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Allaitement et VIH | Ariane | Grossesse et VIH | Isabelle Heard

Séropositive, comment expliquer à ma famille que je n’allaite pas mon bébé ?

15 mars 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Je n’ai pas dit à ma famille que je suis séropositive et ma mère, ma soeur, se demandent pourquoi je n’allaite pas mon enfant. Comment leur expliquer sans dire que je suis séropositive ? Avant d’écouter le récit d’Ariane qui explique comment elle a fait pour expliquer le fait qu’elle n’allait pas son enfant. On va écouter Isabelle Heard et Tina sur la question de l’allaitement.

Début du son.

Isabelle Heard : Il y a un certain nombre de femmes séropositives qui n’ont pas dit à leur belle-mère, à leurs soeurs, à leurs cousines qu’elles étaient séropositives. En particulier beaucoup de femmes d’origine africaines. Et la famille, quand elle voit qu’elle n’allaite pas, elle ne comprend pas. Donc il faut qu’elle se justifie de ne pas allaiter. Alors en particulier il y a un certain nombre de femmes qui pour ne pas choquer ou décevoir la famille, allaitent alors que c’est tout à fait non recommander, puisque ça risque de contaminer le bébé.

Tina : Quand on a commencé à dire aux femmes séropositives africaines surtout qu’il ne fallait pas allaiter au sein, mais au biberon, on a constaté qu’elles étaient passées à l’allaitement alterné donc, en même temps le biberon et le sein quand il y avait des membres de la famille qui sont là. Et on a constaté que là, la contamination était plus importante. Donc c’est vraiment l’expérience des médecins qui ont montré que, d’une part, ces femmes fréquemment ont opté pour cette solution et que c’était à déconseiller. C’est en fait la moins bonne solution donc dans les pays d’Afrique, les médecins du coup conseillent carrément aux femmes séropositives d’allaiter leur bébé uniquement au sein pendant les 6 premiers mois. Et après de passer subitement de l’allaitement au sein à l’allaitement par le biberon pour éviter d’allaiter en même temps au sein et au biberon. En revanche, en Europe on ne pourrait pas conseiller aux femmes d’allaiter au sein pour éviter ce double allaitement. Donc voilà, je pense, qu’il faut vraiment trouver ensemble avec cette femme séropositive une solution, lui donner une excuse qu’elle pourra donner à sa belle-famille, à sa maman, à tous ceux qui ne savent pas qu’elle est séropositive et qu’elle n’a pas le droit d’allaiter au sein. Donc, lui donner un argument pour qu’elle puisse avancer cet argument plus facilement auprès de sa famille et allaiter au biberon. En tout cas, ce que dit Isabelle Heard sur le fait que, quand les membres de la famille sont là, la femme va allaiter au sein, pour faire bonne figure. Ca il faut vraiment à tout prix éviter, lui expliquer que c’est la moins bonne solution et je pense que, si vraiment elle dit que pour elle c’est impossible d’allaiter au biberon devant sa famille, éventuellement voir si ce n’est pas mieux alors à ce moment-là de faire comme on conseille en Afrique pour cette situation exceptionnelle. Mais je pense qu’en Europe, quand même, même les femmes africaines, elles ont leur foyer, souvent un travail, donc peut-être qu’elles, en discutant avec elles, il y a moyen de trouver une solution pour qu’elles adhèrent à l’allaitement par biberon.

Fin du son.

Sandra : Zina, est-ce que toi, le fait de ne pas pouvoir allaiter tes enfants, est-ce que ça t’a manqué ? Est-ce que ça t’a vraiment dérangé ? Quand le médecin t’a dit que tu ne pourrais pas allaiter parce qu’il y a un risque de transmission du virus. Comment est-ce que toi, tu l’as vécu ?

Zina : Je savais que je ne pouvais pas l’allaiter et... Ça été assez frustrant pour moi en fait parce que, pour moi, c’est comme s’il manquait quelque chose, un contact, c’est un moment assez fort en fait au moment où, quand la maman allaite son bébé donc j’ai ressenti une frustration. Mais bon, ça va, ça ne m’a pas non plus... j’étais quand même contente d’avoir mon bébé. Sinon, socialement, ce que j’ai dit, à mon travail, j’ai dit que lait n’était pas bon. Et sinon, les amis, la famille, je ne cache pas en fait, je ne cache pas mon virus. Donc je n’ai pas eu trop de soucis. Et ceux à qui je ne voulais dire je disais que je n’avais pas à un bon lait. Je pense qu’on peut toujours trouver des solutions. Il y a des mamans qui n’ont pas de lait, qui n’ont pas un bon lait. Donc on peut trouver ça comme excuse en fait.

Sandra : On va maintenant écouter Ariane, qui a raconté comment elle a fait elle pour expliquer le fait qu’elle ne pouvait pas allaiter et puis ce qu’elle a ressenti de ne pas pouvoir allaiter ses enfants, on écoute Ariane.

Début du son.

Ariane : Je suis Ariane, j’habite à Strasbourg. J’ai deux enfants. Un garçon de 3 ans et une fille de 5 ans. Je vis en couple depuis 11 ans avec mon conjoint qui est séronégatif. Et moi je suis séropositive depuis l’âge de 20 ans. Ça va faire 11 ans que je suis concernée par le VIH. J’ai su à l’âge de 20 ans que je suis séropositive et on a fait le choix, on a décidé d’avoir des enfants, malgré la maladie. J’ai eu mon premier enfant à 27 ans. L’allaitement c’était quand même quelque chose d’assez important par rapport à ce que je concevais du fait d’avoir un enfant. Pour moi, allaiter c’était normal, c’était quelque chose qui me tenait vraiment à coeur parce que, j’avais vraiment cette image de, par rapport à ma mère qui allaitait mes petits frères, on est 5 dans la famille. Et c’est vrai que, ce côté-là, pour moi c’était important. Pour moi, c’était évident d’allaiter son enfant. Et c’est vrai que, quand j’en discutais parfois avec ma maman de, avant d’avoir des enfants, j’avais déjà donné ma position en disant que j’allaiterai. Et donc, c’est vrai que, quand on est séropositive, c’est quelque chose qui est à éviter justement pour éviter la contamination du bébé. Donc pour moi, ça été quand même assez difficile de ne pas allaiter, mais aussi de devoir le cacher à mon entourage. Donc, c’est vrai que moi j’ai pris le prétexte que j’avais un problème hormonal dû à la cholestase gravidique, que j’ai eu pendant la grossesse et donc j’ai pu dire aux gens qui se questionnaient sur le fait de ne pas allaiter, que justement c’était à cause de ça que je ne pouvais pas le faire. Bon déjà j’étais hospitalisée à cause du cholestase gravidique, donc c’est un problème au niveau du foie et c’est dû à un trouble des hormones. Donc, les gens ne connaissent pas spécialement ça, mais bon, il savait que j’étais hospitalisée pour ça. Donc pour moi, ça été facile de pouvoir dire que c’était à cause de cette pathologie, ce problème-là, qui a fait que je n’avais pas assez de lait et que j’avais un traitement qui ne me permettait pas de donner le sein à mon enfant. Je connais des personnes qui ont dit qui n’allaitaient pas parce qu’ils prenaient des antibiotiques, ils avaient une petite infection et que l’antibiotique passait forcément dans le lait et qu’il fallait éviter de donner le sein au bébé. Je pense qu’il faut vraiment que les mamans comprennent que ce risque-là n’est pas minime quoi, il y a quand même 20 % de risque de contamination par le lait maternel. C’est quelque chose qui faut vraiment tenir compte quoi. En plus, c’est dommage de, faire toute une procédure pour éviter pendant la grossesse en ayant un traitement durant toute la grossesse et qu’au final, on donne le lait, le sein. Donc c’est comme si ça ne servait à rien, tout le travail qui a été fait avant, le suivi qui a été fait avant. Donc, je pense que, voilà, faut vraiment prendre conscience qu’il y a un réel risque et que bon après, pour justifier auprès de la famille, je pense qu’il faut simplement dire qu’on est sous antibiotique parce qu’on a une petite infection, ce qui peut arriver à beaucoup de personnes et que le fait d’avoir des antibiotiques peut justement être néfaste pour le bébé si on donne le sein. Je suis très très proche de mes enfants, malgré le fait que je n’ai pas allaité, ça n’a pas changé du tout au final le rapport que j’ai avec mes enfants. On est très proche et assez fusionnel. Ca été quand même très difficile parce que bon, j’avais cette idée, pour moi c’était quelque chose qui était assez important d’allaiter son enfant et je pensais aussi au côté fusionnel, enfin pas fusionnel, mais le fait qu’on ait un contact direct avec le bébé, enfin son enfant. On a des liens qui se créent aussi pendant l’allaitement. Donc moi j’avais aussi peur de ça, que justement, qu’il n’y ait pas ce contact-là où justement l’allaitement permet d’avoir un contact très proche avec son enfant. Moi j’ai pris d’autres méthodes, j’ai souvent utilisé la méthode kangourou, c’est-à-dire c’est une écharpe, on utilise une écharpe, et on enveloppe le bébé dans cette écharpe et il y a un contact peau à peau avec son bébé. Donc ça aussi c’est quelque chose qui peut être une solution aussi pour un petit peu compenser ce manque-là, par rapport à l’allaitement qui n’a pas été fait quoi.

Transcription : Sandra Jean-Pierre