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Jennyfer | Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Zina

Micro-trottoir à Saint-Denis : Non, la vie n’est pas foutue avec le VIH !

5 mars 2010 (papamamanbebe.net)

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Réda : Zina et Jennifer sur ces prises de parole du… sur les réponses de question, je vous annonce que vous êtes séropositif, votre réaction, et puis… quand vous entendez les gens dire bah ça y est, ma vie serait foutue, tout serait fini, si j’apprends que je suis séropositif, vous, vous auriez envie de dire quoi à ces personnes ?

Zina : Bah déjà… je trouve ça normal parce que, quand on me l’a appris, j’ai pensé exactement la même chose, et puis c’est seulement après, on s’aperçoit que du coup, je ne vais pas dire ce n’est pas si dramatique que ça, mais qu’on peut… qu’on s’adapte, on peut vivre avec, on peut vivre longtemps. En ce qui me concerne, ça fait 19 ans et, je vais bien et ce n’est pas marqué sur mon visage, mais c’est vrai que… au départ quand on nous l’annonce, ça… ça effraie, on se dit ça y est ma vie est finie, plus de relations sexuelles donc pas d’enfants, pas de, enfin… et puis la mort qui va arriver bientôt. Et puis… avec le temps on s’adapte, on s’aperçoit qu’on peut très bien vivre avec.

Réda : Et tu as deux enfants qui sont en parfaite santé…

Zina : Et j’ai deux enfants, voilai, que j’ai eu pendant que j’étais… J’étais déjà contaminée en fait et… et ils vont très bien, ils sont… ils pètent bien le feu même ! (rire)

Réda : Donc deux enfants, donc c’est bien la preuve qu’il y a bien des relations sexuelles après, enfin bon ça, c’est privé…

Zina : Donc voilà, la vie ne s’arrête pas là, on peut… on peut envisager une vie…, une vie de couple, on peut envisager d’avoir des enfants, de…, de travailler… enfin de vivre, tout simplement, normalement…

Réda : Et Jennifer, qu’est-ce que tu réponds, tu dirais à ces gens qui disent, qui s’imaginent, bah voilà une vie avec le VIH c’est une vie foutue, c’est une vie…

Jennifer : Non bah non, moi je dirais que non, tu peux très bien vivre avec pendant de très longues années, et encore plus hein (rires). Que tu as une vie totalement normale, après bon, tu as quand même…, c’est difficile psychologiquement, déjà de l’accepter pour les personnes, bon moi c’est différent mais pour les personnes qui l’apprennent…

Réda : Pourquoi c’est différent pour toi ?

Jennifer : Moi je l’ai eu dès la naissance, donc moi j’ai grandi avec, je suis dedans depuis que voilà… je veux dire donc… rendez-vous au médecin je connais depuis tout le temps. Donc moi j’ai eu…, je me suis fait à l’idée, mais bon on a tout le temps des passes, des périodes de notre vie, ou on se remet en question, on se dit pourquoi c’est tout le temps dur à un moment. Mais bah… à côté de ça, bah la vie elle est toujours belle, on a encore deux fois plus la force de se battre, d’avoir une famille, de…, de réussir et de… et d’aider… voila…

Réda :Mais il y a ce, il y a ce…, il y a le progrès de la médecine…

Jennifer :Ah ouais, ouais, ouais…

Réda :…les médicaments tout ça, qui permettent de vivre avec, sans pour autant guérir, mais de l’autre côté, le regard de la société, est-ce qu’il a… Est-ce que… Est-ce que le problème reste entier de ce côté-là ? C’est-à-dire le jugement… et le… enfin tout simplement la discrimination, la stigmatisation des personnes qui vivent avec. Est-ce que ça, ça a changé ? En dix-neuf ans ou en 21 ?

Jennifer :Voilà.(rires)

Réda : Oui, 21 ans (rires)

Zina : En ce qui me concerne j’ai…, j’ai eu quand même beaucoup de chance. Je veux dire même il y a 19 ans, enfin… de il y… 19 ans à aujourd’hui, je n’ai jamais vraiment subi de… de… rejets en fait. Que ce soit au niveau de ma famille, de mes amis… Je ne l’ai pas vraiment caché dans mon entourage, et en ce qui me concerne, mais je crois que c’est… ça dépend après comment on vit la chose. Quand on le vit bien, je pense qu’on subit moins le rejet des autres, on ne s’isole pas, et puis… et puis ceux qui jugent, moi je… je les zappe en fait… ça me… comme tu disais ce matin…

Réda : Le filtre à con.

Zina : Un filtre à con voilà. Je suis très… je l’utilise aussi comme filtre à con. Bon c’est juste au niveau de… de mes enfants, je ne vais pas trop le dire dans… dans le voisinage, par, enfin, pour qu’eux, ils n’aient pas de… qu’ils ne subissent pas, parce que bon, ils sont encore un peu petits pour… pour gérer ça. Bien que mon fils, lui, ça va. Mais… voila. Mais c’est vrai que les mentalités, si, elles ont quand même, elles ont quand même un peu évolué, mais pas assez à mon gout quoi, quand même.

Mais bon je… bah voila je…

Réda :Et Jennifer, toi, sur le regard ?

Jennifer : Bah moi en fait, bon vue que j’ai grandi avec, j’ai que 21 ans d’un côté donc bon, moi pendant très longtemps je n’en ai pas du tout parlée, après je vois au tour de moi, bon bin déjà… je… ça… je ne dis pas que ça régresse non plus mais, enfin les gens ils, enfin… bon bah ouai ils acceptent, mais, bon bin tu as toujours des… cons hein, qui vont, qui vont te dire ah mais tu as le das, (sida), ouais t’es une pute. Voila.

Réda : Pour les filles c’est ça…

Jennifer : Voila.

Réda : Et pour les mecs ?

Ali : Bah apparemment…. Maintenant ils disent que chez les toxicomanes par voie intraveineuse, il y a eu une diminution. Bon là, ça, ça revient, la consommation d’héroïne, donc, ça, ça revient un peu plus, mais je pense que dans ce milieu, les gens ont au moins l’intelligence de… de faire attention. Quoi que, on est jamais… voilà…

Réda :Oui il y a des leçons, qui peuvent se…

Ali : Enfin voila…

Réda : Qui peuvent être vite perdus…

Ali :Mais en ce qui me concerne, par contre en ce qui concerne les mentalités, j’ai entendu des, des réponses au micro-trottoir, que…, des réponses aux questions qu’on aurait pu entendre il y a 20, 25 ans en arrière.

Réda : Comme si rien n’avait changé…

Ali : Voila, je n’ai vraiment pas le sentiment que les mentalités, elles on réellement changés quoi.

Réda : On va voir le problème de l’ignorance…

Jennifer :… Ça dépend…

Réda : On va écouter les derniers volets du micro-trottoir…

Jennifer :Oui, oui !

Réda :… avec des questions sur le mode de transmission. Ain et… on en parlera après avec Pierre et Moubaraka.

(Début du son )

Willfried : Alors, peut-on attraper le virus du sida en embrassant une personne séropositive ?

— Heuu je pense, oui

— Embrasser ? Comme ça ?

Alissa : Un bisou

— Un bisou

— C’est… c’est contaminé

— Ah oui aussi ?

— Je pense…

— Je pense que non…

— Peut-être si on est bisou très très passionné ! (rires) Mais normalement non.

— Ça dépend si, si… la personne je sais pas… a du sang dans la bouche… je ne sais pas. Mais… ce n’est pas trop sur mais, ça peut arriver, pourquoi pas…

— Non.

— Je ne crois pas.

Alissa :Peut-on attraper le virus du sida en buvant le vers d’eau d’une personne séropositive ?

— Heuu si on touche le… la trace de la bouche, oui. Mais si on boit par exemple de l’autre côté… non.

— Non.

— Non…

— Non.

— Je ne pense pas.

— Non.

— Puisque tout est en… tout est rapport avec le sang, donc voila, je… je… non.

— Non plus.

— Pareil, je ne crois pas non.

Willfried : Alors moi si, si moi je vous garantis que non, est-ce que vous me croyez ?

— Heuu… je ne prends pas de risque.

— C’est les deux…

— Oui ce n’est pas une différence

— Non

Willfried : La majorité des séropositifs, sont ils hétérosexuels ou homosexuels ?

— Ça peut être dans les deux cas… Bah oui c’est… c’est assez souvent… c’est le rapport entre un homme et une femme c’est sur. Mais après peut-être il y aura… d’autres situations.

— Majorité hétéro, même si… il y a une… il y une majorité qui est homo qui sont un peu touchés, mais voila, le sida ce n’est pas une maladie des homos. Je ne le vois pas comme ça. C’est une maladie comme voila…

— Heu… je pense que ça se vaut pour les deux, peut être même plus hétéro, je ne sais pas…

— Je pense hétéro aussi, plus.

Willfried :Si je vous dis que ce sont plus les hétérosexuels qui sont touchés ?

— Je ne sais pas heuu… Peut-être c’est… c’est normal…

Alisssa : Un séropositif, peut-il faire un enfant avec un séronégatif ?

— (rire) Il faut demander au médecin ça, c’est…

— Pour moi… je pense… non. Je ne pense pas. Malgré que la maman est malade peut-être, mais l’enfant… il peut qu’il soit… en bonne santé quoi.

— Oh ! Non… non… non.

— Heu oui, je crois que la chance est 50/50, non ?

c’est-à-dire il peut faire un enfant en bonne santé ? Je crois que c’était déjà arrivé mais je ne suis pas sûr.

— Ca oui je crois que c’est possible pour les mères mais il y a un petit… il y a… une faible chance quand même que l’enfant soit séropositif.

— Je pense que c’est quand même risqué.

Willfried : Alors justement, moi si je vous dis que moins de 1% des enfants qui… qui naissent de, de… de parents séropositifs ou sérodifférents, il y a moins de un pour cent de chance qu’ils naissent avec la maladie.

— Oui ce n’est rien, ce n’est pas beaucoup.

— C’est du progrès !
— Oui, oui ! C’est… je… je l’avais déjà entendu !

(fin du son)

Réda : Quatrième volet du micro trottoir, juste pour reprendre les questions, pour aller un peu vite. Peut-on embrasser le virus en embrassant une personne séropositive ? La réponse est non. Peut-on attraper le virus en buvant le vers d’eau d’une personne séropositive ? Non. La majorité des… séropositifs sont hétéros, et un séropositif peut tout à fait faire un enfant séronégatif, il y a des techniques d’assistance médicale à la procréation. Et surtout il y a les traitements antirétrovireaux qui permettent de… de faire ça. Et il y a chaque année en France 1500 femmes séropositives qui accouchent d’enfants en bonne santé. Voila, ça c’est pour… pas clore ce chapitre mais au contraire, demander, un petit peu au tour de la table, quand vous entendez, bah des gens qui disent, même si… voila enfin ça Willfried qui dit, non, non vous pouvez boire un verre d’eau, je préfère ne pas prendre de risques. Heuu Nabila, tu en penses quoi, quand tu entends ça ?

Nabila : Moi je suis triste, je suis vraiment triste, parce que… moi j’ai… j’ai trois enfants dont une qui est adolescente de 17 ans, peut être que j’ai bien fait mon boulot d’information en tant que mère, et j’hallucine devant ce… cette tranche de… jeunesse qui croit encore que… que comme il y a 30 ans, les gens croyaient que c’était contagieux, ça a commencé dans, déjà dans le domaine médical. Et je trouve ça triste qu’aujourd’hui, ces jeunes-là ne sont pas informés. Heuu… que… rester avec… s ’assoir, et boire un café, ou un verre d’eau, ou… tomber amoureux, d’une… d’une personne séropositive, n’est pas en soit contaminant, et que… les familles et les jeunes et les gens qui sont touchés par le VIH, vivent, boivent. Sinon on n’aurait pas eu d’enfants, nos enfants, on serait des criminels, on contaminerait nos enfants, donc.. or ? déjà au comité des familles, on a 80% des gens qui fréquentent le comité de familles sont des familles…

Réda : Et il y a des bébés tout le temps et partout, oui…

Nabila : Et les 20%, tous les, presque tous les 6 mois on a un bébé, voir deux bébés, qui naissent de couples séropositifs…

Réda : Et en bonne santé…

Nabila : Et en bonne santé làa…

Réda :… séronégatifs, il faut le préciser, par ce que les gens croient encore que c’est pas… c’est pas forcément le cas…

Nabila : C’est triste pour eux par ce que c’est, c’est un problème d’information, et je me dit, il y a, il y a eu de grosses lacunes là dessus, et… qu’on a beaucoup de boulot là dessus, et je compte beaucoup sur les, nos artistes et… en tout cas nous on le fait tous les jours…

Réda : Mais là dessus, justement, qui est responsable de cette ignorance ? Par ce que de nouveau, est-ce qu’il s’agit de stigmatiser quelqu’un qui ne sait pas je ne pense pas. Mais par contre dire que si les campagnes d’information ont mis autant de temps, par exemple depuis le…, le milieu des années 80, enfin depuis le début de l’épidémie, il y a des gens de toutes origines qui sont touchés. Mais la première fois où il y a une affiche avec, un noir ou un arabe, avec un message sur le sida, c’est en 2002. Alors que déjà, les deux tiers des personnes séropositives sont d’origines africaine et Maghrébine. Mais on a attendu du côté des pouvoirs publiques, que ça monte, que ça monte, que ça monte, tu vois ce…

Nabila : Mais c’est ce que, c’est ce que je dit, moi je, moi je pointe directement et sans détour les pouvoirs publiques, de toute façon depuis le début de l’épidémie… en tant que personne, et ça n’engage que moi, en tant que personne séropositive, ayant perdu un enfant de cette maladie, vivant avec d’autres enfants que je… que la médecine m’a permis de mettre au monde, fort heureusement, qui sont négatives, les pouvoirs publiques, sont responsables de la génération sacrifiée, sont responsables du manque d’information au prêt des jeunes aujourd’hui, et… je continuerai à… mettre le doigt dessus, advienne qu’advienne, jusqu’au jour où on nous dira que plus jamais, plus jamais notre jeunesse sera sacrifié de cette façon. Plus jamais les personnes qui sont issus soit de l’immigration par ce que, issus se l’immigration quand, quand on vois des jeunes arriver à la troisième génération, ils ne sont plus issus de l’immigration. Ils sont… ils sont Français ! Tout simplement. Donc, qu’on continue à… à ne pas le… leur donner, ce qui, ce qui leur revient de droit, ce qui leur reviens de droit de formation. En tant que citoyens, je trouve ça lamentable. Voila.

Réda : Moubaraka c’est ta première fois à l’émission…

Moubaraka : Ma première fois ouai…

Réda : Après avoir écouté tout ça et avant de passer à la rubrique culturelle proprement dite, qu’est-ce que tu fais de tout ça et de la mise en cause de Nabila, des différentes prises de parole, de la confrontation avec le fait qu’une certaine… à quel point l’ignorance perdure, à quel point la discrimination en découle…

Moubaraka : C’est clair, faut aussi penser aux médias qui ont pas fait leur boulot au niveau de la prévention… quand j’vois certains jeunes tout ça… dans la rue quand ils parlent du sida… c’est un peu choquant, c’est la faute des médias, donc nous même si on est un peu en bas de l’échelle, à notre échelle faut qu’on essaye de défendre le combat et de montrer que voilà c’est comme ce qu’ils ont voulu faire pour la grippe A, ils ont fait beaucoup…

Nabila : De tapage…

Moubaraka : …de pub pour rien du tout, pas pour rien du tout mais bon…

Réda : En tout cas les moyens ils les ont trouvés à partir du moment où c’était quelque chose qui ne menaçait pas seulement des arabes, des noirs et d’autres populations stigmatisées.

Pierre : Apprendre à te laver les mains… sauf que là on ne dit pas qu’il faut mettre une capote… où qu’il faut aller voir le médecin… où faire attention à ce qu’on fait…

Ali : Et les pouvoirs publics ils ont reconnu avoir fait une erreur dans la période là où ils n’ont pas mis les seringues en vente libre, dans la période où on disait que c’était que les filles faciles qui attrapaient le VIH et tout… ils ont simplement fait leur mea culpa à l’époque du « sang contaminé », quand ils venaient prélever du sang, quand une fois en prison j’étais chez les personnes en bonne santé, qui ignoraient qui était porteur, qui pensais sauver des vies, et qui malheureusement ont contaminé des gens.

Réda : Donc le « méga couscous des familles » c’est aussi une interpellation directe de tous ces responsables, de tous les gens qui ont du sang sur les mains où qui ont pu en avoir et qui depuis ont réussi à faire un peu de nettoyage… mais on a aussi une mémoire et heureusement pour nous tous les gens ne sont pas morts, il y’a des survivants, y’a des gens qui vivent avec le VIH depuis 20-25-30ans et hommage à eux aussi, et c’est pour ça aussi le 20 mars qu’on fera le méga couscous.

Transcription : Alissa Doubrovitskaïa et Yentl Coubes