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Coût de recherche et développement du médicament : la grande illusion

mardi 4 novembre 2003

L’estimation du coût de recherche et développement pharmaceutiques la plus

souvent citée est fournie par un institut en bonne partie financé par les

firmes pharmaceutiques, à partir de données confidentielles fournies par

celles-ci. L’analyse de la construction de cette estimation montre que le

coût de recherche et développement est largement surestimé.

Tous les pays industrialisés sont confrontés aujourd’hui à une croissance

forte de leurs dépenses de santé, et tout particulièrement de leurs dépenses

pharmaceutiques. Ces dernières croissent sous l’impulsion des différents

facteurs que sont le vieillissement de la population, une plus forte

proportion de consommateurs de médicaments à tous les âges (notamment sous

la pression de la publicité), et des prix très élevés pour les nouveaux

médicaments.

Ces prix très élevés découlent du fait que les firmes pharmaceutiques ont,

de fait, obtenu la liberté des prix dans tous les pays industrialisés, et/ou

que les autorités chargées de la fixation des prix dans ces pays acceptent

des prix proches de ceux exigés par les firmes.

Pourquoi les pouvoirs publics acceptent-ils ces prix très élevés, alors même

que les systèmes solidaires de protection sociale sont mis à mal par

l’envolée de la facture pharmaceutique ? Les raisons sont diverses (emploi,

etc.), mais un motif souvent avancé est celui du coût de recherche et

développement des médicaments, « gigantesque », selon les firmes

pharmaceutiques.

Le coût de recherche et développement le plus souvent cité est de « 802

millions de dollars » par médicament.

Ce coût a été estimé par un institut en bonne partie financé par les firmes

pharmaceutiques, à partir de données confidentielles fournies par celles-ci.

Il s’agit en fait d’un coût "échecs compris, coûts financiers compris, et

avant impôts". Les dépenses réelles (alias décaissements) représentent la

moitié de ces " 802 millions de dollars ". Les coûts réels sont encore

diminués de moitié après impôt.

Une analyse détaillée de cette estimation montre d’autres faiblesses

méthodologiques qui en réduisent encore le niveau de fiabilité.

Cette estimation ne concerne que les nouvelles entités chimiques totalement

développées en interne.

Cette estimation repose sur des coûts de développement clinique très

supérieurs à ceux qui émanent d’autres sources.

Le fait que cette étude soit considérée comme "officielle" tient

essentiellement au fait que les firmes pharmaceutiques la présentent comme

telle.

Concernant le cas (courant) des médicaments non intégralement développés en

interne, les données disponibles sont encore plus inconsistantes.

Une transparence sur les coûts réels de recherche et développement est

indispensable pour que les pouvoirs publics prennent des décisions

raisonnées en matière d’allongement des brevets, de protection des données,

et de prix des médicaments.

Le coût de recherche et développement doit être rapporté aux profits des

firmes pharmaceutiques, qui restent les plus élevés de tous les secteurs

économiques.

Voir en ligne : Coût de recherche et développement du médicament : la grande illusion Rev Prescr 2003 ; 23 (244) : 782-787.

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