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Allaitement et VIH | Bernard Hirschel | Bernard Hirschel répond à vos questions | Charge virale indétectable | Enfants concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif | Femmes séropositives

Bernard Hirschel répond à vos questions : Puis-je allaiter mon bébé si j’ai une charge virale indétectable ?

4 mars 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Bernard Hirschel répond aux questions des séropositifs. En exclusivité pour vous auditeurs de l’émission Survivre au sida, l’un des meilleurs infectiologues du VIH en Europe écoute vos questions et y répond dans le cadre d’une série. Cet infectiologue c’est donc Bernard Hirschel. Il dirige un service VIH à l’hôpital universitaire de Genève depuis plus de 20 ans. Vous aurez donc le plaisir d’écouter Bernard Hirschel dans nos émissions régulièrement. C’est Reda qui est parti à sa rencontre pour poser des questions qui comptent pour les séropositifs. On part pour la Suisse ! Et là, c’est une question de Tina.

Début du son.

Tina : Bonjour. Je m’appelle Tina, j’ai 33 ans. Et puis je vis en couple sérodifférent et je suis séropositive depuis 10 ans. Je voudrais vous poser une question à propos de la question de l’allaitement pour les mamans séropositives. Je vous avais déjà entendu parler des éventuelles évolutions concernant les recommandations pour l’allaitement en cas de séropositivité de la maman qui est sous traitement efficace avec une charge virale indétectable. Comme quoi ce serait peut-être possible d’allaiter malgré la séropositivité de la maman grâce à cette charge virale indétectable. Comme quoi l’avis suisse qui s’applique aux rapports sexuels finalement s’applique aussi à l’allaitement. Donc c’était en cours. Et pour savoir où est-ce que ça en était et qu’est-ce qui est fait pour avancer à ce niveau-là ? Est-ce qu’il y a des études en cours ? Qu’est-ce qu’on peut espérer à ce niveau-là ? Est-ce qu’en Suisse c’est déjà plus avancé qu’en France ? Je n’ai pas d’enfants actuellement, mais je compte en avoir. Et bien sûr, comme toutes les femmes, allaiter ça fait un peu parti d’un rêve. Bien sûr, si on ne peut pas allaiter parce qu’on est séropositif il y a d’autres solutions, mais c’est quand même nettement plus, pour certaines femmes dont je fais partie, ça a une grosse valeur de pouvoir allaiter. Si c’est possible, autant le savoir pour pouvoir le faire.

Bernard Hirschel : Bonjour Tina. Je ne suis pas un spécialiste de l’allaitement, je ne suis pas pédiatre, mais je peux vous renseigner en général. Je crois qu’il faut distinguer la situation dans des pays pauvres où l’allaitement artificiel pose problème à cause de la contamination de l’eau et des maladies diarrhées que ça induit chez les enfants d’une part. Et d’autre part la situation chez nous. Alors, parlons d’abord du tiers monde. De plus en plus, on pense que, les femmes qui sont traitées par trithérapie peuvent allaiter. En gros si on regarde le nombre d’enfants qui sont malades à cause du non-allaitement et on le compare au risque très faible de transmission du VIH chez une femme sous traitement, la balance penche pour l’allaitement. Ces recommandations sont issues d’essais où on a donc permis aux femmes d’allaiter pendant qu’elles étaient elles-mêmes traitées et là, le nombre de transmissions est extrêmement faible. Souvent lié aussi à une interruption de traitement. Donc une mauvaise adhérence au traitement. Maintenant dans la situation chez nous. Alors ici le problème de l’allaitement artificiel est moindre. Il existe des produits de substitution qui sont tout à fait acceptables et qui ne posent pas de risque pour l’enfant. Et pour cette raison-là, la balance penche moins. Et les recommandations reflètent encore surtout la peur d’une éventuelle transmission du VIH. La question qui influence aussi certaines de ses recommandations, vous l’avez mentionné, c’est l’absorption de médicament à travers le lait maternel. Bon, il faut bien dire que les médicaments anti-VIH ne sont pas nocifs pour les enfants. D’ailleurs, on les traite de plus en plus tôt parce qu’on a vu que c’est bénéfique pour eux quand ces enfants sont infectés. Mais néanmoins, vous savez que, souvent l’allaitement est interrompu quand une femme pour n’importe quelle raison doit prendre des médicaments. Donc, il y a ces deux raisons mineures qui font que, la recommandation actuelle est toujours l’allaitement artificiel pour les enfants de mères séropositives.

Reda : Quand est-il dans le monde réel ? Une maman qui vous dit moi je vais allaiter mon enfant, quels sont les conseils ? Elle argumente en disant, je suis séropositive, sous traitement efficace. J’ai une charge virale indétectable depuis très longtemps. J’ai décidé d’allaiter mon bébé. Donc ici, en Europe. Qu’est-ce que vous lui répondez ? Quels conseils vous lui donnez ?

Bernard Hirschel : Alors, je répète encore une fois que je ne suis ni gynécologue, ni pédiatre, donc je ne suis pas vraiment dans cette situation. Mais il faut quand même dire que, une femme dans cette situation, c’est une situation assez difficile pour elle. Parce que, elle est en face de recommandations officielles. Il faut bien dire que, quand on pousse la question que l’assurance du zéro risque on ne peut pas la prendre. Il y a éventuellement la mauvaise conscience vis-à-vis de faire porter un certain risque même très petit à son bébé. On contrebalance son désir d’allaiter, donc c’est une situation assez difficile. La plupart des femmes choisissent le lait artificiel. Mais sous influence. Si cette situation devait se présenter personnellement, je pense que le risque est très petit de transmission. Il y a aussi les bénéfices de l’allaitement maternel qu’on pousse par ailleurs. Je crois qu’il ne faudrait pas qu’une femme, qui décide de faire ça, se sente très coupable. Mais néanmoins pratiquement c’est difficile, c’est tous les jours probablement des questions, est-ce que je fais quelque chose de faux ? Est-ce que je risque d’infecter mon enfant ? Vous voyez bien que, la situation psychologique est telle, que la plupart des femmes choisissent l’allaitement artificiel. Même peut-être à tort. Peut-être que le risque n’existe pas. Le lait de substitution est une solution relativement facile. Beaucoup de femmes le choisissent sans raison en fait. Et donc, voilà, je crois que la situation risque de rester telle qu’elle est encore longtemps.

Reda : Mais en quoi est-ce que c’est différent dans la situation dans les couples sérodifférents ou d’une part, on prône l’usage systématique du préservatif et là, vous avez pris la décision avec d’autres experts, de briser le consensus et de dire que le traitement, la balance pouvait pencher dans l’autre sens et plaider en faveur d’une protection par les médicaments ? Pourquoi est-ce que cette même logique ne s’appliquerait pas à l’allaitement dans le contexte d’ici ?

Bernard Hirschel : Disons si on est cartésien logique vous avez tout à fait raison, mais je constate simplement qu’il y a une différence pratique dans cette situation-là. Et que, il faut aussi dire qu’il y a d’autres raisons d’abandonner le préservatif que simplement c’est plus agréable. Par exemple le désir de procréation, etc. Ce ne sont pas des questions simples. C’est difficile de peser le pour et le contre. Et dans ces situations-là où le risque est très bas et que le risque est cependant celui d’un événement grave, celui de l’infection VIH. Des gens raisonnables diffèrent dans l’appréciation de ce risque. Il faut aussi dire que quelqu’un qui accepte l’acte sexuel non protégé accepte le risque pour lui-même. Tandis que, le bébé qui allaite, le risque est porté par quelqu’un d’autre. Et ça, c’est une grande différence morale et pratique qui s’applique partout dans la vie, dans la circulation par exemple, c’est plus dangereux et plus fortement réprimé que de briser les règles de la circulation pour un gros camion que pour un vélo n’est-ce pas ?

Reda : Est-ce qu’il y a des risques spécifiques liés à la toxicité des médicaments ? Est-ce qu’il y a une concentration plus importante dans le lait maternel ? Est-ce que ces risques ont été évalués ? Est-ce que ça, ce serait un motif pour être prudent ? Ou un motif supplémentaire pour renoncer à l’allaitement maternel ?

Bernard Hirschel : Alors, c’est un petit motif probablement pas très important puisque les médicaments sont par ailleurs donnés à des enfants infectés. Et leur exposition en prenant les médicaments pour le traitement est tellement plus élevée que par le lait et d’autres pas l’innocuité de ces médicaments semble apparente dans la plupart des cas. Donc je crois que le risque il est extrêmement petit. Mais encore, une fois ce n’est pas la même chose que d’exposer un enfant qui est malade pour son bien à un médicament que de lui faire absorber le médicament par le lait, à quantité minime. Mais enfin, les deux choses sont appréciées de manières diverses.

Reda : Sur la faible toxicité, vous dites cela malgré une toxicité mitochondriale constatée par Stéphane Blanche, son équipe en France, sur 1 % des enfants et malgré le fait que certains pédiatres disent qu’ils constatent dix fois plus souvent des troubles du comportement et y compris des troubles neurologiques chez les enfants dont la mère est séropositive sous traitement ?

Bernard Hirschel : Alors, c’est très difficile d’évaluer ceci. D’abord, cette toxicité mitochondriale a été observée uniquement en France et pas ailleurs. C’est un problème, je ne sais pas d’où ça vient. Mais enfin, c’est controversé. Deuxièmement, si elle existe, et c’est quand même plausible vu que ces médicaments ont une toxicité mitochondriale, contribue à la lipodystrophie, etc. Si elle existe, c’est certains médicaments, et pas d’autres. C’est-à-dire stavudine et la zidovudine, c’est-à-dire l’AZT. Ces médicaments sont beaucoup moins utilisés maintenant que dans le passé. Donc peut-être, si cette toxicité a existé, elle n’existe peut-être plus pour les enfants. Alors les troubles du comportement c’est un autre point très contentieux. Parce qu’il y a beaucoup d’enfants d’abord qui ont des troubles du comportement sans avoir absorbé les médicaments c’est clair. La deuxième chose c’est que les facteurs de risque pour les troubles du comportement peuvent être liés à l’environnement familial ou social. Et celui-ci diffère chez les personnes séropositives et des HIV négatifs. Ensuite de le mettre sur le compte du traitement est très difficile. Et il n’y a pas de données solides qui prouvent un lien cause à effet.

Sandra : C’était l’infectiologue Bernard Hirschel, qui travaille dans un hôpital universitaire à Genève en Suisse. Vous aussi vous pouvez lui poser vos questions, pour cela il y a le site survivre au sida.net ou papamamanbebe.net

Transcription : Sandra Jean-Pierre