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AIDS 2010 : Jennifer, née avec le VIH, veut qu’on arrête de traiter les séropositifs comme des numéros

3 août 2010 (papamamanbebe.net)

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Du 18 au 23 juillet 2010, le 18e Congrès mondial du sida a réuni près de 25 000 personnes, surtout des médecins, à Vienne. C’est le plus grand rendez-vous qui permet de faire le point, une fois tous les deux ans, sur l’ensemble de la recherche et sur tous les aspects de la lutte contre la pandémie. Survivreausida.net donne, comme toujours, la parole aux premiers concernés, non pas seulement pour raconter ce qui leur est arrivé, mais également pour dire ce qu’ils en pensent.

Jennifer vit avec le VIH depuis toujours. Elle fait partie de ceux qui sont nés avec le virus. Mais son infection ne l’empêche pas de profiter de la vie comme tout le monde. À 22 ans, cette fille des montagnes, récemment devenue banlieusarde du 95, aime regarder les beaux garçons, et pour cause, elle est célibataire et cherche l’amour !

Ce n’est pas pour passer son annonce qu’elle a accepté de donner son témoignage pour « Survivre au sida », mais pour dire sa réalité sur le VIH au quotidien. Chaque jour elle doit prendre 10 médicaments. Pour elle, ce n’est pas grand-chose « comparé à d’autres ». Mais elle sait que les comprimés qu’elle avale peuvent être dangereux pour ses organes : « Je n’ai pas trop d’effets indésirables, mais on sait qu’à la longue, les organes, ça va lâcher petit à petit, ça les abîme ». Donc elle compte beaucoup sur la recherche pour que les chercheurs améliorent les traitements, les rendent moins agressifs afin que les médicaments ne « détruisent pas ».

Quand elle parle de sa maladie, cette jolie brunette garde toujours le sourire, alors qu’elle pense qu’elle ne pourra jamais guérir du VIH : « Je ne pense pas qu’ils trouveront le remède miracle pour nous ». Jennifer a décidé de prendre la vie du bon côté : « Ça fait 22 ans que je l’ai. Dans nos têtes, on se fait une raison ». Pourtant, elle a connu des moments pas toujours très roses, à cause des « autres ».

Les « autres », ce sont les personnes qui ne connaissent pas bien le sida, encore moins ce que signifie être séropositif, alors qu’ils « ont l’impression d’en avoir assez entendu parler » constate cette jeune sarcelloise. Pour elle, c’est parce qu’ils entendent toujours le même message, à savoir : protégez-vous avec le préservatif. Beaucoup de ses connaissances, de ses amis, pensent que quand on évoque le sujet VIH/Sida, ça doit s’arrêter là, car pour eux, une fois qu’on choppe le virus, il n’y a pas d’issue possible. La question qui revient le plus souvent quand Jennifer en parle avec ses amis c’est : « Mais, tu vas mourir ? »

Elle peut gérer ces réflexions, mais tombe parfois sur des personnes plus « pète-sec ». Quand elle habitait en Haute-Savoie, elle a affronté des méchancetés du type : « Ah ouais mais toi t’as le DAS [sida en verland - ndlr] ! ». Ou encore des commentaires du genre : « Moi si je connais une personne qui a le VIH, je ne l’inviterai pas à manger chez moi pour protéger mes enfants... Et puis, si jamais elle boit un verre d’eau, je nettoie le verre à l’eau de javel ». Même si Jennifer est affectée et hallucinée par ces propos, elle ne va pas pour autant qualifier ces personnes de stupides. Elle dit simplement que : « C’est de la méchanceté gratuite parce que les gens ont encore peur. Ils sont mal informés en fait ».

Participer à la Conférence internationale du sida, qui vient de se terminer à Vienne ? Pourquoi pas, mais «  par curiosité » dit-elle avec un peu de timidité. Puis, sans même lui avoir posé la question, elle enchaîne en disant : « J’y serais allée, même s’il aurait fallu témoigner de la vie avec ». Car pour Jennifer, témoigner de sa vie avec le VIH est la meilleure façon d’informer le grand public, mais aussi les chercheurs, les médecins et tous les autres acteurs de lutte contre le sida. Si elle avait été présente lors de cette conférence, elle aurait souhaité dire que « le VIH ça touche vraiment des personnes, ce ne sont pas juste des numéros ou des malades, ce sont des êtres humains » et qu’il « faut faire parler les personnes, que ce soit positif ou négatif ».

Texte, interview et montage : Sandra Jean-Pierre

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