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Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Ousmane Zaré | Projet Madeleine Amarouche | Sofi

Sortons du cache-cache que la société nous impose : le témoignage de Sofi au Méga Couscous des familles

1er avril 2010 (papamamanbebe.net)

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(Début du son)

Ousmane : Sortons du cache-cache que la société nous impose. La loi du silence nous expose à l’ignorance du mal qui explose de jour en jour. Si ce soir je pleure, c’est pour le 20 mars, le Méga Couscous des Familles et le Comite des Familles.

(Fin du son)

Reda : Alors, on n’avait pas encore parlé d’Ousmane. C’est sa voix qui nous rappelle ce que c’était le Méga Couscous. Cette volonté d’en finir avec la honte et le silence. Sophie a été une des premières à prendre la parole sur l’estrade. Elle avait parlé d’un texte mûrement réfléchi pour parler de ce projet Madeleine qu’elle porte au sein du Comité des Familles qui soutient les personnes séropositives qui veulent apporter leur témoignage auprès des jeunes pour que l’histoire ne se répète pas. Donc je vous propose de l’écouter attentivement.

(Début du son)

Sophie : Il y a un an, presque jour pour jour, je sortais du service des maladies infectieuses de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre où j’avais été hospitalisée deux semaines suite à une primo infection au VIH. Deux mois avant ça, une histoire d’amour malheureuse m’avait mis sur le chemin d’un homme contaminé, qui le savait sûrement mais ne m’en jamais parlé de vouloir me protéger. Après le choc de l’annonce, le sentiment de ne plus pouvoir maîtriser son corps tant le virus l’affaiblit, les éruptions cutanées impossibles à contrôler, la fièvre qui t’assomme et te fait perdre la tête… J’ai voulu faire confiance aux médecins qui ne cessaient de me répéter que la vie était encore possible. J’ai voulu y croire et ai ressenti le besoin profond, l’urgence d’aller à la rencontre d’autres personnes comme moi, de prendre à bras le corps et d’essayer de comprendre cette maladie qui m’avait semblé si abstraite jusque-là. Parce que je crois en mon destin et qu’il faut donner un sens à ce que la vie nous réserve, j’ai frappé à la porte du Comité des Familles. J’y ai trouvé l’espoir, le goût de la vie et la soif de rejoindre tous ceux qui bien avant moi avaient commencé ce rude combat contre le sida. Le projet Madeleine s’est présenté à moi comme une évidence. Personne ne cherchait à avoir ce virus, mais chacun à des choses à dire sur ce que c’est que de vivre avec… Madeleine a passé dix ans de sa vie à témoigner dans les collèges et les lycées suisses, faute de pouvoir le faire en France. L’énergie et la grande âme de cette grande dame, militante à la vie à la mort, nous ont montré la voie pour continuer le chemin. Pour Madeleine décédée en 2007, et pour Eddy trop vite parti lui aussi, pour tous ceux qui n’ont plus la chance d’être parmi nous pour se raconter, pour tous ceux qui n’ont pas encore osé prendre la parole. Parce que nous ne sommes plus dans la honte et dans le silence, parce que le fait d’être séropositif ne signifie pas que nous devons nous taire et nous enterrer vivants, parce que des jeunes ont peut-être besoin d’un signe et de quelques phrases de nous, pour comprendre que ça peut leur arriver aussi à eux, pour informer, combattre les préjugés, lutter contre les discriminations, prévenir de nouvelles contaminations. Parce qu’on a tous un rôle à jouer, le projet Madeleine est devenu un élément vital de mon existence, un devoir de mémoire, une nécessité d’agir. Ensemble avec la vingtaine de personnes qui nous ont suivi dans cette aventure, nous avons réalisé ce qui restera pour longtemps la plus belle chose que j’ai fait de ma vie. J’en profite pour remercier de tout mon cœur tous ceux et toutes celles qui par leur amitié, leur force et leur détermination, nous ont permis de retrouver la « voie » et la « voix » de Madeleine, et je vous invite tous à nous rejoindre parce que le combat continue

(Fin du son)

Transcription : Yentl Coubes.