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Pour le Vatican, les préservatifs n’arrêtent pas le sida

samedi 11 octobre 2003

Le Vatican diffuse parmi ses millions de fidèles l’idée que les préservatifs n’empêchent pas la transmission du sida, contrairement à l’avis de la communauté scientifique, selon un reportage de la BBC.L’argument invoqué à l’appui de cette thèse est que si les préservatifs ne bloquent pas de façon absolue le passage du sperme, ils sont encore moins susceptibles d’arrêter le virus infiniment plus petit de la maladie. L’Église catholique est opposée à toute forme de contraception artificielle, et en particulier aux préservatifs qui favorisent à ses yeux la promiscuité. Cette position traditionnelle est à présent renforcée par une argumentation relative à leur efficacité. "L’argument moral contre l’usage des préservatifs est actuellement supplanté par un argument clinique inexact", estime le journaliste Steve Bradshaw, qui a contribué au reportage "Sex and the Holy City" (Le sexe et la Ville sainte) appelé à être diffusé dimanche soir dans l’émission Panorama de la BBC. "Le virus du sida est à peu près 450 fois plus petit qu’un spermatozoïde", a déclaré à la BBC le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille. "Le spermatozoïde peut aisément traverser le ’filet’ constitué par le préservatif." Tout comme les autorités sanitaires mettent en garde contre les risques liés au tabac ou à l’alcool, le Saint-Siège a le devoir de formuler des avertissements de même nature contre le préservatif, a ajouté Mgr Trujillo. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rejeté le point de vue du Vatican. "Ces déclarations inexactes au sujet des préservatifs et du (virus) VIH sont dangereuses au moment où nous devons affronter une pandémie mondiale qui a déjà tué plus de 20 millions de personnes et en affecte actuellement au moins 42 millions", a fait valoir l’OMS à propos du documentaire. L’organisation a reconnu que le préservatif pouvait se rompre, être endommagé ou laisser passer le sperme, mais elle a souligné qu’il réduisait de 90% les risques de contamination et suffisaient sans aucun doute possible à empêcher la transmission du virus si on ne le déchirait pas. Selon la BBC, des recherches scientifiques ont démontré que les préservatifs intacts étaient imperméables à des particules aussi petites que les vecteurs pathogènes d’infections transmises par voie sexuelle — ce que dément Trujillo. "Ils se trompent sur ce point (...) c’est facile à établir", a dit le cardinal. Du Nicaragua au Kenya et aux Philippines, les journalistes de Panorama ont recueilli le même message de l’Eglise catholique — les préservatifs peuvent tuer. Le Vatican n’a fait aucun commentaire à ce sujet jusqu’ici.

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