Skip to main content.

Anne Simon | Contraception et prévention | Femmes séropositives | Santé mentale | Sexe et sexualité

Pilule contraceptive, suivi psychologique, impuissance masculine : Anne Simon répond aux questions que se posent les séropositifs

9 novembre 2010 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Sandra : Et maintenant on va parler du rapport Yéni, le rapport sur la prise en charge médicale des personnes séropositives. J’ai rencontré Anne Simon qui est praticien hospitalier à l’hôpital Pitié-Salpêtrière dans un service de médecine et je lui ai posé quelques questions sur le chapitre suivi de l’adulte infecté par le VIH car elle a participé à la rédaction de ce chapitre. On va aborder quelques questions mais malheureusement on n’aura pas le temps de tout voir, on va survoler le chapitre, on aura l’occasion d’en reparler dans d’autres émissions. Alors je lui ai posé la question : je viens d’apprendre ma séropositivité est-ce que je suis obligé de voir un psychologue ? On l’écoute.

Début du son.

Anne Simon : A l’annonce de la séropositivité bien sûr très souvent on propose une aide psychologique parce que le patient la demande assez rarement finalement parce qu’il est un peu sidéré par cette mauvaise nouvelle. On propose assez volontiers et assez largement une aide psychologique qui n’est pas toujours demandée ou acceptée. C’est des choses qu’il faut mettre en place tranquillement, il faut sûrement la proposer mais sûrement pas l’imposer non plus même de façon inconsciente parce que des fois ça peut faire plus de mal que de bien. Parfois on a besoin de temps pour digérer une mauvaise nouvelle avant d’en parler, donc parfois il y a des gens qui en parlent très vite et très rapidement éventuellement avec un psychologue ou un psychiatre, il y en a d’autres il faut respecter ce moment d’acceptation de la maladie, d’acceptation de ce bouleversement de vie avant d’envisager quoi que ce soit et une aide psychologique. Mais bien sûr que tout ça c’est individuel et c’est important et à prendre en compte dans le suivi d’un patient. Sandra : Nadine est-ce que toi à l’annonce de ta séropositivité, tu as ressenti le besoin de parler à un psychologue pour t’aider ou alors pas du tout ?

Nadine : Non et déjà on ne me l’a pas proposé à l’époque, mais moi ce qui a été le plus dur quand j’ai appris que j’étais malade, c’est-à-dire quand les défenses immunitaires sont très basses et la charge virale monte beaucoup. Mais je pense que c’est bien parce que quand on apprend une chose comme ça, moi j’ai appris d’autres choses au travers de cette maladie qui ont été aussi des chocs, les médecins te balancent ça et tu sors du bureau. Je pense que le médecin a raison dans le sens où il y a des personnes qui ont besoin de digérer. Je trouve que c’est bien et je ne savais même pas qu’on le proposait.

Sandra : Ali est-ce qu’on t’a proposé d’en parler à un psychologue ?

Ali  : Non pour la bonne raison que j’ai su que j’étais séropositif et que j’étais infecté par l’hépatite C en 1983 parce que je m’étais informé essentiellement. Du coup lorsque les premiers tests de dépistage sont arrivés en 1985 je n’ai pas été grandement étonné d’autant que je savais que j’avais l’hépatite et également le VIH parce que j’avais lu des articles des USA en 1981 et que ça arrivait en France donc pour moi ce n’était pas une grande surprise.

Sandra : Je suis devenu séropositif ou séropositive, ma sexualité va complètement changer, à qui en parler ?

Début son

Anne Simon : Alors c’est vrai que c’est un grand bouleversement parce qu’il y a la transmission de l’infection VIH dont on parlait tout à l’heure qu’il faut éviter évidemment. Je crois qu’il faut en parler à son médecin parce que c’est important même si parfois ce n’est pas évident ni pour la personne infectée ni pour le médecin parfois c’est difficile mais il faut quand même en parler. Il faut aussi en parler à ses proches quand on peut et puis si on a des difficultés plus importantes il faut en parler à un psychologue avec lequel on peut tout à fait parler de sexualité et en particulier de difficultés en sexualité ou bien des sexologues bien mobilisés dans l’infection VIH en tout cas à Paris par exemple.

Sandra : Je suis un homme séropositif est-ce que je vais avoir des problèmes d’érection ?

Anne Simon : Je ne pense pas, l’infection VIH en elle-même et les traitements n’entraînent pas forcément plus de troubles de l’érection, cela a été assez bien démontré avec les traitements on n’a pas montré de difficultés plus importantes chez les gens qui étaient traités ou pas traités. Je pense que c’est tout ce qui est autour de l’infection, de la maladie chronique, de la peur de la transmission, de la peur d’être vécu par l’autre comme quelqu’un qui n’est pas bien ou comme une personne qui a eu des difficultés ou qui s’est trouvée infectée par le VIH, mais à mon avis c’est plus d’ordre psychologique que d’ordre médicamenteux ou organique de la maladie elle-même.

Fin son

Sandra : Ali sur la dernière question tu as fait non de la tête ? Sur quoi tu n’es pas d’accord ?

Ali : Je me demande comment elle peut dire une chose pareille, parce que d’une part il n’y a pas d’études qui ont été faites à ce niveau-là. Si on s’en tient à ce qui se disent les hommes passés 40 ans peuvent avoir des problèmes d’érection mais vu ce qu’on constate avec la prise des traitements il y a différentes pathologies qui peuvent apparaître et sur certaines comme lipodystrophie, ou encore les problèmes d’ostéoporoses, il y a eu éventuellement des études de faites mais pas sur ce sujet-là et j’ai entendu des gens dire, des gens qui prennent des traitements, qu’ils ont des problèmes de libido donc l’érection et la libido c’est pareil.

Ben : Ali, excuse-moi de te répondre, on est bien là pour en parler en direct, la sexualité, la pratique sexuelle dans le couple ou des personnes vivant comme moi avec plus d’un quart de siècle de latex, comment cela imprègne la sexualité, enfin on aborde le sujet parce que je pense que des gens comme moi vivant avec les lourdeurs du traitement et de l’épée de Damoclès notre sexualité est perturbée maintenant c’est vrai que je le reconnais il faut prendre cela au cas par cas, est-ce qu’il y a une étude je ne pourrais pas le dire, est-ce qu’il faut se baser sur des études financées par l’INPES ou par ci ou pas ça pour que nos intellos se masturbent avant de se concentrer sur l’action, voilà c’est ce que je veux tout simplement te renvoyer.

Sandra : Je suis un homme séropositif homosexuel quelle est la particularité de mon suivi ? On écoute Anne Simon.

Début du son

Anne Simon : Alors c’est vrai qu’il y a une partie du suivi qui est un peu différente chez les personnes homosexuelles ou des personnes qui ont déjà eu des maladies sexuellement transmissibles. Il y a souvent une surveillance plus rapprochée des maladies sexuellement transmissible autre que l’infection VIH bien évidement comme la syphilis, l’hépatite B, l’hépatite C et l’hépatite A, avec éventuellement une proposition de vaccination pour l’hépatite B et A et donc une surveillance tous les 6 mois, tous les 3 mois en fonction de la prise de risque qui est prise. Et puis s’il y a des infections sexuellement transmissibles et des condylomes à ce moment-là on propose aux homosexuels masculins de faire un examen proctologique, c’est-à-dire un examen à l’intérieure de l’anus s’il y a des signes d’infection au papillomavirus qui donne des condylomes, de façon à les surveiller et les traiter pour pas que ça devienne des cancers très longtemps après.

Fin du son

Sandra : Je suis un homme séropositif hétérosexuel, est-ce que mon suivi est particulier ?

Début du son.

Anne Simon : S’il y a des infections sexuellement transmissibles présentes ou anciennes et/ou une prise de risque, on fera la même surveillance syphilis etc. que pour un homme homosexuel comme je viens d’en parler. Après s’il y a des condylomes on propose également une surveillance même au niveau anal. Et puis autrement il peut y avoir une demande de procréation, une demande d’enfant, un désir d’enfant on peut proposer à un homme séropositif de regarder dans le sperme s’il y a des virus et de faire ce qu’on appelle une procréation médicalement assistée comme lorsqu’il y a un problème de stérilité.

Fin son

Sandra : Je suis une femme séropositive hétérosexuelle, est-ce que je vais aborder des questions particulières avec mon médecin ? On écoute Anne Simon.

Début son

Anne Simon : Là il y a une surveillance gynécologique pour la femme qui est très importante de même d’ailleurs que chez les femmes homosexuelles, une surveillance gynécologique de la même façon pour retrouver ces lésions dues aux papillomavirus des condylomes par exemple mais aussi faire un frottis très régulièrement parce que les femmes infectées par le VIH sont plus à risque de faire un cancer du col, du col utérin, un cancer de l’utérus, il faut donc être très vigilant et traiter les infections, infections avant qu’elles ne dégénèrent et c’est donc fait par une surveillance tous les 6 mois ou tous les ans en fonction de ce qu’on a trouvé la première fois cela est très important. Et puis chez ces femmes, comme chez les hommes, il y a parfois un désir d’enfant et donc il faut préparer cet événement éventuel en adaptant le traitement par exemple pour qu’elle ne soit pas délétère pour l’enfant, en préparant le suivi de la grossesse dans un centre spécialisé lorsque par exemple il y a eu un traitement pour une hépatite C il faut contre indiquer pendant un certain temps une grossesse etc. Il y a cet élément de grossesse éventuelle qui est particulier aux femmes en général et qui doit être suivi.

Fin du son

Sandra : Et quels moyens de contraception utiliser quand on est une femme séropositive ?

Début du son

Anne Simon : Pour la contraception c’est vrai que lorsque le traitement antirétroviral, le traitement du VIH, est fait à base d’une catégorie de traitement appelée les innovateurs de protéase il faut faire attention, il faut bien en parler à la personne à qui on donne la contraception car cette pilule micro dosée peut êtrecontre carrée par ces traitements et donc ne plus être efficace, il faut donc être très vigilant par rapport à ça, donc ce n’est contreindiqué mais il ne faut pas par exemple donner de mini pilules à des femmes qui prennent des antiprotéases mais on peut donner une pilule plus dosée puisque de toute façon ça redeviendra une mini pilule dans la mesure où l’antiprotéase va baisser le taux de la pilule dans le sang. Donc il n’y a pas de contre-indication à aucun moyen de contraception, il peut y avoir un stérilet, il peut y avoir une pilule, il y a le préservatif bien évidement qu’il ne faut pas oublier. Tous les moyens de contraception sont envisageables avec des aménagements en fonction du traitement s’il y a un traitement antirétroviral

Sandra : Et si je ne prends pas de traitement ?

Anne Simon : Il n’y a absolument aucun problème, il n’y a pas d’interaction, il n’y a pas de contre-indication avec une infection VIH pour toutes les pilules.

Transcription : Kahina Bordji