Skip to main content.

Contes touaregs | Hommes séropositifs | Manu et Sophie | Musique

Manu et Sophie, deux amoureux liés par la musique et la maladie

27 janvier 2011 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Ousmane : La rubrique culturelle, là aujourd’hui nous allons justement écouter l’entretien promis à nos auditeurs la semaine dernière, le Duo Soma, Manu et Sophie, qui sont des personnes concernées par le VIH et qui depuis 10 ans vivent ensemble. Et là ce qu’on va entendre dans l’entretien c’est leur vie de tous les jours, avec le VIH et aussi leur vie de musicien et de conteur. Justement Tina, je voulais poser la question à Tina. Tu as été les voir sur scène, qu’est-ce que tu en as pensé, avant qu’on les écoute ?

Tina : Oui je les ai vus la semaine dernière. C’était très touchant, très émouvant. On était capté par le récit d’un conte touareg. Moi je ne connaissais pas trop les contes touareg, c’est vraiment très dans la tradition de ces contes et pour ceux qui aiment ça c’est un beau spectacle.

Ousmane : Je vous laisse écouter le conte du Duo Soma.

Début du son.

Sophie : Je suis chanteuse avant tout. Avant tout je suis écrivaine. Je fais des spectacles et je viens parfois à la Maison des familles à Paris, et c’est très sympathique.

Manu : Bonjour moi c’est Emmanuel. Donc le mari de Sophie. Nous vivons ensemble depuis 10 ans à peu près. Je suis musicien.

Ousmane : Tous les deux, vous formez un duo. Comment s’appelle ce duo ?

Manu : Le duo Soma. Comme Sophie et Manu.

Ousmane : Sophie que fais-tu dans la vie de tous les jours ?

Sophie : Je fais des concerts et je suis investie dans une association qui s’occupe des personnes séropositives, mais par des ateliers peintures. En fait cette année, je m’investis dans le secteur du VIH, mais l’an dernier et avant, j’étais surtout dans le secteur de la prison.

Ousmane : Manu tu dis que ça fait dix ans que tu vis avec Sophie, selon toi, quel genre de femme elle est ?

Manu : Sophie c’est une femme étonnante. Pas comme les autres, hors du commun. Et c’est pour ça que je l’aime, que je suis avec elle. Elle est vraiment, elle a vraiment beaucoup de personnalité, beaucoup d’intuition, beaucoup de courage, de force, et moi c’est une chance pour moi de me réveiller tous les matins à côté d’elle.

Sophie : Merci !

Manu : Et d’avoir des choses à partager, à donner.

Ousmane : Et Sophie quel genre d’homme est Manu ?

Sophie : Il est très bien. Il y a 10 ans donc que je l’ai rencontré. C’était dans un centre de rééducation. Bon voilà, j’avais de la méfiance envers lui. Mais en même temps ça me plaisait, ça me titillait. Et puis je suis allée vivre chez lui. C’était bien, je fais bref. C’est un mec super. Très facile à vivre.

Ousmane : Dis-nous exactement le pourquoi et comment tu t’es retrouvée à t’investir dans des associations de lutte contre le VIH.

Sophie : J’ai eu un traumatisme crânien qui m’est arrivé en 1996. Et donc je me suis occupée de ça pendant 14 ans et en fait, j’en avais marre que de m’occuper que de moi, que de mes problèmes tout ça. Et puis merde, il n’y a pas que moi qui est importante.

Ousmane : Est-ce que tu as une personne proche de toi que tu aimes bien, qui est concernée par le VIH ?

Sophie : Bah évidemment ! On vient de l’interviewer. C’est Manu. Il est séropositif depuis longtemps et c’est mon mari et je l’aime.

Ousmane : Il a été séropositif pendant que vous viviez ensemble ou c’est bien avant que tu le rencontres ?

Sophie : Je l’ai rencontré en 1998. C’est arrivé bien avant. Il avait, je crois, 18-20 ans.

Ousmane : Manu, est-ce que tu peux nous dire ce que c’est l’hémophilie ?

Manu : C’est une maladie génétique. Donc on a ça depuis qu’on est né. Et c’est un problème de coagulation. En fait je coagule très peu. Ça provoque une fragilité parce qu’en fait on peut se faire mal assez facilement. Mais c’est des hémorragies internes. On a des saignements internes dans les articulations, dans les muscles et l’activité physique, le sport, certaines choses, porter des poids par exemple, des trucs comme ça par exemple, c’est quasiment impossible. Donc faut vraiment apprendre à vivre avec ça et à se soigner aussi. Il y a des médicaments qui sont très efficaces aujourd’hui. Il y a 25 ans, il y a eu l’affaire du sang contaminé. Je fais parti des 50% d’hémophile qui ont été contaminé par le VIH et également par l’hépatite C, ça c’était 90% des hémophiles. Psychologiquement, c’était très compliqué à gérer. Et puis moi je me suis pas mal investi dans l’association française des hémophiles. J’ai vu des gens mourir autour de moi, on les accompagnaient jusqu’au bout, etc. Donc j’ai vu de près, les ravages que ça pouvait faire. J’ai la chance d’être en bonne santé depuis tout ce temps.

Sophie : C’est quand même la maladie qui a fait qu’on s’est rencontré et c’est elle qui forme à mon sens le ciment de notre union.

Ousmane : Manu tu te rappelles des mots que tu as prononcés à Sophie pour lui faire comprendre que tu étais une personne séropositive et comment est-ce qu’elle a réagit ?

Manu : Je ne m’en rappelle pas du tout. Je pense que, je ne m’en rappelle pas parce que bon, excuse moi Sophie, mais avant de te connaître j’ai connu quelques autres...

Sophie : Comment !? Comment !?

Manu : ...Jeunes femmes. Ça n’a jamais été en fait un problème cette affaire-là. Je pense parce que d’une part c’était toujours des relations assez sérieuses. Je n’ai jamais trop fait des relations comme ça, d’une nuit et tout. Où là, on n’a pas envie de dire, bon on veut s’amuser et tout. Moi c’était toujours des choses un peu sérieuses donc du coup, c’était des personnes qui me faisaient confiance et ça passait. Donc c’est pour ça que je ne m’en rappelle, je pense. Parce que quand je te l’ai dit, j’ai dû te le dire très vite. Puis comme disait Sophie, elle savait que j’étais hémophile donc c’est quelque chose qui n’était pas, qui n’a pas dû être une très grande surprise quoi pour elle.

Ousmane : Comment est-ce que vous avez tous les deux découvert chez l’un et l’autre cet amour, cette passion pour la musique ?

Sophie : Alors en fait la passion de la musique, c’est plutôt Manu. Au départ. Parce que Manu, il faisait de la musique depuis 20 ans quand je l’ai connu. Et moi j’en avais 16. En fait moi j’écrivais des textes. L’écriture, ça a toujours été mon truc. J’adorais écrire. Je lui ai écrit une chanson, j’en suis venue à chanter moi-même.

Ousmane : Manu est-ce que tu apprécies ce que Sophie fait musicalement ?

Manu : Ah oui beaucoup. C’est pour ça qu’on travaille ensemble depuis 8 ans. Donc vous avez fait le calcul, on se connait depuis 10 ans et puis on travaille depuis 8 ans. Donc c’est vrai que Sophie, tout de suite elle me faisait des mots, et je voyais qu’elle écrivait bien et qu’elle avait vraiment... c’est une poète. Quand elle a commencé à chanter les chansons tout de suite on a senti que c’était fort et qu’elle avait une expression, une interprétation très forte. Ça a fait des concerts, ça a tout de suite marché, puis on n’a pas arrêté depuis.

Ousmane : Comment ça se passe sexuellement entre vous ?

Sophie : Ça dépend des périodes. Mais pour aller sur la réponse d’après. Quand on fait l’amour, on met des capotes, obligatoire, mais c’est normal. Enfin, voilà quoi. Moi je le prends comme un truc normal. Mais sinon au niveau assiduité, fréquence, vu les médicaments justement, ça le fatigue pas mal. Et ça fait que ça ralentit un peu notre rythme de fornication.

Ousmane : Et Manu des enfants un jour ?

Manu : Alors là c’est la question !

Sophie : The question !

Manu : C’est quelque chose qui revient de temps en temps. Si on veut en faire, c’est compliqué parce que c’est l’insémination artificielle. Sophie avec ce qu’elle a c’est compliqué aussi pour elle d’imaginer d’élever un gosse, tout le quotidien. En même temps parfois il y a une envie...

Fin du son.

Ousmane : Et là en fait c’était l’entretien, et j’ai dit tout à l’heure que c’était le conte, vous venez juste d’écouter l’entretien. Je vous laisse écouter et découvrir le conte du Duo Soma.

Transcription : Sandra Jean-Pierre