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La vie amoureuse quand on est une adolescente séropositive... (avec Nadine Trocmé)

7 mai 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va écouter à nouveau Jennifer, là qui m’a parlée de ses expériences amoureuses quand elle était adolescente.

Début du son

Jennifer : Alors, on va dire le premier vrai petit copain, vraiment, on va dire je l’ai eu de 14 à 17 ans. Lui, il ne le sait pas que je suis malade. Déjà, je ne me sentais pas du tout prête, je pense, à le dire. Et après je sais que de toute façon, il ne pouvait pas l’attraper. D’un côté je me dis, j’aurai peut-être dû lui dire maintenant avec le recul je me dis, j’aurai vraiment dû lui dire. Mais je pense que, pour un premier vraiment petit copain, on n’a pas... ce n’est pas le flirt quoi, on n’a pas envie d’avoir un échec en fait. On a peur de l’échec, je pense. Vraiment de se faire rejeter. Et après à 17 ans, c’est là que j’ai commencé à en parler, parce que mon premier on va dire grand amour a vraiment accepté le fait que je sois malade, c’est lui qui a commencé à me faire un travail sur moi-même pour que j’accepte et que je vois que les personnes ne sont pas toutes méchantes, et acceptent aussi la maladie. Déjà, il voulait que... ça avançait un peu plus vite qu’avec l’autre. Et j’ai ma soeur qui me disait, mais tu peux lui dire, il est ouvert d’esprit. Donc c’est en fait ma soeur qui m’a convaincue de le dire tout de suite parce que je commençais à ne plus manger, parce que j’avais peur. Et en fait il voyait qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas mon ex petit copain. Et en fait, il croyait vraiment que je le trompais et en fait un soir, il s’est mis à pleurer, il m’a fait une scène. Et en fait je me suis mise à pleurer, en lui commençant l’histoire par ma mère, et en fait il l’a deviné, il a dit ah, mais c’est ça, il a dit qu’il ne me quitterait pas quoi parce que j’avais cette maladie. Au contraire, ça m’a donnée vraiment plus confiance et il m’a prouvée que quand on aimait quelqu’un, on ne pouvait pas fuir devant la maladie. Sinon, je ne le disais pas, mais ça ne m’a pas empêchée, puisqu’après je ne faisais rien non plus avec les personnes. Après je pense que, si j’aurai eu des rapports sexuels avec je l’aurai certainement dit.

Fin du son.

Sandra : C’était Jennifer qui parlait de ses expériences amoureuses. Nadine Trocmé qu’est-ce que vous pensez de ce que viens de dire Jennifer ? Est-ce que vous retrouvez ça chez les jeunes qui viennent vous voir ? Comment est-ce que vous aidez une adolescente ou un adolescent pour annoncer sa séropositivité à son amoureux ou à son amoureuse ? Est-ce que déjà vous conseillez de le dire ou pas ? Comment ça se passe ?

Nadine Trocmé : Mais d’abord, je ne conseille pas. Comme je le disais tout à l’heure. J’essaye d’écouter les jeunes qui me disent que c’est un moment difficile. Et c’est vrai que c’est difficile d’annoncer qu’on est séropositif. Parce que déjà, ça a des conséquences. Il faut utiliser le préservatif à partir du moment où on est séropositif et que l’autre ne l’est pas, et même quand l’autre l’est parce qu’il y a des risques de surinfection bref, ce n’est pas le problème. Il faut utiliser le préservatif. Et que d’autre part, ça m’est souvent en balance des tas de questions dans la tête des jeunes parce qu’ils se disent, mais comment on va faire des enfants, au premier abord ça leur semble compliqué. Et puis parce que, comme on l’a dit, c’est quand même une maladie qui fait fuir, encore très stigmatisante, dire qu’on est séropositif. On pense que ce n’est pas possible d’avoir une relation de couple, que ça fait fuir, etc. Du coup, les jeunes hésitent beaucoup. Il y a d’une part, souvent les jeunes qui font un peu comme Jennifer dit. C’est-à-dire dans un premier temps elle a dit, je ne l’avais pas dit à mon copain et de toute façon je savais que je ne pouvais pas le contaminer alors je me suis dit pourquoi elle savait ça, en fait je crois que c’est parce qu’elle n’avait pas eu de relations sexuelles. J’ai remarqué que chez les jeunes filles en particulier il y a une espèce de sentiment de dangerosité vécu qui fait qu’elles évitent d’avoir des relations sexuelles. C’est-à-dire beaucoup d’entres elles quand elles sont jeunes adolescentes, ont de multiples relations amoureuses, mais dès que ça commence à être un petit plus sérieux et bien elles rompent avec leur amoureux pour éviter justement ce moment où elles se disent, il faut que je le dise et puis comme je ne peux pas le dire, on arrête. Il y a aussi par ailleurs et néanmoins les jeunes qui se lancent et qui le disent. On sait par notre expérience déjà dans notre service, parce qu’on rencontre beaucoup de mamans avec les bébés qui nous parlent beaucoup de ces expériences-là quand elles ont rencontré les futurs pères, etc., et puis de par l’expérience qu’on a avec les jeunes, on sait que, le plus tôt, c’est-à-dire que, quand la rencontre se fait, ça passe ou ça casse. C’est-à-dire que si la personne qui est séropositive dit à l’autre, je suis séropositif, soit dès qu’elle le sait, c’est-à-dire après son test de séropositivité, soit dès la rencontre, ça peut casser, mais si le couple, l’autre reste avec la personne séropositive, on sait que, le couple peut se construire sur des bases très solides. À ce moment-là, il y a beaucoup d’amour et beaucoup de soutien. Mais si la personne attend trop, à un moment donné Jennifer dit, il a cru que je le trompais. Eh bien oui d’une certaine manière elle le trompait puisqu’elle ne lui avait pas tout dit. C’est souvent le problème, c’est-à-dire que, quand les personnes séropositives attendent trop longtemps, au bout d’un moment, ce n’est plus possible à dire. Et quand elle le dise, ça fait souvent de gros dégâts, comme des ruptures justement. Moi je me suis aperçu que la plupart des mères qui arrivent à Trousseau quand le bébé à deux trois jours, la plupart des mères qui arrivent seules, qui ont rompu avec le père par exemple pendant la grossesse, sont celles qui, savaient qu’elles étaient séropositives, ont attendu et puis à un moment donné, elles se sont dit, avant la naissance de l’enfant il faut que je le dise, mais c’était déjà trop tard. C’est-à-dire à ce moment-là, le père leur a dit, tu as attendu tout ce temps-là ? Mais tu m’as trompée. Et c’est le terme souvent qui est dit à ce moment-là, ça, c’est intéressant. C’est-à-dire qu’il y a un moment pour le dire, et il ne faut pas attendre trop longtemps, mais de là à donner des conseils non. Tout le monde le sait bien ça. Et enfin, je voulais finir par dire que les jeunes filles que je rencontre très souvent disent, vous savez c’est un test. Si un garçon me dit qu’il m’aime à la folie et doit faire sa vie avec moi, etc, et que moi je lui dis que je suis séropositive et qu’il s’en va en fuyant, eh bien que c’était pas vrai, qu’il ne m’aimait pas comme il me le disait. C’est une question comme ça, mais ça ne se discute pas sous forme de conseil ou de recette. Chacun essaye de réfléchir, ça prend du temps. Ça prend du temps d’annoncer à l’autre qu’on est séropositif. Mais pas trop de temps. Ce n’est pas dès la rencontre, mais ce n’est pas non plus après plusieurs mois, voir plusieurs années.

Transcription : Sandra Jean-Pierre