Skip to main content.

Enfants concernés par le VIH | Fanny | Femmes séropositives | Méga couscous des familles vivant avec le VIH

Vivre ensemble avec le VIH : Fanny et sa maman ont témoigné ensemble au Méga Couscous des familles

1er avril 2010 (papamamanbebe.net)

4 Messages de forum | | Votez pour cet article

Reda : On connaît Fanny, qui est une jeune femme qui a maintenant 22 ans et qui a tenu à remercier sa maman. Sa maman et Fanny sont toutes deux séropositives, on va écouter.

(Début du son)

Fanny : Moi, je voudrais juste rajouter – parce que maintenant on parle beaucoup du fait qu’on ne contamine plus les enfants – Moi, j’ai été contaminée il y a 22 ans, mais il y a toujours quelques enfants qui sont contaminés suite aux mères qui ne savent pas qu’elles sont séropositives. Et je voudrais juste dire à ces mamans qui viennent de mettre au monde, fin qui ont mis au monde il n’y a pas longtemps un enfant séropositif, que je suis la preuve vivante que ça fait 22 ans que je vis avec le sida en moi, et que je vis très bien avec, et je voulais les soutenir… parce que voilà, il y a de l’espoir et j’en suis la preuve vivante, et je vais très bien. Je suis même fière d’avoir cette maladie que je puisse partager avec ma mère… parce que c’est une relation très particulière que j’ai avec ma mère qui me l’a transmis, et je ne lui en veux pas du tout, bien au contraire… Parce que justement, il faut aussi des gens comme nous qui aient la force de se battre contre cette maladie, pour toutes les personnes qui sont isolées (…) et je me dis que si je l’ai attrapé, c’est peut-être pas par hasard, c’est parce que j’ai la force d’être là aujourd’hui, de pouvoir parler dans les médias, de pouvoir parler dans les écoles… donc je remercie à la limite ma mère de me l’avoir transmis.

(applaudissements)

(Fin du son)

Reda : Alors, quand Fanny dit ça, moi j’arrive à comprendre ce qu’elle veut dire. Mais ça a fait flipper beaucoup de gens, y compris une infirmière qui est montée sur l’estrade pour appeler à la prévention, avec le souci que voilà, elle a l’air carrément contente d’avoir le VIH, est-ce que ça va pas banaliser le truc…

Jennifer : Ce n’est pas le message qu’elle veut faire passer. Le message c’est qu’elle vit très bien avec, que personne ne mérite ça, et qu’un enfant qui naît aujourd’hui porteur du VIH et ben… il aura une vie normale, il sera normal, il sera heureux, il pourra vivre, voilà enfin, c’est ça.

Reda : Alors, il y a cette infirmière qui était là -dit-elle par hasard- qui à ce moment-là a réclamé, ou peu après, à prendre la parole pour appeler au port du préservatif. Je pense qu’elle devait être un peu flippée par les propos de Fanny. Mais je vous propose de l’écouter, vous me direz ce que vous en pensez.

(Début du son)

L’infirmière : Bonjour tout le monde je suis là par hasard aujourd’hui, je ne connaissais pas l’association. Je suis infirmière, je suis confrontée à ce problème tous les jours, au quotidien. Je tiens juste à parler de la prévention : ça existe, c’est pas cher… Un préservatif, ça coûte 30 centimes, 50 centimes. Je parle à tous les jeunes s’il vous plaît, le combat est très dur, la trithérapie est lourde, les effets secondaires sont lourds… Donc un préservatif, c’est gratuit parfois, et ça coûte pas cher, et ça sauve une vie… et on peut vivre mieux avec la prévention, la fidélité c’est gratuit. Je parlerais juste du préservatif et de la fidélité, et c’est très très important. Le sida existe, le traitement coûte très très cher. Déjà, la vie sans maladie est dure, alors avec le sida, c’est encore plus dur. Alors, si on peut éviter le sida, c’est très bien. Un préservatif, je tiens à le répéter s’il vous plaît, c’est pas cher et ça sauve beaucoup de vies.

(Fin du son)

Reda : Les gens qui se succèdent pour prendre la parole, pour dire qu’ils sont séropositifs et qu’ils vivent avec le virus, qu’ils sont bien vivants… On a déjà vu cette réaction en particulier de soignants, ou de professionnels de la prévention, qui flippent en écoutant ça. Qui se disent que les jeunes vont voir que ces gens sont vivants, qu’on peut être séropositif et vivre, et du coup vont prendre des risques et vont faire n’importe quoi… ça dérange, comme dit Zina. En même temps, dans ce discours dans lequel on prône la fidélité, certes, enfin je m’attendais juste à ce qu’elle dise « ou l’abstinence »… Si ces discours étaient efficaces, on n’en serait pas à 5000 contaminations par an.

Tina : Je pense qu’on voit aussi qu’en étant infirmière auprès de personnes concernées, elle ne connaît pas grand chose sur les différentes façons d’avoir été contaminé. Il y a eu des témoignages de personnes qui disaient « moi j’étais en couple et c’est l’autre qui a été voir ailleurs… »

Reda : Oui, la fidélité ne protège pas.

Tina : C’est stigmatiser à nouveau les personnes qui l’ont comme si c’était des personnes qui n’avaient pas été fidèles. Ça n’a rien à voir. C’est pas parce qu’on a été fidèle ou pas qu’on va plus ou moins l’avoir. Il y a aussi le mariage. Beaucoup de jeunes femmes une fois mariées vont être contaminées. C’est un peu un discours qui stigmatise à nouveau les séropositifs.

Zina : Moi, ça me gonfle ces discours comme ça… « faut être fidèle, faut rester vierge pour le mariage ». Je veux dire… ça suffit, on est en 2010, et puis on a l’impression qu’on est montré du doigt, tout de suite « séropositif, ah infidèle », et alors ? Fin, je veux dire –comme disait Tina- on peut l’attraper autrement, on peut très bien être fidèle, ou l’attraper par sa maman aussi… Et puis, quand bien même on est infidèle, on doit être blâmé pour ça ? Il faut arrêter avec ces discours de toute façon…

Reda : Mais, est-ce que Fanny, quand elle dit « je remercie ma mère de m’avoir transmis le virus », est-ce qu’elle va trop loin ?

Zina : Non, c’est qu’elle se sent encore plus proche de sa maman, elle partage cette maladie avec sa maman et je ne pense pas qu’elle soit contente –« merci maman de m’avoir donné ce virus »- Mais, je trouve ça beau quelque part, parce qu’elle ne lui en veut pas. Je suis une maman séropositive et j’ai la chance que mes enfants ne le soient pas, mais quand j’étais enceinte de mon fils –parce que là il y avait encore un risque de 8%- je me suis demandée. Je me suis dit et s’il l’a, est-ce qu’il m’en voudra, peut-être qu’il me le reprochera toute sa vie… Et là, ben au moins elle ne lui veut pas, et ça lui fait un point commun, et un combat qu’elles vivent ensemble. Maintenant, elle ne s’en réjouit pas, fin ça m’étonnerait quand même.

Reda : Jennifer, et ensuite Tina ?

Jennifer : Moi, je pense qu’en voulant remercier sa maman c’est que comme elle partage ça avec sa maman depuis sa naissance, dans sa tête elle est plus forte en fait, et qu’elle se dit « faut que je m’en serve ». Elle pense positif, et puis se dire ben justement « moi, je suis comme tout le monde, en dehors du fait que je prenne mes médicaments, et je vis comme tout le monde, j’ai ma mère qui me soutient et puis voilà ».

Transcription : Yentl Coubes.

Forum de discussion: 4 Messages de forum