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Grossesse et VIH | Sofi

Sofi, 26 ans, séropositive depuis 2009, va devenir maman pour la première fois

15 mars 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Alors on vient d’écouter Samira. Et maintenant on va écouter Sofi. Elle a 26 ans, elle travaille et va bientôt devenir maman.

Début du son.

Sofi : Je m’appelle Sofi, j’ai 26 ans. Je suis née en 1984 et je suis séropositive depuis 2009. Depuis l’annonce de la séropositivité, quand on me l’a annoncé je me suis dit que je ne pourrais plus avoir d’enfant. Ma vie sera finie, c’était un peu le trou noir. Finalement après, en côtoyant un peu les gens du Comité des familles, en voyant qu’il y avait la possibilité d’avoir des enfants, sans que le partenaire et sans que le bébé soit contaminé, donc il y avait quand même des moyens pour faire des enfants donc je me suis dit du coup pourquoi pas moi. Et j’ai rencontré une bonne personne en plus avec qui ça s’est bien passé tout de suite. Du coup on a parlé assez rapidement de faire des enfants aussi. Puis les choses vont... sans qu’on s’y attende forcément. Au tout début, quand on m’a dit que j’étais séropositive, je ne pensais pas faire du tout un enfant à 26 ans, et puis même dans ma vie, je m’imaginais plutôt d’abord faire une carrière et puis ensuite 35 ans commencer à envisager éventuellement d’avoir un enfant mais du coup ça s’est fait assez rapidement. Et puis on en a parlé. Vu que lui est séronégatif, on s’est informé sur comment procréer sans que lui soit contaminé et puis le bébé non plus. Du coup on a décidé d’enlever le préservatif une fois, à un moment du cycle où j’étais censée ovuler. Et puis ça a pris tout de suite. Donc du coup, l’enfant est arrivé assez rapidement. Je suis à 5 mois et demi. Ca veut dire que je vais accoucher au mois de juin, fin juin. C’est vrai qu’une première grossesse, on est toujours un peu flippé dès qu’il y a un truc qui se passe donc... je dirai globalement ça va bien, je n’ai pas eu trop de nausées, ni rien du tout donc ça va. Puis je suis quand même bien suivie à l’hôpital. Donc ça rassure aussi. Ca me rassure moi, ça rassure le papa. Puis on pense que tout va bien se passer. On reste optimiste, sur le fait que la grossesse va bien se passer comme si je n’étais pas concernée par le VIH en fait. Mais bon après il y a toujours des choses qui stressent un petit peu. Mais ça c’est plus lié à la grossesse qu’à la maladie je pense. C’est le fait d’avoir mal au ventre, on se dit est-ce que c’est normal ? Des choses toutes bêtes. Aussi par rapport à la prise de médicament. C’est vrai que, les médicaments qu’on prend, on ne sait pas si après ça va avoir un effet sur l’enfant donc... je pense que c’est des questions, faut pas trop se les poser parce que ça ne sert à rien. Et puis de toute manière, à partir du moment où on est bien suivi médicalement, je pense qu’il n’y a pas de raison de s’en faire plus que ça mais... c’est quand même des choses qui posent questions. J’ai changé deux fois de traitement depuis le début donc au tout départ je prenais precista, truvada et norvir. Ensuite on m’a passé à truvada et viramune. Et puis quand j’ai annoncé au médecin que j’étais enceinte, elle m’a dit ah mais pourquoi vous avez fait un bébé, vous ne me l’avez pas dit. Et en fait ça m’a vraiment choquée, je me suis dit mais pourtant, je vais dans une association, je suis informée sur les risques pour le bébé, je suis bien suivie, je ne comprenais pas on me reprochait d’avoir fait un enfant dans le dos des médecins, et de ne pas les avoir mis au courant en fait. Donc c’était un peu la surprise. Alors que je pensais qu’on m’aurait dit félicitation. Ce qu’on dit normalement quand une femme est enceinte. Donc en gros, je prenais viramune et truvada et le médecin a dit tout de suite truvada ça ne va pas du tout, il faut le changer tout de suite et tout ça alors que, je connaissais d’autres femmes enceintes qui avaient été enceintes avant moi et qui prenaient truvada et on ne leur avait pas enlevé. Donc c’est vrai qu’il y a un discours aussi des médecins qui est un peu différent. Donc du coup, on ne sait pas trop où se situer par rapport à tout ça et puis. Elle m’a présenté ça comme quelque chose de dramatique de prendre truvada alors qu’au final... enfin, je ne sais pas après quels sont les risques par rapport à ça, je ne suis pas médecin mais donc du coup elle a changé. Donc maintenant je prends viramune et combivir. Combivir je sais que c’est de l’AZT, c’est une première molécule et c’est vrai que j’ai un peu de réticence par rapport à ça parce que je sais qu’il y a pas mal de gens qui sont décédés ou qui ont eu des conséquences par rapport au fait d’avoir pris combivir au tout départ. Enfin là je pense que, en tout cas de ce qu’ils m’ont dit, c’est le médicament qu’on donne le plus pour les femmes enceintes séropositives parce qu’on a plus de recul concernant tout ce qui est, les effets secondaires pour les bébés. Il y a effectivement un suivi assez phénoménal. J’ai l’impression de passer ma vie à l’hôpital. Il y a un suivi VIH dans mon service d’infection de VIH. Donc il y a un suivi avec mon infectiologue, plus une gynécologue obsétricienne. Et puis en plus de ça, comme je vais accoucher à la maternité aussi de l’hôpital où je suis suivie, j’ai aussi un suivi avec le gynécologue de la maternité. Donc il y a deux services qui me suivent avec chacun un gynécologue. Donc j’ai deux gynécologues qu’il faut que je vois chaque mois. Donc ça fait déjà deux rendez-vous par mois. Plus les bilans qu’il faut faire plus régulièrement, les bilans de glycémie, les bilans pour contrôler le VIH. Savoir où j’en suis par rapport au CD4 et à ma charge virale, donc tout ça, ça fait beaucoup de rendez-vous au Kremlin-Bicêtre. En fait au tout départ, moi j’ai su deux semaines après mon retard de règles que j’étais enceinte, donc du coup c’était assez rapide et je savais tout de suite qu’il fallait que j’en parle à mon infectiologue et puis au médecin qui me suivait. Donc du coup, j’ai pris rendez-vous avec ma gynécologue, qui me suivait à l’époque à l’hôpital du KB, qui était dans le service maladies infectieuse de l’hôpital. Elle m’a reçue une fois, en m’expliquant vaguement que ce n’était pas bien d’avoir fait un bébé sans protection. C’était assez paradoxale. Elle m’a dit aussi vous n’en avez pas parlé avant. Je ne savais pas que vous vouliez faire un enfant. Donc c’est un peu bizarre. Et puis elle m’a reçue mais sans vraiment m’expliquer ce qu’il fallait ce que je fasse après donc j’ai pris par moi-même les renseignements pour savoir s’il fallait que je vois quelqu’un en particulier tout ça. Donc j’avais pris rendez-vous pour mon échographie. Forte heureusement, parce que c’était l’échographie du troisième mois. Et en fait je ne l’ai pas revue avant le troisième mois. Donc quand elle m’a vue, elle m’a dit vous avez pris votre rendez-vous d’échographie ? J’ai dit bah oui, je suis allée, parce que personne ne m’a rien dit. Donc je me suis dit que ce serait bien que je le prenne. Et donc j’ai fait mon premier rendez-vous d’échographie. C’est là où elle m’a dit ce n’est pas moi qui vais vous suivre. Je dis ah bon ? Je pensais que ce serait vous puisque vous êtes ma gynécologue. C’était elle qui me suivait depuis un an et demi quasiment donc j’étais un peu surprise aussi. Du coup, elle m’a orientée vers ces deux médecins. Donc les deux nouveaux gynécologues que j’ai maintenant et avec eux ça se passe très bien donc... puis eux ont plus de temps. J’ai bien senti qu’elle n’avait pas le temps du tout de s’occuper de ça donc, d’un côté ça m’a un peu arrangée qu’elle réoriente vers deux médecins qui avaient le temps de prendre mon dossier en considération. Je n’ai pas encore acheté de vêtement pour le bébé. Je pense qu’on y pensera en temps et en heure. Il n’est pas encore là donc, peut-être pendant mon congé maternité ce sera l’occasion. Donc en fait, au bout du troisième mois, à la première échographie, on a déjà demandé ce que c’était comme sexe, si c’était une fille ou un garçon. Le médecin a dit qu’il ne pouvait pas encore nous dire et puis finalement, au moment de partir, il nous a dit bon a priori ce serait une petite fille. Donc on a été un peu surpris qu’il nous dise ça alors qu’il avait dit avant qu’il ne pouvait pas nous le dire mais...(rires). Du coup on savait déjà au troisième mois et puis ça s’est confirmé au cinquième mois. Je suis contente. Le papa un peu moins. Mais après je lui ai dit qu’il serait amoureux, enfin ce serait une petite fille qui serait amoureuse de lui tout ça donc... je pense que ça l’a fait changer d’avis. On a déjà un prénom depuis très longtemps. Donc si c’est une fille, c’est bon, on avait ce qu’il faut. En revanche, si c’était un garçon, ça aurait été un peu plus compliqué. Mais du coup on aura le temps d’y penser pour plus tard (rires). C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui disent des choses contradictoires sur le traitement, notamment l’injection d’AZT pendant l’accouchement, et puis après pour le traitement antirétroviral donné au bébé. Donc c’est vrai que j’avais entendu un peu tous les discours sur ça. Puis il y a une pédiatre qui est venue au Comité jeudi dernier pour parler de tout ça, toutes les questions liées aux enfants nés de mères séropositives. Et elle m’a beaucoup rassurée sur beaucoup de questions que je me posais notamment sur l’injection d’AZT pendant l’accouchement. Moi j’avais qu’une peur, c’est que l’accouchement dure 20h ou 30h et que du coup la perfusion d’AZT c’est 20h ou 30h d’injection au bébé donc du coup le bébé prend, je ne sais pas combien de bouteille de sirop, alors qu’il aurait p’tre pas eu besoin de tout ça. Et en fait, ce que disait la pédiatre, c’est que, en gros, au bout de 4 heures, on peut arrêter la perfusion de l’AZT. Donc c’est vrai que j’en ai déjà parlé à mon médecin en me disant, est-ce qu’on peut arrêter la perfusion au bout d’un moment si ça dure trop longtemps, et que je n’ai pas envie que le bébé prenne trop d’AZT d’un coup. Elle m’avait dit ce n’est pas vraiment conseillé parce que quand même, vous êtes séropositive, blabla et du coup, elle m’a quand même confirmée sur le fait qu’il y a des médecins qui pensent qu’au bout de 4 heures on peut arrêter la perfusion.

Fin du son.

Sandra : Amina, qu’est-ce que tu penses du récit de Sofi ?

Amina : Le récit de Sofi, je suis très contente pour elle, parce que, même Samira aussi, juste après son accouchement j’étais avec elle, je suis restée chez elle pendant 8 jours. Et je l’ai assistée, j’étais vraiment très très contente. Et toutes les deux, je les félicite. En plus parfois, ce n’est pas que j’en veux à mon mari, mais parfois, je lui en veux de ne pas... il n’était pas au courant, il ne voulait pas d’enfant donc... on a qu’une seule fille, j’ai perdu un bébé. Donc vraiment pour ceux qui peuvent avoir des enfants et bien je les encourage. Parce qu’il y a vraiment une très bonne prise en charge des femmes et tout. Donc il faut avancer. Il faut faire les bébés tant qu’il est temps parce que, il viendra le jour où, c’est l’âge et tout, c’est ça, voilà.

Sandra : Alors Amina tu dois nous laisser, tu dois partir parce que tu as un rendez-vous chez le médecin.

Amina : Oui j’ai un rendez-vous en fait à 6h. Je dois partir. Je dirais bonne fête à toutes les femmes et merci beaucoup pour l’invitation à l’émission. C’est sûr je serais là une prochaine fois jusqu’à la fin de l’émission.

Transcription : Sandra Jean-Pierre