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Maison des familles (2008–2013) | Laurent Gourarier | Repas de l’amitié

Faire vivre la solidarité entre personnes séropositives

25 février 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va aller au Comité des familles, association créée et gérée par des familles vivant avec le VIH, pour se plonger dans l’ambiance du repas de l’amitié qui a eu lieu samedi dernier. Alors quel était le repas ? Quel était l’état d’esprit des personnes qui ont participé à ce repas ? On écoute tout de suite.

Début du son.

— Comment on fait un bon couscous ? Il faut les légumes, la viande, les pois chiches et la semoule. Voilà pour préparer un bon couscous.

— Très très bien, j’ai eu de l’aide.

— Le meilleur couscous, c’est le couscous de ma mère.

— Le couscous était vraiment excellent. Au départ, je n’étais pas trop chaud parce que tu sais, tu invites un Arabe pour bouffer un couscous, il est blazé on va dire, tu vois. Bon, je n’étais pas trop motivé, mais en fin de compte, c’est excellent, c’est bien. C’est à classer, vraiment dans une catégorie on va dire, tu ne le trouveras pas au resto du coin ce couscous-là. Sérieux. Et félicitations au trio infernal. Ce n’est plus la paire, c’est les mousquetaires du couscous ! (rires)

— Votre couscous c’est le meilleur ?

— Je ne saurais pas vous le dire, mais normalement tout le monde l’a apprécié. C’était un bon couscous. On l’a fait avec amour.

— J’ai la bouche pleine, on ne peut pas parler la bouche pleine. C’est délicieux. Toujours aussi convivial les repas de l’amitié ici.

— C’est trop bon et en plus là je repars en Afrique. Donc il faut que je me réhabitue à mes petites habitudes de là-bas. Manger librement.

— Tu veux dire qu’en Afrique on mange comme ça, en mettant la nourriture à côté du plat ?

— Pas forcément, mais on mange à l’aise, on ne fait pas attention. C’est de la bouffe, alors il faut vraiment s’y mettre quoi. Faut manger. Tous les Africains ne mangent pas comme ça. Je parle bien sûr des Africains libres dans la tête. Je ne parle pas des Africains qui se sont occidentalisés. Je parle des Africains, Africains. Les vrais. Et moi je fais parti des vrais.

— Ouais c’était très bien. J’ai mangé du couscous et puis avant, j’ai mangé de la salade. Depuis 9 h je suis là, j’ai aidé pour aller faire les achats au supermarché. Depuis 9 h j’ai essayé de les aider pour faire la table. Essayer de causer avec d’autres personnes pour pouvoir mieux échanger. Je commençais à échanger avec la soeur.

— C’était super bon. J’ai vraiment eu du mal, faut pas le dire, à sortir fumer ma cigarette. J’ai besoin de digérer. Donc c’est bon.

— Les enfants, vous avez bien mangé ?

— Oui.

— Le meilleur couscous pour toi c’est lequel ?

— Celui d’ici.

— Celui de maman. C’est convivial, il y a une bonne ambiance. C’est bien.

— Je suis là aujourd’hui parce que, ce n’est pas la première fois que je vais à un repas de l’amitié. Que je trouve ça intéressant de partager un repas avec différentes personnes.

— Tu as fait des rencontres aujourd’hui ?

— Oui, plusieurs rencontres. On m’a même proposé de boire un café après le repas.

Fin du son.

Sandra : Tina, les repas de l’amitié ça va être des repas séromantiques on dirait non ?

Tina : Toujours une bonne ambiance. Les gens viennent en famille, tout seul, en couple. Tout le monde est le bienvenu. On doit être à peu près une trentaine. À partir de 12 h. On s’est mis à table cette fois à 1 h. On a attendu parce que, comme il pleuvait beaucoup, les personnes sont arrivées plutôt entre 12 h et 13 h. Et puis on voit que les gens vraiment même ceux qui viennent pour la première fois très rapidement discutent avec les autres. On essaye vraiment que tout le monde se sentent à l’aise et il y avait une super ambiance.

Sandra : Est-ce que tu peux expliquer concrètement à quoi servent ces repas de l’amitié ? Pourquoi le Comité des familles — association créée et gérée par des familles vivant avec le VIH — organise ces repas de l’amitié chaque mois ?

Tina : A la base, on pensait même inviter un professionnel du domaine social ou juridique. Jusqu’à présent, c’est vraiment l’entreaide qui prime. C’est-à-dire que ça sert aussi comme moment d’échange. Si par exemple une personne a des problèmes de papier ou des problèmes de logement ou autres, on ne dit pas que c’est à ce moment-là qu’on trouve la solution à la situation ; mais elle pourra en discuter. Il y aura peut-être d’autres personnes sur place qui pourront lui dire, tiens-moi aussi, je suis passée par là. Les démarches que j’ai faites sont telles et telles démarches ou bien tel contact peut t’aider. On essaye que ce moment-là soit un moment de solidarité. Et je pense que, d’une certaine façon, ça se fait vraiment concrètement. Ces repas sont en plus suivis par les réunions grandes soeurs et grands frères. Et là, il y a une très très forte solidarité. Moi je fais partie du groupe des grandes soeurs et il n’y a pas une réunion où il n’y a pas une femme qui est un peu en détresse et toutes les autres femmes qu’elles soient mamans ou non sont là pour la soutenir. Il y a un échange de numéros de téléphone et ainsi de suite. Donc c’est un moment d’échange, de contact et aussi d’entreaide s’il y a des problèmes sociaux ou juridiques, on essaye de s’entraider.

Sandra : Alors tu as parlé de la réunion des grands frères et des grandes soeurs. Mais tout le monde ne connaît pas. Est-ce que tu peux expliquer en quelques mots de quoi il s’agit ?

Tina : Le projet grandes soeurs. C’est un projet qui consiste à soutenir des femmes qui apprennent leur sérologie en cours de grossesse. On sait que, parmi les 1500 femmes séropositives qui accouchent chaque année en France, il y a, ça veut dire 500 femmes séropositives qui apprennent leur séropositivité en cours de grossesse. Donc 500 femmes apprennent cette mauvaise nouvelle à un moment vraiment difficile qui est celle de la grossesse. Elles sont désespérées, perdues, elles ont peur pour elles et encore plus pour leur enfant. Elles ne connaissent rien au VIH/Sida. Nous on leur propose de rencontrer une maman qui est passée par là et qui pourra très vite les rassurer sur le fait que, l’enfant ne sera pas contaminé, que grâce au traitement, elles pourront vivre longtemps, que leur espérance de vie est égal à celle d’une personne séronégative, ainsi de suite. Ça, c’est le projet grandes soeurs. Donc, soutenir des femmes qui apprennent leur sérologie en cours de grossesse. Et logiquement de là, c’est développé le projet grands frères, parce que, quand il y a une femme enceinte, il y a aussi quelque part un futur papa. Donc les papas du Comité ont souhaité eux aussi se réunir pour porter soutien à ce papa. Soit, la femme décide de lui annoncer ou non. Ça, c’est à elle vraiment de décider. Mais si elle le souhaite, son conjoint pourra rencontrer un homme du Comité et ces grands frères soutiennent aussi des hommes, qui en toute situation, apprennent leur sérologie et qui sont un peu perdus, qui ne savent pas s’ils pourront toujours faire des enfants et tous ces projets-là. Donc pour partager leur expérience de vie avec le VIH.

Sandra : Laurent Gourarier, après avoir entendu ces explications et puis l’ambiance du repas de l’amitié. Qu’est-ce que vous pensez de ces repas organisés au Comité des familles ?

Laurent Gourarier : Je pense que c’est irremplaçable.

Sandra : Irremplaçable, pourquoi ?

Laurent Gourarier : Parce que les gens qui vivent avec le virus passent, me semble-t-il le plus souvent quand ils sont partis avec les autres, c’est-à-dire quand ils ne sont pas trop malades dans leur tête avant, eh bien quand ils apprennent la nouvelle de la séropositivité, il y a quelque chose qui leur arrive et qui à mon avis éloigne, même si ce n’est pas une réalité, qui les éloigne des autres. Et pour ça il n’y a rien de tel, c’est important, de montrer aux gens qui ont le VIH et qu’on aime et bien qu’on les aime, qu’ils ont leur place avec nous, que c’est nos frères, c’est nos soeurs, nos parents, nos enfants. C’est des gens qui sont comme nous et qui sont avec nous, qu’on a besoin d’avoir avec nous. Et alors le Comité des familles c’est le seul à faire ça. Et c’est pour ça que, comme ils ne sont pas remplacés, ils sont toujours aujourd’hui irremplaçables.

Sandra : Votre couscous préféré c’est lequel ?

Laurent Gourarier : Alors mon couscous préféré. J’ai déjà eu l’occasion de dire à cette émission, j’étais mauvais amateur de couscous parce que moi je suis Polonais d’origine. Et donc moi j’aime la carpe farcie que je n’ai pas eu encore l’occasion de partager avec les amis du Comité. Mais ça ne saurait tarder. Maintenant, moi le couscous, j’aime à peu près tout en vrai. Je ne suis pas vraiment parti depuis que je suis petit entre ceux qui mettent des raisins secs et qu’il le faut quasi sucré avec du beurre comme les Marocains. Ou si je préfère des versions un peu plus harde genre en Tunisie. Rien à voir avec les événements évidemment. Moi je ne sais pas. J’aime tous les couscous et puis j’aime surtout et particulièrement évidemment celui qu’on partage avec amitié. En fait la vérité, le piège dans votre question, c’est que c’est un moment de convivialité le couscous. Culturellement les gens qui, africains ou pas, je suis désolé je ne suis pas vraiment africain, c’est ceux qui veulent s’asseoir autour d’une table et qui veulent partager, eh bien, ils mangent du couscous. Moi je trouve que c’est tout à fait adapté.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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