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Annonce de la séropositivité | Charge virale indétectable | Couples concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif | Femmes séropositives | Grandes soeurs | Grossesse et VIH | Isabelle Heard | Laurent Mandelbrot

Grossesse et VIH en 2011 : Deux mamans, une future maman et deux médecins pour en parler

4 mars 2011 (papamamanbebe.net)

6 Messages de forum | | Votez pour cet article

Sandra : Nous allons maintenant aborder le sujet du suivi médical des femmes enceintes séropositives. Pour cela, j’ai rencontré Isabelle Heard, médecin à l’hôpital de la Pitié à Paris. On va l’écouter tout de suite.

Début du son.

Isabelle Heard : Une femme vient d’apprendre sa séropositivité en cours de grossesse, qu’est-ce que vous lui dites en premier ? Je pense qu’aujourd’hui, on voit très peu de femmes qui apprennent leur séropositivité en cours de grossesse. Le problème c’est de faire le bilan de sa séropositivité de son infection par le VIH. C’est ça qui est important. Votre question n’a pas beaucoup de valeurs, parce qu’aujourd’hui on ne voit plus jamais, on voit très très rarement de femmes qui apprennent leur séropositivité en cours de grossesse, on ne voit plus ça. Sauf pour des femmes africaines qui arrivent à 8 mois de grossesse. Mais on en voit très peu. Donc ce n’est pas tout à fait... la question n’a plus beaucoup de sens de nos jours. De nos jours, les choses se passent dans l’autre sens. Heureusement, les femmes savent qu’elles sont séropositives et elles ont un projet de grossesse, elles en discutent avec le médecin-infectiologue. On les met sous le traitement qui leur convient. Et c’est ensuite qu’elles cherchent à être enceintes. Alors aujourd’hui évidemment, les femmes ne ressemblent plus à celles d’avant 1994. Vous savez très bien qu’aujourd’hui que le taux de transmission est inférieur à 1 % et que tous obstétriciens font tout ce qu’ils peuvent pour qu’on puisse faire en sorte que l’enfant ne soit pas infecté.

Fin du son.

Sandra : J’ai posé la même question à Laurent Mandelbrot, qui lui est médecin à l’hôpital Louis Mourier, à Colombes. On l’écoute tout de suite.

Début du son.

Laurent Mandelbrot : Alors, première chose c’est que, c’est un coup dur, c’est une mauvaise nouvelle. Mais ce n’est pas une catastrophe. Il ne faut pas se sentir une moins bonne personne parce qu’on est séropositive et ni une moins bonne maman et qu’on peut aujourd’hui être séropositive et continuer sa grossesse et rester en bonne santé, avoir un enfant en bonne santé.

Fin du son.

Sandra : Alors Tina, qu’est-ce que tu penses de ces deux réponses ? Celle d’Isabelle Heard qui travaille à l’hôpital de la Pitié à Paris et de Laurent Mandelbrot qui lui travaille à l’hôpital Louis Mourier, à la maternité de Louis Mourier à Colombes.

Tina : Le professeur Mandelbrot il a plus l’habitude de rencontrer des femmes enceintes et à qui il a annoncé la séropositivité. D’après Isabelle Heard dans son service, il n’y en a pas beaucoup. On sait qu’en France, sur 1500 femmes séropositives qui accouchent, un tiers, donc 500 femmes ont appris leur séropositivité en cours de grossesse, en France. Il y a actuellement chaque année 500 femmes, qui apprennent leur séropositivité en cours de grossesse. Alors, ça peut être un lien avec ce que Isabelle Mercier a dit sur les préfectures. Les femmes qui vivent cette situation d’apprendre leur séropositivité en cours de grossesse, n’habitent pas la région parisienne, Paris même. Mais plutôt en banlieue. C’est souvent effectivement plutôt des femmes d’origine africaine ou maghrébine. Et au Comité des familles on a monté un projet qui s’appelle le projet grande soeur. Et justement, le but de ce projet c’est que, des mamans qui sont déjà passées par là, c’est-à-dire qui ont vécu une grossesse avec le VIH, qui ont compris que tout ira bien pour elles et pour leur enfant et qui savent ce que c’est la vie avec le VIH aujourd’hui. Donc que ce n’est pas la fin du monde. Ces mamans-là vont rencontrer cette femme qui vient d’apprendre la mauvaise nouvelle, qui est vraiment catastrophée, qui ne connaît rien au VIH et qui pourra bénéficier de l’expérience de la première maman pour justement se relever au plus vite et on sait que c’est grâce au traitement que l’enfant ne sera pas contaminé. Donc le but c’est que cette femme pourra comprendre l’importance du traitement. Bien suivre le traitement et avoir un enfant en bonne santé.

Sandra : 3 femmes ont volontairement voulu partager leur expérience. Deux d’entre elles sont mamans, et une, future maman. Je vous propose d’écouter leur message pour les femmes séropositives qui souhaitent avoir un bébé.

Début du son.

Samira : Je dis aux femmes qui sont séropositives, qui veulent faire les bébés, qui ont un peu peur. Allez-y, faites des bébés sans avoir peur. Parce que là, si vous êtes sous un traitement, vous prenez votre traitement régulièrement, vous êtes indétectable, donc vous n’avez pas besoin d’avoir peur. La preuve, moi aussi comme vous, j’ai fait un enfant qui est tout mignon, qui est séronégatif. Donc, allez-y !

Sofi : L’important c’est que le bébé soit là et puis qu’il soit en bonne santé et puis que, même s’il naît séropositif après tout... maintenant il y a des traitements qui existent. On peut vivre bien en étant né séropositif et que voilà, il ne faut pas qu’elle se décourage, et en tout cas c’est une bonne chose de la vie.

Dada : Je ne peux que l’encourager et la rassurer. De ne pas avoir peur. Maintenant, la science se développe et on a des bons médecins qui nous suivent, qui nous donnent des conseils. Si tu prends bien ton traitement tu es bien suivie, tu fais un beau bébé, en bonne santé voilà.

Fin du son.

Sandra : J’ai appris que je suis séropositive, mais je n’ai pas osé le dire à mon partenaire. Pouvez-vous m’aider à lui faire cette annonce ? Si je décide de ne pas lui en parler, me soutiendrez-vous ? Comment l’encourager à faire son dépistage ? J’ai posé la question à Isabelle Heard. On l’écoute.

Début du son.

Isabelle Heard : Je pense que ça, c’est un énorme travail qui ne peut pas se faire en deux minutes. C’est quelque chose qui doit être fait dans une discussion très soutenue entre beaucoup plus l’infectiologue que l’obstétricien et la femme. C’est un vrai problème. Ça reste aujourd’hui un problème extrêmement grave. C’est extrêmement préoccupant que beaucoup de femmes continuent de disséminer l’infection par le VIH parce qu’elles ne le disent pas à leur compagnon. C’est à mon sens totalement inadmissible. On en sortira jamais de ce problème-là tant que les femmes n’exigeront pas de leur partenaire qu’ils mettent une capote quand elles savent qu’elles ont le virus du sida. Elles exigent de nous qu’on fasse tout ce qu’il faut pour que l’enfant ne soit pas contaminé, mais elles n’exigent pas d’elles de faire ce qu’il faut pour que leur conjoint ne soit pas, leur compagnon ne soit pas contaminé. La peur du rejet, je suis désolée, il y a un moment où il faut arrêter de disséminer, on ne va jamais en sortir si tout le monde continue de disséminer l’infection. On ne va jamais en sortir. Et donc toutes ces femmes-là, elles ont été contaminées par quelqu’un qui ne mettait pas la capote. Or, elle contamine alors pour moi c’est la quadrature du cercle.

Fin du son.

Sandra : Tina, qu’est-ce que tu penses de la réponse d’Isabelle Heard ?

Tina : C’est très... comment dire... étonnant pour un médecin et moi-même ça me choque un petit peu. C’est-à-dire que c’est très catégorique, très... il n’y a pas beaucoup de compassion alors qu’on sait ce que c’est d’avoir le VIH aujourd’hui. Le regard de la société. Je pense qu’il faut essayer d’être plus dans la compassion. Ce n’est pas pour dire... chacun fait comme il peut, mais de dire que c’est inadmissible que c’est... moi si un médecin me parle comme ça, je le dis clairement, je change de médecin. Parce qu’un médecin est quand même censé être à l’écoute et essayer de comprendre pourquoi, jusque-là sa patiente n’a pas réussit à dire ou voulu dire à son partenaire et l’accompagner. Moi je connais des médecins qui disent, moi je propose à mon patient ou à ma patiente de l’accompagner dans l’annonce et d’en parler avec elle et voilà. Et puis après j’entends aussi dans ce qu’elle dit comme quoi une personne séropositive doit exiger le port du préservatif de son partenaire. Ça veut dire qu’elle ne prend pas du tout en compte que le fait que le traitement a un effet préventif et aujourd’hui, les médecins sont d’accord que si le couple est bien formé, le partenaire séronégatif peut choisir de ne pas utiliser le préservatif. Ainsi, sa partenaire a une charge virale indétectable. D’être aussi catégorique aujourd’hui où il y a quand même beaucoup de changement et d’avancées je trouve ça dangereux.

Sandra : Isabelle Mercier vous souhaitez réagir.

Isabelle Mercier : Oui. Alors effectivement moi aussi je trouve le médecin assez catégorique, même si fondamentalement il est hyper-important de prévenir son partenaire. Mais c’est vrai que moi, je rencontre beaucoup de femmes qui me disent, si je le dis à mon partenaire, à ce moment-là il va me quitter ok. Mais le souci c’est que lui à ce moment-là le dise aux autres amis et que toute ma communauté soit au courant. Donc, c’est un peu dommage que le médecin n’entende pas qui ne s’agit pas d’un comportement égoïste, de cacher simplement un problème de santé. Mais vraiment de se protéger aussi d’une exclusion extrêmement violente. En service social, je rencontre beaucoup de gens qui à un moment donné sont hébergés. Lorsque leur hébergeant s’aperçoit qu’ils sont malades ils sont proprement jetés à la rue. Alors, imaginons que ce soit le partenaire, c’est tout aussi grave. Donc, on ne peut pas dire c’est inadmissible. C’est très difficile pour chacun. Je rencontre aussi des femmes qui, à un moment donné, étant enceintes, disent bah tiens je viens de voir le médecin qui m’a dit que j’étais enceinte et du coup j’ai fait un test et là c’est le moment d’annoncer le problème de santé. C’est-à-dire comme si elle venait de le découvrir. Mais c’est un moment extrêmement difficile. Posons-nous la question chacun, à quel moment on l’annoncerait à notre partenaire ? Quand on le rencontre pour la première fois, salut je suis séropositive tu bois un verre ? Bon, ce n’est pas évident et puis quand ça fait trois mois qu’on est ensemble, à ce moment-là on le dit, mais ça fait trois mois que je le sais, mais je ne te l’ai pas dit. C’est tout aussi difficile.

Sandra : Alors sans doute que beaucoup de femmes séropositives, qui souhaitent avoir un bébé se posent beaucoup de questions. Est-ce que je vais devoir prendre un traitement spécifique pour protéger mon bébé ? Comment va se passer ma grossesse ? Comment va se passer mon accouchement ? Seules les femmes qui sont déjà passées par là peuvent y répondre. Donc on va écouter Dada qui a bien voulu partager son expérience.

Début du son.

Dada : J’ai 36 ans. J’ai deux enfants. Un de 14 ans et un enfant de 11 mois. La première je l’ai eu lorsque j’étais encore séronégative et la deuxième je l’ai eu lorsque je suis séropositive. Mais l’enfant il est séronégatif. Alors moi j’étais séropositive, je l’ai découvert depuis 2004. Donc je suis suivie à l’hôpital à Paris. J’en ai parlé avec mon médecin. Le papa il est séronégatif. Donc, lorsque je voulais être enceinte, on en a parlé. Le médecin il m’a conseillé, comment faire et tout. Donc on l’a fait naturellement par la voie naturelle à la maison et tout s’est bien passé. J’ai une charge virale indétectable, mais ça n’empêche pas que l’enfant soit séropositif si on ne prend pas de médicaments et tout. Donc à partir du 6e mois de grossesse, il faut commencer à pouvoir prendre son traitement et tout. À la fin, ça va, l’enfant sera né séronégatif. J’ai pris du kaletra et du combivir si je m’en souviens. Parce que moi, comme je suis indétectable après l’accouchement j’ai arrêté les médicaments donc voilà. J’ai fait ma consultation normalement comme toute femme enceinte. Donc j’ai été suivie par un médecin à l’hôpital où j’ai été suivie toujours. Pas vraiment de suivi spécial en fait si on peut dire. Comme la grossesse, c’est une grossesse normale, il n’y a pas eu de complications. J’ai été suivie comme toute femme normale en fait. J’ai vu mon médecin de l’hôpital et j’ai vu le gynécologue à la fin parce que moi j’étais suivie par la sage-femme. La sage femme elle rencontre le gynécologue. Et moi j’ai vu le gynécologue presqu’à 7, 8 mois de grossesse. Ça s’est bien passé. Il n’y avait rien, il n’y avait pas eu d’infection, il n’y avait pas eu de complications. J’ai accouché par la voie basse, normale. Pendant le travail, on m’a fait une perfusion d’AZT pour protéger l’enfant pendant sa naissance en fait. J’ai eu les contractions vers 18 h. Je suis arrivée à l’hôpital vers 20 h, j’ai accouché à 21 h. Donc c’était rapide. J’ai accouché à 21 h donc le lendemain matin, comme j’ai accouché dans l’hôpital que j’étais suivie toujours, donc le médecin lui il a appelé la maternité pour demander qu’on arrête le traitement. Donc je l’ai arrêté le même jour. Le lendemain. Pour le bébé, on donne toujours du sirop pendant le premier mois. Donc ça dure 4 à 6 semaines pour le protéger en fait. Et après on fait des examens pour voir si l’enfant va bien et tout. Donc tout s’est bien passé. L’enfant lui il est séronégatif donc ça va. Le bébé il est toujours bébé donc tout ce qu’on lui donne il mange. Donc pas de problème on lui donne, chaque 4 h il faut donner le sirop à son bébé, chaque 4 h, même la nuit il faut faire des efforts pour se lever, pour lui donner donc voilà quoi.

Fin du son.

Sandra : Tina je t’ai vu sourire pendant le récit de Dada. Qu’est-ce que ça t’a fait en fait d’entendre Dada parler comme ça de son expérience de maman ?

Tina : Je trouve que c’est super parce qu’on voit vraiment dans ce qu’elle dit tout ce bonheur d’être maman. Elle a eu l’expérience déjà avant sa séropositivité et son deuxième en tant que maman séropositive, bah voilà on voit bien, elle est maman. C’est deux fois la même chose. Une fois avec en plus cette responsabilité des traitements, mais une fois qu’on prend bien cette responsabilité à coeur, tout va bien. Et on peut vivre cette grossesse, l’accouchement et la vie avec son nouveau bébé, va avec tout le bonheur. Et que je lui souhaite toujours, je lui dis un petit bonjour parce que ça me fait plaisir de l’entendre à l’émission.

Sandra : On va s’arrêter là pour aujourd’hui. On reparlera du suivi médical des femmes enceintes séropositives lors de la prochaine émission, en attendant, vous pouvez réagir sur le site survivreausida.net ou papamamanbebe.net

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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