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Je suis une adolescente séropositive, en quoi un psychologue peut-il m’aider ? (avec Nadine Trocmé)

7 mai 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Nous sommes avec Nadine Trocmé, psychologue à l’hôpital Armand Trousseau. On parlait du sujet Vivre avec le VIH quand on est adolescent. On a écouté Jennifer tout à l’heure qui a partagé son vécu avec nous quand elle était adolescente. Elle disait qu’elle, elle a préféré ne pas parler de la difficulté qu’elle avait pour prendre ses traitements à son entourage, à ses amis parce qu’elle ne voulait pas inquiéter son entourage, surtout sa famille. Et le psychologue, elle ne voulait pas en entendre parler. Nadine Trocmé, qu’en pensez-vous ?

Nadine Trocmé : C’est bien que vous reveniez sur cette question. Je pense que Jennifer a raison. Je pense que, quand on n’a pas envie de rencontrer le psychologue eh bien on ne le rencontre pas. Rencontrer le psychologue c’est un choix personnel. C’est quand on est prêt justement à parler de soi, à remettre en question certaines choses. Ce n’est pas une obligation. On ne prescrit pas une consultation de psychologue. De même que moi, je n’aime pas recevoir les enfants ou les adolescents qui sont envoyés par le docteur ou le médecin. Ce n’est pas une prescription médicale. Et à chaque fois que je reçois un enfant, un adolescent, que nous devons nous revoir, comme un accord tacite puisque, dès le début de la prise en charge, quand il y a des demandes d’abord, ce sont toujours des demandes qui viennent d’eux-mêmes, soit des enfants, soit des adolescents. Mais toujours, à la fin de chaque entretien je demande aux enfants et aux adolescents, est-ce que tu veux revenir ? Et s’ils me disent non, je pense que je n’ai plus besoin de revenir, ils ne reviennent pas. Même si les médecins et même si les parents, enfin en général le médecin c’est rare parce que le médecin respecte mon travail et on travaille vraiment ensemble. Mais surtout les parents, même si les parents insistaient pour que je revoie tel enfant ou tel adolescent sans leur accord, je refuserai. Je tiens aussi à dire que quand même c’est relativement rare puisque les parents eux, souvent n’aiment pas trop non plus que leur adolescent viennent voir le psychologue, parce qu’ils ont toujours peur que, l’adolescent parle d’eux dans les consultations. Les parents se sentent souvent très coupables d’avoir contaminé leurs enfants et ils ont toujours peur qu’un jour, leurs enfants les jugent. Alors ils disent oui, que va-t-il penser de moi, il va me juger, ce sont des choses très difficiles pour eux. Donc, un adolescent qui dit, je ne veux pas voir le psychologue, ce n’est pas les parents qui vont dire ce serait mieux que tu ailles. D’autant plus qu’un adolescent en général, il est déjà libre de décider de son suivi en général. Puisque, le propre de l’adolescent c’est d’accéder justement petit à petit à son désir propre et de se séparer de ce désir parental pour lui et d’avancer tout doucement vers un désir d’adulte. Donc, ce n’est certainement pas le moment pour lui imposer quoi que ce soit concernant le suivi psychologique. Et donc, c’est là que j’ai trouvé que Jennifer avait tout à fait raison quand elle disait qu’on aurait dû la laisser ne plus aller avoir le psychologue à partir du moment où elle n’en avait plus le désir.

Sandra : Tina, Zina, Ali, Sadek, est-ce que vous aussi vous avez des à priori sur les psychologues ? Quand vous étiez plus jeunes, je ne veux pas dire que vous êtes vieux aujourd’hui, mais quand vous étiez plus jeunes est-ce que vous avez eu besoin d’aller voir un psychologue pour votre suivi ou pas du tout ?

Zina : Pour ma part, ma mère m’avait envoyée, mais je n’étais pas séropositive, mais ma mère m’avait envoyée de force chez un psychologue, et dès le départ je ne voulais pas. J’y suis allée quand même et quand je suis rentrée dans le bureau du psychologue j’ai dit que je n’avais rien à lui dire, que je n’avais pas envie de le voir et il a respecté mon choix. Il est allé voir ma mère, il a dit écoutez, moi je ne peux rien faire, si elle n’a pas envie de venir de me voir, et effectivement, les psychologues, je n’ai rien contre. Simplement, j’estime que c’est à chacun de choisir. Il y a des outils pour chacun, il y en a qui vont avoir un besoin d’un psychologue pour aller mieux. Il y en a ça va être autrement, ça va être de parler à des confidents, ça aussi, ça peut beaucoup aider. C’est quelque chose qui reste personnel.

Nadine Trocmé : Ce qui est important en général quand les jeunes ne veulent pas revenir, je leur signifie toujours que ma porte est ouverte. C’est-à-dire qu’ils peuvent revenir à un autre moment peut-être où ils en auront besoin. Et ce qui est intéressant, c’est que beaucoup reviennent. Mais quand ils reviennent, ils ne reviennent ni sur l’injonction médicale, ni sur injonction familiale. Ils viennent parce qu’ils ont besoin de parler de quelque chose qui les soucient ou d’eux-mêmes. Mais ils viennent avec leur propre désir de venir. Et certainement pas, parce qu’ils se sentent obligés. Et c’est ça qui est bien. Et à partir de ce moment-là, c’est là qu’on commence à bien travailler avec eux.

Zina : D’ailleurs à ce propos, ma mère insistait pendant des années pour que mon fils voit un psychologue et elle m’a plus ou moins reprochée, fait culpabiliser parce que je n’insistais pas, parce que lui il refusait. Eh bah là, tout récemment, je ne l’ai pas embêtée et c’est lui qui, je lui en ai reparlé et ça y est maintenant, il va en voir un. Et maintenant, c’est lui qui est d’accord.

Nadine Trocmé : Oui, oui tout à fait avec les enfants aussi bien sûr.

Tina : Moi quand j’ai appris le VIH, j’avais 25 ans. Donc plus vraiment adolescente, mais bon, jeune adulte. Le jour de l’annonce, comme par la suite, personne ne m’a jamais proposé de psychologue, l’annonce a été faite dans un centre médical dans Paris. On ne m’a même pas indiquée de voir un infectiologue. Donc pendant plusieurs années j’allais voir un médecin généraliste. Mais voilà, ça m’a jamais été proposée jusqu’à dernièrement, j’ai été moi-même voir un infectiologue, donc 10 ans après à peu près. Là oui, on m’a proposée une psychologue, mais j’ai un petit fui aussi au bout d’un certain temps parce que, c’était plus dans ce qui se disait, j’avais toujours l’impression que la psychologue essaye un petit peu de donner des directives. Alors, je ne sais pas si c’est moi... voilà peut-être que ça dépend aussi des gens, des psychologues, chacun travaille différemment. J’ai jusqu’à présent pas ressenti ça quoi comme un soutien, mais des moments difficiles parce qu’il faut se justifier par rapport à des choix de vies.

Nadine Trocmé : Non, non. Pour ma part, ce n’est pas du tout comme ça que je conçois mon travail. Nous ne sommes pas dans l’éducation. Nous ne sommes pas dans le conseil. Nous sommes dans l’écoute. Je ne conçois à aucun moment que quelqu’un vienne me voir et que je lui donne un conseil de vie ou que je le juge dans quoi que ce soit. Moi je voulais vous poser une question, est-ce que quand vous avez appris que vous étiez séropositive, est-ce que, à ce moment précis, vous auriez aimé rencontré quelqu’un qui vous écoute ?

Tina : Oui, je pense vraiment, j’étais vraiment perdue, mais je n’avais pas d’idée qu’on pouvait proposer un psychologue, même, je ne savais que ça existe, qu’il y avait un service de maladies infectieuses ou le métier d’infectiologue. Je veux dire, j’étais vraiment totalement perdue et c’est simplement un médecin généraliste qui a continué à me suivre alors que c’est dans Paris.

Nadine Trocmé : C’est très étonnant qu’on vous ait annoncé comme ça votre séropositivité et qu’on vous ait laissé repartir dans la nature sans même vous proposer quoi que ce soit, c’est quand même très rare. Heureusement.

Tina : C’était vraiment dur parce que, c’était un moment quand on m’a annoncée, j’ai rien compris, quand j’ai à peu près compris de quoi il s’agit, j’ai bien sûr commencé à pleurer, à être paniquée. Ce médecin devait juste me délivrer un certificat médical pour un projet de mariage en fait. Donc elle ne s’attendait pas non plus à une annonce de VIH de séropositivité à ce moment-là. Elle ne me connaissait pas d’ailleurs pas du tout. Et elle a dit c’est pas encore une raison de pleurer. De toute façon, il faut d’abord confirmer ce test et puis voilà, elle était un peu embarrassée, elle voulait plutôt que je sorte rapidement du cabinet.

Nadine Trocmé : Oui, c’est ça. Conduite d’évitement, c’est-à-dire, elle vous avait dit ce qu’elle avait à dire et elle avait peur elle-même de prendre ça en charge et d’essayer de vous aider. Et d’ailleurs, je crois que je suis un peu optimiste, parce que monsieur dit ah non non, ce n’est pas...

Ali : Excusez-moi c’est un constat de 28 ans.

Nadine Trocmé : Oui, oui. Non, mais c’est intéressant que vous parliez de la réalité.

Ali : La réalité malheureusement je la connais puisque ça fait 28 ans que je suis co-infecté VIH/VHC. J’ai la chance d’avoir un enfant de 20 ans qui n’est pas contaminé. Je ne prends pas de traitement par ailleurs. J’ai pris deux traitements VHC, j’écoute, j’apprends beaucoup. Mais, il y a des choses avec lesquelles, je me demande, aussi bien pour les enfants, que pour les plus âgés, même moi quand j’ai vu apparaître les enfants de 25 ans qui étaient contaminés dès la naissance, ça m’a surpris parce qu’autour de moi, j’avais vu essentiellement des enfants décéder très jeunes ou alors à l’adolescence et bon, heureusement il y a eu de l’amélioration. Pareil tout à l’heure, quand on parlait de la partie effet secondaire, les problématiques que ça amène dans la vie de tous les jours, ce n’est pas tout rose non plus. On en est là.

Transcription : Sandra Jean-Pierre