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Copine | Femmes séropositives | Séniors séropositifs

À 60 ans, « je veux continuer à vivre. Le VIH ne m’atteindra pas ! »

5 février 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Dépistez-vous, la confiance ne protège pas. C’est un des messages de Copine, séropositive depuis 1995. Mais si aujourd’hui elle désire prendre la parole à l’émission Survivre au sida, c’est pour parler des progrès de la médecine, qui lui permettent maintenant de croquer la vie à pleine dent. On écoute Copine.

Début du son.

Copine : Alors j’ai plus de 60 ans. Actuellement, je suis célibataire. Je voudrais prendre la parole pour parler du sida parce que, moi-même je suis contaminée depuis 1995. Il y a eu beaucoup de progrès depuis. Il y a eu divers médicaments. Avant il y avait au moins entre 10 et 15 cachets à prendre par jour. Maintenant, j’en ai plus que 4 à prendre. Et puis je voudrais en parler sur l’évolution actuelle du traitement.

Sandra : 4 cachets que tu supportes bien ?

Copine : Alors actuellement justement, depuis environ 8 mois, je prends Prezista, Norvir et Truvada. Et j’ai quelques effets secondaires, des malaises vagaux ou un petit peu le ventre et la poitrine qui grossit. Mais sinon, je n’ai pas d’effets secondaires par rapport à avant avec tous ces traitements.

Sandra : Est-ce que ton traitement, il t’est arrivé de le prendre en cachette ?

Copine : Oh oui ! Alors plus d’une fois. Une anecdote, je suis partie en vacances avec les retraités. À l’époque, j’avais dix cachets à prendre. Et ce n’était pas possible de les prendre à table. Parce que j’en avais plusieurs le matin, le midi, et le soir. Donc je me levais en disait que j’allais aux toilettes, et c’était pour prendre mes cachets en cachette.

Sandra : Quels sont les événements majeurs qui ont changé le cours de ta vie ?

Copine : Ce qui a changé le cours de ma vie, je pense c’est mon divorce en premier lieu. La mort de mes parents en deuxième lieu. Et maintenant le virus du sida que j’essaye de combattre. Alors la première fois que j’en ai entendu parler, c’était médiatisé à la télévision. C’était une vedette de la chanson, je pense qui est morte en 1984. Et je me souviens que j’avais dit à mes enfants, méfiez-vous, il y a une maladie qui est mortelle, mettez des préservatifs, etc., etc. Et finalement, c’est moi qui me suis fait piéger.

Sandra : À l’annonce de ta séropositivité, comment est-ce que tu as réagi ?

Copine : C’était très triste pour moi. Parce que, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. On me l’a annoncé très bien, le médecin. Mais il n’a pas compris et moi non plus. Donc il m’a fallu du temps pour réaliser et j’ai pleuré, je pense que je suis normale.

Sandra : Qu’est-ce que le médecin n’a pas compris ?

Copine : Le médecin n’a pas compris parce que, j’étais une femme fidèle, enfin je veux dire pas volage. Ça faisait plus de 20 ans que j’étais avec le même homme. Et finalement, il n’a pas compris. Après je lui ai expliqué qu’il avait été infidèle, qu’il n’avait pas compris pourquoi moi, je me suis fait prendre de cette façon.

Sandra : Est-ce que ta famille, tes amis sont au courant pour ta situation ?

Copine : Alors au niveau pour apprendre le VIH, malheureusement j’en ai parlé un jour à une personne où je travaillais, dans un établissement financier. Et à la suite de ça, j’étais malmenée et j’ai compris qu’il fallait que je donne ma démission. Donc j’ai donné ma démission et si c’était à refaire, jamais je l’aurais dit à mon travail. Pour ma famille, je l’ai préservée. Et pour mes enfants, je l’ai dit un peu plus tard. Quand j’ai senti que je pouvais le dire. En ne voulant pas que les personnes changent vis-à-vis de moi.

Sandra : Quand tu dis que tu as préservé ta famille, ça veut dire quoi ?

Copine : Alors ça veut dire, préserver ça veut dire ne pas leur fait de peine en tant qu’humain.

Sandra : Et toi, est-ce que tu avais besoin de leur dire que tu étais séropositive ?

Copine : Non pas vraiment. Parce que j’ai un caractère assez forgé. Donc je prenais tout, on va dire, sur moi. C’était triste parce qu’il fallait toujours s’extérioriser. Mais c’est pour ça que je vais dans des associations, que je parle beaucoup à mon médecin, que je suis suivie par une psychologue. Je pense qu’il faut en parler à quelqu’un, même si ce n’est pas à sa famille, même si c’est pour faire de la peine ou pour que les gens vous maudissent entre guillemets.

Sandra : Est-ce que tu rencontres d’autres personnes qui sont dans la même situation que toi ?

Copine : Eh bah non. Justement, c’est ça le problème. Enfin, c’est un problème… non. Mais je vais dire, jusqu’à maintenant je gardais entre guillemets la personne qui m’a contaminée, parce qu’il y a qu’avec elle qu’on en parlait. Mais depuis que je sors dans plusieurs associations, j’abandonne cette personne parce qu’elle est négative pour moi.

Sandra : Pourquoi est-ce qu’elle est négative ?

Copine : Alors elle est négative parce que, vis-à-vis de mes yeux, parce que cette personne est très malade. Donc ça se voit visuellement. Et en plus, son caractère est devenu vraiment… il est devenu acariâtre et c’est physique, on ne se supporte plus.

Sandra : Est-ce que tu as besoin d’être entourée par des personnes qui vivent au quotidien le VIH ?

Copine : Ça dépend des occasions. Comme je suis retraitée, je sors avec des retraités qui eux, bon ne sont pas au courant naturellement. Que c’est un peu tabou parce qu’ils ont dépassé un certain… enfin une certaine mentalité. Ils n’ont pas la même mentalité. Mais ceci dit, je m’accommode avec tout le monde. Et je ne fais jamais voir physiquement mon problème.

Sandra : Et c’est quoi les sorties retraitées ? Qu’est-ce que vous faites ?

Copine : Je vais raconter une journée. On se lève le matin à 6 h 30. On va chercher les champignons. Après on va manger au restaurant. Après on va danser. Enfin, c’est toute notre jeunesse. Toute ma jeunesse qui suit. Jusqu’à quel âge ? Je ne sais pas.

Sandra : Est-ce que tu es nostalgique de ta jeunesse ?

Copine : Un petit peu. Mais il faut aller de l’avant. Parce que, vu que j’ai plus de 60 ans, donc j’ai connu mai 1968, qui était un bon point pour les femmes, pour notre liberté, notre indépendance. Savoir faire pleins de choses. Mais ceci dit, c’est quelque chose de ma vie qui m’a beaucoup apporté, mais j’essaye de passer outre.

Sandra : Est-ce que tu as beaucoup voyagé ?

Copine : Non pas énormément. Disons que j’ai fait l’Europe. Les destinations que j’ai faites dans ma jeunesse, c’était dans ma ville d’origine, la Bretagne.

Sandra : Tu aimes les crêpes bretonnes ?

Copine : Ah oui ! Il ne suffit pas de le dire, il ne suffit pas de parler. Il suffit de les faire (rires).

Sandra : Tu sais bien les faire ?

Copine : Oui, je sais faire les galettes de blé noir. Et puis les autres. Mais je préfère les galettes bretonnes, celles qu’on mange avec des saucisses ou autre.

Sandra : Est-ce qu’on peut dire que tu es une femme d’action ?

Copine : Oui je suis une femme d’action. Je n’ai jamais baissé les bras pour quoi ou qu’est-ce. Mais l’année dernière, j’ai failli mourir d’une infection pulmonaire virulente. Et je suis restée 15 jours à l’hôpital et quand je suis sortie, je me suis dit. Aller hop, relève-toi. Tu recommences une autre vie.

Sandra : Quel est ton péché mignon ?

Copine : Mon péché mignon ? Oh ! Je pense que… c’est mon indépendance. Et ça me joue des tours peut-être à l’avenir si je veux recommencer une vie sentimentale.

Sandra : Ta vie sentimentale, elle a été mouvementée ou bien tranquille ?

Copine : Alors ma vie sentimentale a été mouvementée. Mais disons que, je suis assez fidèle avec les hommes. Mais malheureusement je n’ai pas eu de chance. Le premier, bon bah j’ai eu deux enfants, il m’a quittée pour une autre. Et le deuxième je suis restée 20 ans avec lui et malheureusement il m’a donné le virus du sida et j’en souffre énormément.

Sandra : Est-ce que tu lui en veux ?

Copine : Bah… au départ je lui en voulais énormément. J’ai même voulu porter plainte contre lui. Et actuellement, je lui en veux même plus. Mais disons que, il m’indiffère complètement. J’essaye de l’oublier.

Sandra : Est-ce que pour toi, c’est de sa faute s’il est séropositif ?

Copine : Je pense que ce n’est pas vraiment de sa faute entre guillemets. Mais vu qu’il n’a pas pris soin de se soigner, et puis de m’en parler. Il y a 50/50. Sur ma naïveté et sur son insouciance.

Sandra : Pour toi, ceux qui sont séropositifs, est-ce qu’il y en a qui sont coupables d’avoir le virus ?

Copine : Non. Dans mon idée, personne n’est coupable. C’est même malheureux d’en arriver là à notre époque. Disons que, quand on doit faire l’amour, si on pense à chaque fois qu’on va mourir, c’est très triste.

Sandra : Est-ce que, selon toi, la vie est belle avec le VIH ?

Copine : Oui. Maintenant oui ! Pourquoi oui ? Parce que le progrès c’est terrible. J’arrive à supporter ça, je vois d’un autre œil la vie. C’est-à-dire que, avant, je me posais des questions pour un oui ou pour non. Des bêtises, des futilités, des conneries on va dire. Alors que maintenant non, il n’y a rien qui s’arrête. Ce n’est pas grave, c’est toujours ma parole, ce n’est pas grave, tu verras demain. Et maintenant j’agis au jour le jour et j’essaye de bien vivre.

Sandra : Si tu étais un mot, quel serait ce mot ?

Copine : Vivre ! Parce que je veux continuer à vivre. Le VIH ne m’atteindra pas.

Sandra : Est-ce que tu oublies que tu es séropositive ?

Copine : Alors oui. Une chose dure à dire, c’est que parfois je regarde la télé puis je dis, oh les pauvres, ils sont contaminés. Je pense que je ne réalise pas. Mais quand je ne suis pas malade naturellement. Quand je n’ai pas d’effets secondaires. Quand je ne marche pas à 4 pattes parce que j’ai très mal au ventre ou très mal à la tête. Mais maintenant, je croise les doigts, je pense que mon médecin… il a trouvé quelque chose pour moi, mais, vu que j’ai plus de 60 ans, est-ce que ça va être encore bon pour moi ? J’ai peur.

Sandra : Est-ce que tu as un dicton ou une devise ?

Copine : Oui alors j’ai une devise, dicton, si on peut dire ça comme ça. Surtout les personnes, qui n’ont pas fait de dépistage, dépistez-vous. C’est sérieux de vous le dire parce que moi, je me suis fait avoir avec un homme que je pensais sérieux, depuis 20 ans. Il m’a contaminée parce que lui, il n’a pas voulu me dire qu’il m’avait trompée. Faites-vous dépister. Parce que sinon, c’est une chaîne de contamination.

Sandra : Est-ce qu’on peut dire que la confiance ne protège pas ?

Copine : Ah tout à fait ! La confiance ne protège pas. La preuve.

Sandra : Est-ce que tu as un message pour les auditeurs de l’émission Survivre au sida, pour les personnes séropositives et les familles vivant avec le VIH qui écoutent l’émission ?

Copine : Un message pour les auditeurs, s’ils m’écoutent, déjà protégez-vous. Faites-vous dépister. Et puis si vous êtes séropositifs, surtout soyez bien entourés. Ne le dites pas surtout à n’importe qui. Réfléchissez bien avant de le dire. Mais si vous trouvez un bon docteur, expliquez-lui les effets secondaires, parlez-lui. Et une fois que vous avez le traitement, croquez la vie ! Protégez-vous, vous aussi parce que, même avec le traitement, vous n’êtes pas immunisés.

Sandra : L’émission Survivre au sida voudrait te dédicacer une chanson, qu’est-ce que tu choisis ?

Copine : Alors ma chanson préférée, c’est Sylvie Vartan. Une mélodie que j’aime beaucoup, que j’ai beaucoup entendue dans ma jeunesse. Je suis un garçon. Et en fin de compte, si j’étais un garçon, je ferais attention.

Diffusion de la chanson « Comme un garçon », de Sylvie Vartan.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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