement, sociaux et autre. Je pense que la queue, elle sera de plusieurs kilomètres, parce que, ce problème social, de précarité, problème de réinsertion professionnelle en Ile-de-France c’est énorme et au final, il y a que les assistantes sociales. Il y a aussi certaines associations, mais elles sont toujours débordées et elles ne le font pas vraiment. Donc au final, c’est les assistantes sociales de l’hôpital qui sont en charge de tout ça et elles sont absolument débordées. Elles peuvent, au plus, s’occuper des problèmes de papier et de couvertures sociales. Après elles vont déposer un dossier de logement mais ça n’aboutit jamais.

Sandra : Eric Chapeau a dit ce qu’il manquait au réseau HEPSILO. Il a mis en avant les activités du Comité des familles. Est-ce que, au Comité des familles, il y a quelque chose qui manque selon toi ? Est-ce que, il y a des personnes qui viennent au Comité des familles, qui t’exposent leur situation, et toi tu dis, non je ne peux pas répondre à ce problème-là ?

Tina : Oui. Le Comité des familles, c’est une association d’auto-support. Donc, il n’y a pas de réinsertion professionnelle, il n’y a pas de suivi social en ce qui concerne les logements, les problèmes sociaux. Mais là-dessus, l’association HEPSILO, c’est à Orléans, c’est bien sûr un peu compliqué. Il n’y a pas de solution. Et, je pense qu’en Ile-de-France, ce serait difficile de monter ce genre de réseau. Mais, en tout cas, je pense que le Comité, ce serait un plaisir de rencontrer des gens qui fréquentent ce réseau. Ensemble de monter quelque chose, d’aider ces personnes à devenir acteur. Aider, il faut qu’ils aient la volonté. S’il y a cette volonté, le faire ensemble et d’arriver à faire des actions où il y a ce côté un peu festif et répondre aux besoins de cette ordre-là, à des personnes séropositives et leurs familles, à Orléans.

Sandra : Karine Adam, vous m’avez fait signe pour prendre la parole.

Karine Adam : Oui. C’est vrai que, Orléans-Paris, il y a une certaine distance. Mais, c’est une heure de train. C’est vrai aussi, qu’il y a des gens qui ne peuvent pas s’en sortir dans l’Ile-de-France, on en a vu arriver, à cause du logement. C’est impossible de se loger. Donc finalement, délester la région parisienne, l’Ile-de-France, proposer aux gens, pourquoi pas de descendre finalement. De descendre sur Orléans. Il y en a qui ont des points d’attaches aussi sur Orléans et les environs. Et donc, après prendre le relais sur le plan social. C’est-à-dire, accompagner la personne pour une aide aux logements, etc. Ca peut l’aider à s’en sortir. Ca peut être un coup de pouce. Nous, je trouve qu’on est très complémentaire, parce que, nous le côté festif, c’est un peu ce qui nous manque. On a nos ateliers d’éducation thérapeutique. On a nos ateliers de partage avec les femmes relais, les médiatrices de quartiers. Donc, qui sont salariés d’aide à domicile 45 sur Orléans. Mais c’est vrai, qui nous manque ce dynamisme des familles en fait. Puisque nous, on reçoit peu les familles. Quelques fois les enfants, parce que les mamans ont un entretien, mais ça, c’est vraiment ce qui manque sur le département en fait. Sur Orléans, Montargis, il n’y a vraiment rien du tout. C’est le désert. Donc on aurait vraiment besoin de votre expertise en fait. De votre expérience. Il ne s’agit pas de faire du copier coller mais de vous inspirer un peu de ce que vous faites ici. Ce serait vraiment bien.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE