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Maison des familles (2008–2013) | À propos de l’émission de radio | Burkina Faso | Danse | Ousmane Zaré

Comment un danseur hip hop venu du Burkina est devenu militant du Comité des familles

10 octobre 2010 (papamamanbebe.net)

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Sandra : La première fois que tu es venu en France Ousmane, c’était quand ?

Ousmane : C’était en 2005.

Sandra : Et pourquoi ?

Ousmane : J’ai été sélectionné en fait pour participer à une création chorégraphique, par une compagnie de danse hip hop française. Donc une compagnie qui se trouve à Niort, la compagnie E. go, donc en fait qui était venue faire un atelier de danse hip hop lors d’un festival de hip-hop à Ouagadougou au CCF, donc qui est le Centre Culturelle Français Georges Méliès, et c’est là en fait que j’ai été repéré par ce chorégraphe-là, qui m’a sélectionné pour faire parti de cette création.

Sandra : Et quelle idée est-ce que tu avais de la France, de Paris, quand tu étais au Burkina ?

Ousmane : C’était la France, tout le monde friqué à mort, la France tout le monde super-riche, la France où personne ne souffre en fait, pour moi l’idée de la France c’était ça.

Ali : La terre promise.

Ousmane : Voilà. Pour moi, être sélectionné pour faire parti de cette création-là, pour moi c’était le rêve qui se réalisait, c’était vraiment le bonheur.

Sandra : Et maintenant que tu sais ce que c’est la France, qu’est-ce que tu en penses alors ?

Ousmane : Ce que je sais de la France, ce que j’en pense, je pense que, il faut dire, pour nous en Afrique, à l’époque je dirai, même aujourd’hui, même en Afrique, on ne nous montre pas cette France-là. Aujourd’hui je sais que la France c’est une France souffrante, c’est une France gréviste, c’est une France où les gens deviennent de plus en plus fous, ont des envies de suicides, et une France où pour un rien tu perds tous tes droits et voilà, ce n’est pas l’idée que nous, on avait en fait. Nous, on voyait que la France à l’Élysée, dans le 8e, 15e et autre tu vois. Ce n’était vraiment pas le vrai visage de la France, on ne nous le montre jamais. Je dirai que c’est aussi comme le visage de l’Afrique, on ne montre jamais le vrai visage de l’Afrique, par exemple, on ne montre pas l’Afrique Ouaga 2000 par exemple, on ne montre pas l’Afrique avec des 4x4 qui coûtent des centaines de milliers d’euros tu vois. Mais on nous montre, en revanche les gens d’ici perçoivent l’Afrique misère, et le contraire chez nous, on reçoit l’Europe riche, c’est un peu ça en fait et aujourd’hui être là, et voir que ce n’est pas du tout ce qu’on pensait de la France, bon pour moi c’est clair que je n’ai plus du tout le même regard qu’il y a 10 ans.

Sandra : Et la première fois que tu as participé à l’émission Survivre au sida c’était quand ?

Ousmane : C’était en 2008, grâce à une amie en fait qui m’avait parlé de l’émission, et en fait une amie qui faisait partie à l’époque du Comité des familles, et qui faisait partie des gens qui venaient à l’émission. Donc elle m’a parlé de l’émission, m’a dit de venir si je voulais, en tout cas intervenir en tant qu’artiste et parler aussi des problèmes des personnes séropositives vivant en Afrique. Donc du coup on en a discuté vite fait et voilà j’ai accepté, je suis venu, elle en a parlé à Reda. Reda a accepté de me recevoir à l’émission. Et je suis arrivé, j’ai parlé en tout cas de ce que je connaissais du VIH en Afrique et des personnes qui vivaient avec. Et aussi j’ai joué un titre d’une chanson que j’avais nommé nos pères nous enterrent et c’était ma première fois à l’émission Survivre au sida.

Sandra : Tu as parlé de Reda, mais qui est Reda ?

Ousmane : Reda c’est le président du Comité des familles et c’est aussi celui qui dirige cette émission de radio depuis 1995. Donc c’est cette personne-là qui m’a permis de m’exprimer au micro de Survivre au sida pour la première fois.

Sandra : Quel soutien tu apportes aujourd’hui aux familles qui se rendent au Comité des familles ?

Ousmane : Mon soutien c’est ma disponibilité je dirai. Après ce que j’en retire comme bénéfice, c’est eux qui me le donnent, c’est eux qui me le donnent, et voilà, je pense quand même que c’est vraiment, après ce que j’apporte, c’est ce que je sais faire de mieux dans ma vie, mon art, et à les soutenir tous les jours, du mieux que je peux en fait et d’où en tout cas l’idée de faire des cours de danses hip hop pour les enfants et l’idée d’en faire aussi pour les adultes et pourquoi pas d’autres choses. Pourquoi pas organiser des concerts pour les soutenir, pour les accompagner, pour leur permettre en tout cas de pouvoir sortir de l’ombre, pour qu’ils puissent ne pas se sentir seul dans leur vie, et parce que pour moi, je me dis que je suis concerné de près. Je ne vois pas de raison de ne pas utiliser toutes les qualités que j’ai en tant qu’être humain et aussi en tant qu’artiste pour pouvoir les accompagner, leur donner le meilleur que je peux, pour améliorer en tout cas leur vie, les amener aussi à s’accepter. Déjà je pense que m’accepter moi, pour une personne qui n’avait au départ, aucune notion de la vie avec le VIH, s’intègre comme ça dans leur vie, s’implique comme ça dans leur vie, dans leur activité, pour moi, c’était quelque chose à remercier, à dire que voilà, je pense quand même ce que j’ai envie de dire tout de suite c’est que le mérite, c’est à eux en fait. Je leur donne tout. Pour moi c’est à eux que je dois dire merci et à eux que je dois, que la question devrait être posée, qu’est-ce que, enfin, eux, ils me donnent comme satisfaction ? Parce que moi, je ne vois pas d’égalité dans la vie ailleurs ou ici, que ce soit dans la rue, ou que ce soit à l’Élysée, je ne pense pas que je retirerai le plaisir que j’ai en étant au Comité et à rencontrer ces personnes-là. Donc du coup je me dis c’est eux qui m’apportent plus que moi je leur apporte.

Transcription : Sandra Jean-Pierre