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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Bernard Hirschel | Cancer et VIH | Dons et greffes d’organes | Gero Hütter | Guérir de l’infection à VIH | Reda Sadki | Timothy Ray Brown

Gero Hütter, hématologue : « J’ai guéri mon patient du VIH... en soignant sa leucémie ! »

29 août 2011 (papamamanbebe.net)

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Guérir n’est plus une chimère pour les personnes vivant avec le VIH, car des chercheurs travaillent sur plusieurs pistes probantes. À l’occasion de la 5ème rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH organisée par le Comité des familles, le point avec l’invité d’honneur, le docteur Gero Hütter.

« Pendant très longtemps, il n’était pas possible de parler de guérison dans le domaine du VIH. Les gens riaient et disaient que c’était impossible parce que le virus persiste dans le corps. Mais [...] cette perspective a changé ». Ce sont les propos de Gero Hütter, hématologue allemand, qui a réussi, par la greffe d’une moelle osseuse résistante au virus, à guérir son patient Timothy Ray Brown, chez qui le VIH reste introuvable, plus de cinq ans après la greffe.

Il était l’invité d’honneur à cette 5e rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH. Évidemment, il y a un débat autour de ce cas unique de guérison du VIH. C’est pourquoi « il était temps qu’on ose poser cette question de la guérison pour savoir en tant que familles concernées par le VIH si on a le droit de rêver de guérison » dit Reda Sadki, président du Comité des familles, association créée et gérée pour et par des familles vivant le VIH. « Est-ce qu’un jour des papas présents ici aujourd’hui pourront se tourner vers leurs enfants, les regarder, et leur dire, ‘tu te souviens quand papa était séropositif’ ? » s’interroge-t-il, devant l’assemblée de médecins spécialistes et de personnes vivant avec le VIH.

Pour Timothy Ray Brown, cela est désormais possible. Il était séropositif depuis 1996 et sous trithérapie depuis 2002. « Sa séropositivité n’était pas un réel problème pour lui » explique Gero Hütter. « Il a pris sa trithérapie pendant longtemps, il n’avait pas d’effets indésirables, et il se sentait en bonne santé jusqu’à l’arrivée de la leucémie ». Une pathologie qui n’est pas liée au VIH. Mais même si Timothy n’éprouvait pas de contraintes particulières à vivre avec le VIH, puisqu’il devait subir une greffe de la moelle osseuse pour guérir de la leucémie, pourquoi ne pas tenter alors une thérapie génique pour pour le « débarrasser » du VIH ?

« La thérapie génique, cela veut dire qu’on insère des informations génétiques dans le corps de quelqu’un » explique Gero Hütter. « Ce qui marche, c’est d’utiliser des virus [inoffensifs pour l’homme] pour insérer ces informations dans le code génétique ». Par exemple, une technique de cette thérapie consiste a «  prendre un virus qui ressemble au VIH, qui insère les informations génétiques dans le corps et ensuite ces informations s’intègrent au génome de la personne ». C’est David Baltimore qui a été le premier à avoir proposé la thérapie génique, dès 1988, pour le traitement de l’infection à VIH. À l’époque, sans succès, et parfois avec des conséquences inattendues.

Pour Timothy Ray Brown, il s’agissait d’une thérapie génique « naturelle ». Pour guérir de sa leucémie, il devait de toute bénéficier d’une greffe de moelle osseuse. Gero Hütter et son équipe ont recherché un donneur compatible qui possédait une résistance du récepteur CCR5. À quoi sert ce récepteur ? « On sait que le VIH a besoin de deux choses pour s’installer : d’une part, des cellules CD4 et d’autre part, des récepteurs CCR5 ou CXCR4. On sait qu’il existe une mutation de ce récepteur CCR5, et qu’environ 1 % de la population européenne est de fait protégée d’une infection grâce à ce récepteur CCR5 muté » détaille Gero Hütter.

Puis il continue son exposé, en montrant sur l’écran géant les données concernant l’effet de la thérapie dans le corps de Timothy :« On a commencé avec la thérapie classique pour soigner la leucémie. Le patient recevait une trithérapie, mais on a dû arrêter cette trithérapie. Du coup, sa charge virale a explosé avec plus d’un million de copies. On a du recommencer la trithérapie et diminuer la charge virale. Il a reçu la greffe du donneur avec le CCR5 effacé. Ce donneur avait des cellules naturellement résistantes au VIH. On a arrêté la trithérapie de Timothy. Et, du coup, la charge virale est redevenue indétectable, le taux de CD4 normal. Depuis presque 4 ans, il vit sans trithérapie et toujours avec une charge virale indétectable »

Pendant ces 4 ans, deux biopsies ont été faites pour chercher « des cellules réservoirs où le VIH pouvait se cacher ». Résultat de ces biopsies : « la greffe a débouché sur la vidange des réservoirs ». Plus de virus, nul part. Donc, non seulement Timothy n’a plus de leucémie, mais il est aussi libre du VIH. Ce dernier a fini par se rendre bien compte qu’« il est très exceptionnel, et que son cas particulier a beaucoup de répercussions sur la recherche, sur le VIH. »

Silence dans l’auditorium, suivi par des questions de ceux qui ont écouté attentivement l’hématologue allemand. « Est-il redevenu séronégatif ? » demande une jeune femme. Une question que Gero Hütter n’esquive pas, bien au contraire : « Il a certaines parties de son test VIH qui sont positives et d’autres qui sont négatives. Les tests VIH ciblent différentes parties du virus, et tous les anticorps qui concernent l’intérieur du virus sont négatifs. Les anticorps qui concernent la surface du virus sont présents mais en déclin. C’est tout à fait normal et conforme à ce qu’on observe avec d’autres virus, notamment ceux de l’hépatite B ou C. Donc même pour des patients qui sont guéris de l’hépatite B par exemple, ils conservent des anticorps à l’hépatite B pour le reste de leur vie. Il conservera probablement certains anticorps VIH pour toute sa vie mais on ne peut pas changer ça. Je n’ai pas de preuve définitive que le virus a été éradiqué. En effet, il n’est pas possible de démontrer l’inexistence de quelque chose. Je suis en partie d’accord avec ceux qui doutent d’une guérison effective et je ne peux en aucun cas me prononcer sur ce qui adviendra dans 10 ou 20 ans. » Mais quand Gero Hütter parle « en tant que spécialiste du cancer et du sang » il considère Timothy Ray Brown guéri du VIH car, dans ce domaine, « toute personne qui est pendant 5 ans, en rémission est considérée comme guérie. »

Dans ce cas, peut-on oser rêver de guérison dans un proche avenir ? « C’est un cas unique (…) c’est une transplantation de moelle osseuse, c’est une opération très dangereuse, très coûteuse, compliquée » avait souligné Bernard Hirschel, responsable de l’unité VIH/Sida des hopitaux universitaires de Genève, lors d’une interview. Ce cas unique de guérison du VIH débouche sur d’autres pistes de recherche qui mettront en pratique la thérapie génique : « Il y a 3 possibilités en ce qui concerne la thérapie génique » a expliqué Gero Hütter lors de cette Rencontre. « Dans la première, on bloque l’entrée du virus dans les cellules. Dans la deuxième, on supprime l’expression du gène. Et, la troisième approche, c’est d’empêcher les particules de cellules de se reconstruire. Et c’est la première approche, le blocage de l’entrée du virus qui est a le plus de potentiel. Elle prévient les nouvelles infections et procure un avantage aux cellules. Donc toutes les approches, toutes les nouvelles thérapies géniques de nouvelles générations seront de cette première classe »

Sandra Jean-Pierre avec Reda Sadki

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