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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Bernard Hirschel | Couples concernés par le VIH | Quand débuter un traitement ? | Sexe et sexualité

Est-il légitime pour une personne séropositive de demander un traitement pour protéger la personne qu’elle aime ?

14 avril 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Suite des questions de la salle.

(Début du son)

Questions : Je voulais juste poser une question concernant les personnes qui sont atteintes du VIH, qui ne prennent pas de traitement et dont la charge virale est en dessous de 500. Est-ce que ces personnes peuvent transmettre le virus ? Parce que… bon je vais aller droit au but. Ça fait 10 ans, ma charge virale est parfois de 200, 300, 50 copies, ça peut aller parfois jusqu’à 350 ou 400. Est-ce que je peux contaminer ?

Dr Hirschel : Alors, certainement s’il y a risque de contamination, il est très petit. Dans l’étude que j’ai montrée provenant d’Ouganda, en dessous d’une virémie d’environ 1000, on n’a pas observé de contamination. Cependant dans le travail plus récent d’Attia, trois personnes qui avaient une virémie relativement basse, soit entre 400 et 1 500, on a observé trois contaminations. C’est évidemment très peu. Dans cette étude, il y a eu 500 contaminations investiguées et il n’y en avait que trois dans ces catégories-là. Par contre, on ne peut pas totalement exclure la possibilité d’une contamination. Je dirais qu’en général, c’est un débat difficile. On dit qu’il n’y a pas d’antidote contre les anecdotes. Il y a, en médecine, toujours une exception à la règle et il est difficile de dire s’il faut se baser sur l’exception ou sur la règle. Si on prend le point de vue épidémiologique et la santé publique, on peut certainement dire que virémie très basse, absence de contamination. D’un point de vue pratique, c’est sûrement vrai. Mais si on prend le point de vue de l’individu qui veut être absolument sûr qu’il n’y a aucune possibilité de contaminer, il est très difficile de rassurer à 100 %. Vous comprenez ? C’est très difficile parce que les événements rares sont, par leur rareté, difficiles à mesurer. Et alors il y a des gens qui disent que si vous n’êtes pas sûrs, vous ne pouvez rien dire, il y en a d’autres qui disent que comme c’est très petit comme risque, il n’est pas nécessaire d’en tenir compte. C’est un débat interminable et très passionné parfois, et pas seulement pour le VIH. Pensez aux centrales nucléaires par exemple, quel débat depuis des années et des années ! Il y a des gens qui n’en dorment plus, des mouvements politiques qui sont basés presque uniquement sur ça, pendant qu’il y a d’autres gens s’en fichent complètement. Il est très difficile d’avoir un accord sur ce sujet.

Question (suite) : S’il vous plaît, je voudrais ajouter, vu ce problème de doute, est-ce que je peux demander à mon médecin de me mettre sous traitement pour que je sois indétectable pour profiter, comme tous les autres ? (rire)

Dr Hirschel (suite) : Oui, donc, ici se pose la question de la motivation du traitement. On traite les gens, pour le moment, pour leur propre bien, parce qu’on pense qu’ils seront immuno-supprimés et voilà, ils vont mieux. Mais on ne les traite pas pour le bien des autres, ou pour éviter de contaminer quelqu’un d’autre. Peut-être que, dans le futur, ça changera. Mais pour le moment, je pense que votre médecin ne va pas vous traiter avec une virémie de 400 et une immunité conservée, juste pour empêcher théoriquement de transmettre le VIH. Je crois que ce n’est pas, pour le moment, que l’on fera cela.

(Fin du son)

Reda : Une des grandes questions posées par cette femme depuis la salle à la 4e rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH, c’est le 23 mai 2009, la première et la seule fois que Bernard Hirschel avait accepté d’intervenir sur invitation du Comité des Familles, je voulais vous demander à toutes les trois, est-ce que vous seriez prêtes à prendre un traitement antirétroviral quand bien même vous même vous n’en auriez pas besoin, mais pour protéger votre partenaire, et pouvoir se passer un préservatif, et le protéger grâce aux médicaments. Jennifer ?

Jennifer : Moi, je sais que pour moi c’est un peu difficile de me mettre dans cet état d’esprit là, parce que moi c’est préservatif à fond dans ma tête. Donc après c’est personnel. Mais après bon, si vraiment, on enlève le préservatif, prendre le traitement ça, c’est sûr. Pour protéger, parce que le pire c’est de contaminer quelqu’un. Au moins, il y a une protection.

Reda : Tina ?

Tina : Ben, en fait, ce qu’il faut se dire, c’est qu’effectivement, pour les personnes non traitées, cet « avis suisse » en fait, n’a aucun impact sur la vie. Donc, si c’est une super-nouvelle et que tous les séropositifs s’en réjouissent, c’est sûr que ceux qui ne sont pas traités se disent « bah comment moi aussi je peux en profiter »

Reda : Du coup, il y aurait deux classes de séropositifs. Il y aurait les séropositifs traités, avec charge virale indétectable, qui n’auraient plus besoin du préservatif pour protéger leurs partenaires. Et qu’il y aurait les laissés pour compte…

Tina : Qui sont toujours des « bombes de virus », comme on peut les voir en comparaison des risques de contamination, même avec préservatif : le préservatif peut craquer, ainsi de suite… Je pense que simplement, ça se discute en couple, si le partenaire séronégatif est assez flippé, même avec préservatif parce qu’il peut craquer, ou parce qu’il est mal à l’aise avec le préservatif. Moi, je pense que c’est envisageable

Reda : Mais là, ce dont on parle, c’est de la discussion avec le médecin, parce que c’est le médecin qui peut ou non prescrire une trithérapie. Et en l’état actuel des recommandations, c’est en train de changer. Pour l’instant ce n’est pas recommandé qu’un médecin prescrive une trithérapie à une personne qui n’en a pas besoin pour elle-même, mais uniquement à but préventif.

Tina : Donc, moi je pense que la première étape, c’est effectivement la discussion dans le couple, parce qu’une vie sexuelle équilibrée est vraiment quand même super-importante, et après je pense qu’il y a déjà des médecins qui sont OK si la personne dit « voilà, nous, on a un problème de préservatif, on ne le met pas », ça serait vraiment de cautionner le risque de contamination si le médecin est informé du problème de préservatif, de pas être OK pour prescrire un traitement. Donc, que ce soit formellement recommandé ou non, certains médecins bien informés pratiquent déjà ça.

Reda : Et Zina, prendre un traitement quand bien même toi tu n’en as pas besoin, mais pour protéger la santé de ton partenaire ?

Zina : Je ne crois pas que je serais prête à prendre un traitement pour protéger mon partenaire. Je l’ai fait pour que mes enfants n’aient pas le virus. Mais, ce qu’il y a c’est que le traitement, ce n’est pas anodin, c’est quelque chose d’assez lourd. Bon, maintenant, il y a quand même des bonnes avancées, on vit mieux les effets secondaires des traitements, mais bon, quand même il y en a pas mal… Donc, je ne pense pas que je prendrais une trithérapie si je n’en ai pas besoin pour préserver mon partenaire. Mais ça, c’est mon choix, en sachant que j’ai du mal avec les médicaments, donc voilà. Mais, je trouve ça très bien par contre, je trouve ça génial. C’est vraiment une grande libération pour beaucoup de couples.

Reda : À partir du moment où le médecin accepte de prescrire, si la personne n’en a pas besoin pour elle-même, et c’est là où ça bloque. Vous avez entendu là, Bernard Hirschel, publiquement il répond qu’a priori ce n’est pas trop à l’ordre du jour. En fait, avant cette rencontre, on avait des échos assez importants de la part de la Direction Générale de la Santé, de gens à l’Inpes — à l’Institut national pour la prévention et à l’éducation à la santé — de médecins qui nous faisaient comprendre qu’il ne faudrait pas qu’on aille trop loin à l’occasion de cette 4e rencontre. Et j’avais fait part de ces préoccupations et de ces pressions à Bernard Hirschel, qui du coup a compris que l’enjeu n’était pas de faire dans la surenchère à l’occasion de cette 4e rencontre. C’était il y a même pas un an, c’était le 23 mai 2009, et ce qui est intéressant c’est de savoir que Gille Pialoux et France Lert, dans le rapport qui leur a été commandé par le ministère de la Santé, donc sur la réduction des risques sexuels, eux, prennent position très fermement pour dire qu’une personne qui veut qu’on lui prescrive un traitement pour protéger son partenaire, elle a le droit, c’est une demande légitime, et le médecin doit suivre derrière en acceptant de prescrire ce traitement. Et ça fait l’objet d’âpres discussions dans la rédaction des nouvelles recommandations de ce qui s’appelle le rapport Yéni, donc le rapport du groupe d’experts sur la prise en charge médicale des séropositifs. Donc, c’est en train de changer très vite. S’il n’y a pas de recommandation claire, après ça sera au petit bonheur la chance, c’est-à-dire, chacun en fonction de la relation qu’il a avec son médecin. Donc, un besoin de recommandations claires sur ce point-là, et ça va faire partie des choses qu’on va discuter jeudi soir, le 15 avril 2010, à l’occasion de cette soirée de discussion organisée par le Comité des Familles.

Transcription : Yentl Coubes

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