Méga couscous des familles vivant avec le VIH
La machine à remonter au temps du premier Méga Couscous des familles : prises de parole et hommage aux disparus
5 mars 2010 (papamamanbebe.net)
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Reda : Pour mettre nos artistes, nos amis qui sont venus aujourd’hui, écouter dans l’ambiance du Méga Couscous. On va remonter dans le temps, le 8 décembre 2007. Et on va entendre les deux premières personnes qui avaient pris la parole ce jour-là. Donc, les gens, avant de commencer à manger, il y a eu d’abord un hommage, une minute de silence, et ensuite, ces deux prises de parole que je vous invite à écouter.
Début du son :
— Bonjour tout le monde. Merci d’être venus nombreux. Bah… nous sommes vraiment très heureux de vous accueillir parmi nous. Ça fait du bien de partager, disons… un repas en semble. C’est une convivialité. Je voudrais dire merci à tout le monde et demander qu’on fasse une minute de silence pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’être avec nous aujourd’hui. C’est-à-dire ceux qui ont été emportés par la maladie, qui n’ont pas eu la chance d’être avec nous. Donc, je demande une minute de silence pour eux… Merci (applaudissements). Bon, je voulais ajouter aussi. C’est vrai que quand on est malade, on est comme tout le monde. On n’est pas des gens à part. Aimons-nous nous-mêmes. Ceux qui ne le sont pas aussi, aimez-nous ! Nous sommes tous pareils. Voilà ce que je voulais vous dire. Je vous remercie (applaudissements).
— Messieurs et dames, bonjour ! Salam Alikoum ! J’ai 72 ans. Je suis père de quatre filles et deux garçons, divorcé depuis 1982. Depuis 25 ans, je n’ai pas vu mes six enfants. J’ai deux garçons, à l’âge mineur, à Marseille, qui sont devenus des toxicomanes, travestis et porteurs du virus du sida. Le premier, en 1994, il a été défenestré du douzième étage par la mafia de la drogue. Il a été enterré en Algérie, à Soukaras, ma ville natale, la ville où est né Saint-Augustin, berbère. Il a été enterré pour mort accidentelle. Deuxième enfant, en 2001, toxicomane, porteur du virus du sida. Il a été expulsé par sa propre mère. Arrivé en Algérie, à Annaba, il s’est remarié avec une épouse de ses beaux-parents. Il est mort trois ans après avec le virus du sida. En 2004, son épouse a disparu avec le virus du sida. Jusqu’à ce jour, j’ai su la mort de mes deux enfants qu’en 2006, qu’ils sont morts du sida. Je ne connais pas leur tombeau à Soukaras. Et tout ça, c’est la raison pour laquelle, je vais demander justice.
Fin du son
Reda : Les deux premiers témoignages, le 8 décembre 2007, en ouverture du troisième Méga Couscous des familles. Deux prises de parole fortes. Je vous invite à en écouter une dernière. C’était un papa qui avait lancé un appel puisqu’il y avait beaucoup de femmes qui avaient pris la parole et qui avaient parlé de leur expérience de mère. Voilà, j’ai un peu posé la question « où sont les pères ? ». Et en fait, vous allez peut-être reconnaître celui qui a pris le micro pour s’exprimer ce jour-là.
Début du son
Ali : En fait, vous parliez de la difficulté des pères qui sont séropositifs et des problèmes qu’ils peuvent rencontrer pour élever leurs enfants, ce qui est mon cas. Du fait que je suis séropositif depuis 1983. Je ne suis pas sous traitement. J’ai encore suffisamment de défenses immunitaires pour faire face à la maladie sans traitement. Et je trouve que c’est bien qu’il y ait… Les gens réagissent chacun par rapport à leur situation. Et en ce qui me concerne, je sais que très peu choses sont faites pour que les enfants… Maintenant, moi, mon fils va avoir 17 ans. Ils réagissent vis-à-vis de la maladie avec une certaine gêne, une certaine honte par rapport au fait que leurs parents sont porteurs de telle ou telle pathologie. Malgré le fait que ce n’est pas facile, c’est bien d’avoir le soutien de gens comme vous et de gens qui s’engagent. Merci.
Fin du son
Reda : Prise de parole d’un papa (rires). Ali, tu te reconnais ? Pour ne pas te citer.
Ali : Oui, bien sûr. C’est vrai qu’il y avait énormément de femmes qui avaient le courage de prendre la parole. Précédemment, on a entendu…
Reda : Il y a eu aussi le grand-père.
Ali : Voilà ! J’ai pas mal parlé avec lui. C’est vraiment ce soir-là que j’ai pris conscience qu’on était pas isolé chacun dans notre coin, qu’il y avait la possibilité de, justement, différents parcours, différentes trajectoires ayant mené à la contamination par le VIH. Si ça pouvait perdurer, ce qui est le cas. Tu m’as demandé de le faire et c’est la première où je me suis réellement exprimé sur le sujet.
Reda : Après combien d’années ? Après quoi, 20 ans ?
Ali : C’était en 1977, donc tu me comptes 24 ans, quoi ! Que je m’exprimais en public, je veux dire.
Reda : Et tu étais loin d’être le seul qui parlait pour la première fois publiquement.
Ali : Ah oui, non. Il y en a eu d’autres.
Reda : Donc, le Méga Couscous, c’est ça. C’est né d’une idée simple. C’est que dans une lutte quelle qu’elle soit. En l’occurrence, celle mener pour survivre au sida. Il n’y a personne qui peut parler à la place des premiers concernés. L’idée que les gens, eux-mêmes, sont capables de mener leur propre combat, c’est comme ça qu’on est arrivé à faire ça. C’est vrai qu’en 2005, quand on a fait le premier. Les gens nous disaient « ça ne va pas marcher ». Enfin, il y avait beaucoup de gens qui nous prédisaient l’échec. C’est-à-dire l’idée de faire un grand repas, inviter les familles qui vivent avec le VIH, on se disait « bah, ils ne viendront pas. Les gens ont trop peur. Les gens sont dans la honte ». Mais il y a beaucoup de gens qui n’en sont plus là et le Méga Couscous en est la preuve. Donc, j’aimerais demander aux uns et aux autres… J’ai Tina, qui est juste en face de moi, qui y étais, à ce Méga Couscous en 2007, celui de 2006 aussi. Il y a Nabila qui était au tout premier en 2005. Donc, il y a des gens autour de la table qui connaissent déjà, ceux qui ne connaissent pas. Qui a envie de… peut-être demander à Pierre et Moubaraka de réagir par rapport à ce que vous avez entendu des trois témoignages.
Pierre : Euh…
Reda : Vous ne vous y attendiez pas.
Moubaraka : Franchement, ça me touche vraiment. Voilà… c’est dur. Mais nous en tant qu’artiste, on doit essayer de ramener ça quand il y aura la journée, amener de la bonne humeur. Parce que, voilà, en tant qu’artiste, on ramène des messages d’espoir. Voilà, on va faire ça dans la bonne humeur, amener de la joie, qu’ils ne se sentent pas délaissés. Nous, on est là, on est engagés pour eux. Voilà, il n’y a pas longtemps, j’étais aux États-Unis et au Canada. J’ai fait une tournée là-bas et tout. La mentalité des gens là-bas, ils sont très solidaires. Dès qu’il y a une cause, tout le monde est dedans. Ici, il n’y pas trop ça. Quand j’entends parler des Sidaction, c’est une fois par an. Alors que normalement, c’est tous les jours, ça devrait se faire. Les gens doivent donner, faire des donations. C’est clair que c’est la crise et que les gens n’ont pas trop d’argent. Au moins, un soutien moral, c’est vraiment important. Quand là, j’ai lu un message qui m’a vraiment touché. C’est « jeune beur18 ». Il a appris qu’il est contaminé. Il ne sait pas quoi faire. Il flippe. Ce sont des gens comme vous, comme moi, des artistes que ce soit des sportifs ou n’importe… On doit les soutenir et il ne faut qu’ils se sentent délaissés.
Reda : Jennifer est notre correspondante venue de Haute-Savoie. Ça va être ton premier Méga Couscous cette année, je crois. Tu vas être avec nous.
Jennifer : Oui
Reda : OK. C’est sûr, c’est confirmé.
Jennifer : Sûr et confirmé. J’ai envoyé la demande.
Reda : Officiel.
Jennifer : Officiel !
Reda : Quand tu entends ces prises de parole de 2007, comment tu imagines ce Méga Couscous, ça va être comment ?
Jennifer : Chaleureux. Fort en émotion. On va bien manger (rires). On va faire du partage.
Reda : Pierre avait eu la franchise de commencer par là. L’appel du ventre.
Jennifer : Voilà, l’appel du ventre. Et puis, vraiment, partager avec tout le monde. Rencontrer encore d’autres personnes. C’est ça aussi qui m’intéresse. Donner de la bonne humeur. Enfin, tout ça. Essayer d’être tous solidaires et tous égaux. Que ça ramène encore plus de monde pour la même cause.
Reda : C’est un rêve qui devient réalité le 20 mars 2010. Cela se passe à la Maison de la jeunesse de Saint-Denis, ça va être la première fois qu’on le fait là-bas et pas la dernière. On verra. On espère plein d’artistes. Et là, un coup de chapeau à Ousmane parce que c’est lui qui travaille d’arrache-pied depuis plusieurs mois pour essayer de faire en sorte que les artistes qui ont envie de montrer leur solidarité puissent le faire. On va écouter maintenant… On va partir à Saint-Denis. Là, on était en 2007. On va voyager jusqu’à Saint-Denis pour écouter le micro-trottoir de Wilfried. Tu peux résumer ce que tu as pour nous.
Wilfried : Là, on était à Saint-Denis Université. Donc on aura…
Reda : Des étudiantes !
Wilfried : En partie, pas seulement.
Reda : Dis la vérité !
Wilfried : Oh non (rires) ! Étrangères, en plus. Non, mais voilà. Ça va parler un peu de couscous, de Méga Couscous mais aussi un peu de sida et de ce qu’ils en pensent.
Transcription : Wilfried Corvo
