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Femmes séropositives | Projet Madeleine Amarouche | Religions

Parler aux jeunes de la vie avec le VIH : Le mariage ne protège pas du sida !

18 mars 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda Sam toi qui est lycéen, est-ce que... par exemple tu serais prêt à inviter l’équipe du projet Madeleine pour venir témoigner ?

Sam Ben ouais, pourquoi pas mais... ouais. Mais j’en ai déjà eu des trucs comme ça au collège et tout ça, mais c’était que des médecins. Mais après, ouais pourquoi pas.

Reda Et est-ce que le message passe ? Enfin c’était quoi déjà le message des médecins ?

Sam Ben... franchement pour moi, de la connerie. Je veux dire parce que ils ne savent pas trop de quoi ils parlent ils ont là comme disait... Zina, elle disait que c’était plus des chiffes tout ça, comme quoi... enfin il donnaient même des trucs faux. En disant comme quoi une personne séropositive ne pouvait pas... qu’elle avait que 10 ans à vivre, des trucs ridicules. Moi je ne les prenais pas au sérieux. Je pense que c’est rentré dans le tête des jeunes, de ma génération on va dire : il faut se protéger et tout ça, donc je pense qu’il n’y a pas trop de soucis.

Reda Mais entre le dire et le faire...

Sam Après moi perso voilà... mais après on ne peut pas contrôler ce que font les gens.

Reda Ouais. Et le fait que jusqu’à présent toutes les interventions il n’y avait que des filles dans les classes...

Sam Ah non moi c’est que des garçons !

(Rires !)

Reda Et est-ce que tu pense que les jeunes que tu côtoies, mis à part toi parce que tu sais ce que c’est que cette maladie et tu mesure que ça vaut la peine de se protéger, mais est-ce que de ce que tu en sais, avec d’autres garçons, d’autres jeunes hommes de ton âge, est-ce que le préservatif ça fait partie du tableau ou... ?

Sam C’est-à-dire ?

Nabila Est-ce qu’on parle sexualité déjà à votre âge, entre vous ?

Sam Ben bien sûr qu’on parle de sexualité à notre âge. […] On va dire que plutôt... chez les jeunes de mon âge, en parlant de ça, les jeunes de mon âge, 17-16 ans comme ça. En fait eux le préservatif c’est pour se protéger de n’importe qu’elle maladie et aussi de ne pas mettre enceinte la copine qui est en face de nous, c’est ça aussi. Mais après c’est aussi pour se protéger... enfin voilà quoi.

Reda Mais tu as déjà eu... parlé avec un copain qui justement n’avait pas mis de préservatif ou qui flippait soit parce qu’il pensait avoir attrapé quelque chose ou que ça copine était enceinte ?

Sam Ben en fait les jeunes ils flippent plus que la personne soit enceinte ou... au lieu qu’il ai attrapé quelque chose... Ben c’est vrai !

Zina ...l’infirmier au lycée qui nous disait qu’il pensait plus... les filles étaient plus préoccupées sur fait de pas tomber enceinte que d’attraper une MST ou le virus du Sida.

Sam Ben c’est la même chose chez les filles. Elles ont plus peur d’être enceinte que d’attraper quelque chose. Leur crainte c’est plus d’avoir un bébé que... attraper quelque chose.

Laura Et en plus, si je peux intervenir, en plus depuis qu’il y a eu toute une campagne d’information évidemment sur les traitements qui sont beaucoup efficaces qu’avant. Il y a pleins de gens qui ont associé cette efficacité là au fait que : on en guérit. Ce qui n’est pas du tout le cas puisque les traitements sont à vie pour les gens qui sont infectés, et on en guérit pas du Sida.

Reda Est-ce que ça vous l’avez... enfin il y avait une mise au point à faire pour expliquer aux jeunes filles qu’il n’y a pas de guérison pour l’infection à VIH ?

Jennifer Ben elles nous ont pas... ça n’a pas été formulé. Elles savent que c’est à vie. On n’a pas parlé de ça réellement, ils nous ont demandé vraiment sur les traitements, ils ont vraiment insisté au niveau des traitements mais en toute conscience quand même que c’était une maladie quand même assez grave et que ce soit toute sa vie.

Sam Je peux intervenir sur ça justement. En fait moi quand j’étais au collège, justement ce fameux docteur, il nous disait en fait que le traitement c’était juste pour ralentir le virus et qu’en fait le préservatif c’était pour que tous les gens qui ont le VIH qu’ils fassent en sorte qu’ils n’aient pas de relation sexuelle et en gros qu’ils décèdent comme ça le VIH n’existe plus.

Reda Ah ouais ? C’était son approche... ?

Sam Donc moi perso, moi je sais que voilà c’est... Mais après pour les potes à côtés « nanani »...

Reda C’est resté ! Et du coup le jour où une fille ou une femme leur annonce : « je suis séropositive », ils vont au mieux repartir en courant.

Sam Je lui ai dis que c’était de la connerie il l’a mal pris.

Nabila Ça c’est du répressif je dirais. C’est de la prévention répressive et elle marche très bien.

Reda Nabila tu as trois filles. Qu’est-ce que tu attends de l’école ? Est-ce que tu pense que c’est à l’école où elles peuvent apprendre à parler et à pratiquer, prévention, contraception ?

Nabila Entre autres. Je pense que l’école et les pouvoirs publics devraient et ont le devoir d’information envers les jeunes, ne serait-ce que pour rattraper les 20 ans de la génération sacrifiée... et là-dessus j’en connais quelque chose, j’ai un bon bout de fil à raconter. Pour ne pas revenir en arrière, ce qui m’écœure et qui me fait flipper aujourd’hui c’est d’entendre ce genre de messages, tels que le message... le témoignage de Sam qui raconte l’histoire du corps médical qui rapporte de fausses informations ; parce qu’il faut le dire si ça a été entendu, et je mets ça entre guillemets, et apporté de cette façon, je dis, j’appelle au secours et au ridicule. Est-ce que l’information telle qu’elle a été pratiqué dans ton collège Sam je te ds c’est de la désinformation, d’une. Et puis parler du VIH certainement c’est une maladie longue, évolutive et quelque fois grave parce que elles peuvent s’y greffer d’autres maladies ou par une mauvaise « observance » par personne les médicaments ne marchent plus. Mais tout de même on peut quand même donner l’espoir aux gens. Ce qu’ils ont fait avec vous c’est du répressif et on le sait aujourd’hui comme ça a été le cas il y a 20 ans avec la seringue qui a été interdite pour les usagers de drogue, on en a sacrifier des milliers sans parler de ceux qui ont été touchés par la double peine et qui sont morts dans leur pays d’origine et qui sont restés encore aujourd’hui anonymes, personne n’en parle.

Reda Amina on n’a pas encore parlé avec toi. Tu as connu la situation autour de la maladie en Algérie. Est-ce qu’on parler sur... le rôle de l’école ? De la même façon que je posais la question : est-ce qu’on peut imaginer une Saint Valentin Séromantique à Alger ? Ça a fait rigoler tout le monde...

Amina Depuis 2001 je suis séropositive. On n’a jamais parlé de ça, d’ailleurs même au niveau des hôpitaux et tout comme je l’ai déjà dis, c’est stigmatisant. On a toujours pensé que le malade qui va vers la direction et séropositif, alors à l’école... jamais. En ce moment ils leur parlent de la maladie, mai jamais des préservatif... parce que pour eux c’est comme de l’indiscrétion, c’est tabou et on est pas concernés. Genre nos enfants ils ne peuvent pas avoir de relation, et c’est pas vrai parce que les jeunes maintenant...

Sam Petit exemple, désolé d’intervenir. Par exemple en Algérie, je sais qu’ils ne le montre pas, mais je sais qu’au Maroc ils avaient fait des pubs avec le préservatif et tout ça, en montrant comme quoi il fallait faire attention, qu’on pouvait utiliser ça pour pas avoir de maladie etc... Enfin ils ont fait ça au Maroc. Moi perso j’ai été choqué, ça m’a étonné un petit peu mais bon... tant qu’à faire...

Nabila Pourquoi t’as été choqué ?

Sam Ben par rapport à la religion en fait. Mais franchement c’est bien ce... ça permet d’avancer dans des cultures qui sont... l’Islam et tout ça, ça permet d’avancer dans des pays comme ça. Donc ça m’a choqué mais...

Laura Je veux dire une chose en fait, c’est que je suis croyante mais j’ai pas de religion. Et je le rend compte que même en France il y a un retour de la religion quelle qu’elle soit, qui se veut... très marquant. C’est-à-dire on revient à des tabous qu’il n’y avait pas il y a 20 ans. Et par rapport à la sexualité c’est terrible parce justement c’est en posant des tabous à ce point là que les maladies se propagent parce qu’il n’y a pas que le Sida, et que si Dieu n’avait pas voulu qu’on ai un sexe et ben on en aurait pas quoi ! Donc la sexualité c’est super important dans l’épanouissement d’une personne, autant que l’amour, autant que... et sans vouloir paraître dévergondée ou « quoi qu’est-ce » mais il y a des choses dont il faut parler parce que ça protège. Et ça protège les enfants, ça protège les parents, ça protège les célibataires, les mariés... tout le monde quoi.

Reda Le discours, on peut peut-être parler de ça je sais pas du tout si ça fait partie de la discussion dans le lycée, c’est... le discours consiste à dire : de toute façon vous n’avez qu’à vous préserver, c’est-à-dire rester abstinent jusqu’au mariage et le problème sera réglé. Or on sait que ce n’est pas tout à fait aussi simple que ça. Le premier mode de contamination, pour les femmes en tous cas c’est le mariage. Est-ce que, avec ces jeunes filles, est-ce que vous avez parlé de ça ? Parce moi je me souviens à Aulnay-sous-Bois quand on y était allés en 2008, au départ elles étaient sur cette position là : de toute façon je ne suis pas une fille comme ça. Je n’ai qu’un seul copain... jusqu’à la semaine prochaine, j’attends de me marier. Et elles sont tombées des nues quand elles ont entendu 4 femmes qui toutes avaient été contaminées dans le cadre d’une relation stable, monogame tout ça. Est-ce que vous avez pu parler de ça ?

Jennifer On a légèrement parlé un peu vis-à-vis de la religion... mais c’est vrai qu’on a pas parlé monogame... Enfin les chiffres avec le mariage et tout ça. Mais c’est vrai qu’elles nous ont dit : oui mais bon... Quand on a distribué les préservatifs il y a quand même beaucoup de filles qui les ont pris quand même. Mais il y en a eu quelques unes qui les ont refusé quand même, parce qu’elle en avait pas besoin.

Zina Peut-être qu’elles en avaient.

Jennifer Après c’est vrai que ça à été... je pense que ça à été vraiment positif et ils ont quand même assez bien... c’est compris quoi.

Reda Et est-ce que leurs questions étaient des questions par rapport à leur situation, c’est-à-dire leur propre situation auxquelles elles sont confrontées sur la contraception, prévention, etc... ou bien est-ce que c’était des questions d’ordre général sur le Sida comme ça, un peu dans l’abstrait ?

Zina C’était dans le général...

Reda Celles que tu as donné ouais. Mais elles ont pas forcément parlé de leurs préoccupations à elle si c’est des adolescentes ?

Zina En même temps il y avait deux de leurs professeurs qui étaient là et l’infirmer. Alors est-ce que ça les a un peu bloqué ? C’est possible, je sais qu’à un moment elles auraient préféré qu’ils sortent, et ils sont sortis seulement 5-10 minutes avant la fin quoi.

Reda Kore sur cette question de la religion et sur le discours en tous cas d’une partie des religieux, quels qu’ils soient : chrétiens, juifs ou musulmans, qui consiste à rendre les personnes contaminées responsables de leur sort. Et de prôner soit l’abstinence, soit le mariage comme réponse ou comme forme de prévention. Qu’est-ce que t’en pense ?

DJ Kore Moi je comparerais ça un peu à... Je pense qu’il y a les livres, il y a la religion et puis il y a surtout les coutumes, l’interprétation qu’on montre. Alors que pour la plupart de ces personnes... moi j’ai lu un livre à l’école, j’en ai pas lu beaucoup, j’en ai lu un que j’ai bien aimé qui était le Tartuffe de Molière sur la fausse dévotion. C’est pas réellement ça mais c’est à peu près la même chose. Ce truc de pointer les gens du doigt et d’avoir cette langue de bois. Voilà je pense qu’il faut aller au devant des problèmes et en parler parce que encore une fois, c’est tellement con de le dire comme ça mais c’est tellement vrai : ça peut vraiment arriver à n’importe qui. Et ceux à qui ça arrive... voilà, moi je serais curieux de le voir après.

Nabila Pardon si je l’interromps. Sauf que dans le corps médical il y a toujours une question qui est récurrente, qui revient toujours et qui est balancée comme ça aux patients, pour l’avoir vécu et pour l’avoir entendu autour de moi, les médecins demande toujours : Comment vous l’avez attrapé ? Alors moi j’ai une réponse, j’ai fais un stage de trois mois dans un hôpital infectieux, de toute façon c’est le seul qui regroupe les malades infectieux à Alger. Et un grand professeur, je dirais son nom parce qu’il m’a autorisé, le professeur Hamran m’avait dit textuellement : madame, on a 70% de femmes contaminées par le Tambour, on appelle ça le « Sida tu Tambour ». C’est-à-dire la maladie à été contractée par le biais du mariage. C’est-à-dire que ce sont des femmes qui ce sont mariées, qui se sont retrouves contaminées. Et puis le reste qui restent stigmatisées et regardées d’un façon très discriminatoire à l’hôpital parce qu’elle ne font pas partie justement de ce lot des 70% qui ont été contaminées, qui méritent de l’empathie, pas selon lui mais selon la société. Donc ce serait peut-être une réponse à ces jeunes filles qui parlent de se préserver jusqu’au mariage, qu’elles ne sont pas là l’abri, la virginité n’a jamais été un abri. J’en suis un grand témoignage devant vous, ça fait 20 ans que je suis mariées, ça fait 20 ans que je vis avec le même homme, je n’ai connu qu’un seul homme.

Transcription : Sully Bidois