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Fête des Amoureux | France Lert

Pour France Lert, la Soirée Séromantique est le parfait complément de la trithérapie

18 février 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : France Lert vous êtes, avec Gilles Pialoux, l’auteur d’un rapport sur la réduction des risques sexuelles. Dans ce rapport, vous parlez de ces soirées séromantiques. J’avais eu l’occasion d’exposer tout le bien que ça pouvait apporter aux personnes séropositives et ceux qui les aiment. Est-ce que, après avoir entendu ces prises de paroles, vous pouvez partager votre regard, votre sentiment, votre réaction après les avoir écoutées, du direct, à chaud, dans des conditions très difficile des fêtes, cette fête organisée à Pau.

France Lert : Je crois, effectivement que l’organisation de ces rencontres pour les personnes séropositives et les personnes qui s’intéressent à elles, c’est quelque chose qui est clée dans la situation et qui reconnaît la difficulté particulière des personnes qui vivent avec le VIH, à nouer des relations sexuelles qui sont absolument...et plus exactement de retrouver une sexualité avec toute la dimension à la fois de satisfaction sexuelle et la dimension affective qui est absolument essentielle à la qualité de leur vie et à leur santé puisque ça ne servirait à rien d’avoir des traitements efficaces si c’était pour avoir une vie qui est comme ça, amputée d’un aspect extrêmement important. Et l’ambiance et l’enthousiasme qu’on sent auprès de cette jeune femme qui a organisé cette soirée séromantique pour la Saint-Valentin, c’est aussi de reconnaître que les besoins des séropositifs sont singuliers à cause de la discrimination et à cause de la difficulté particulière pour ces personnes d’avoir à un moment ou un autre, et par forcément le premier moment, mais ce moment qui est anticipé d’avoir à parler de la séropositivité, qui est quelque chose de très difficile et qui expose les personnes concernées parfois à des refus et des expériences qui sont extrêmement traumatisantes. Et je crois que reconnaître ce besoin singulier, de cette façon festive, c’est aussi une façon d’accompagner, de façon positive la vie des personnes vivant avec le VIH. Et c’est en ce sens que, à la fois du point de la prévention et à la fois du point de vue de la qualité de vie des personnes qui vivent avec le VIH, ces soirées séromantiques, quand vous nous avez présentés, au cours de notre mission, sur la réduction des risques, elles nous ont séduit et elles nous ont illustré finalement un exemple de ce qui peut être fait au niveau associatif avec la participation des personnes directement concernées.

Reda : Comment ça se fait que dans la lutte contre le VIH, ça semble tellement évident, une fois que c’est fait. Une fois qu’on a commencé à organiser ça on s’est dit mais comment ça se fait que tout le monde ne fait pas ça, c’est-à-dire des actions ayant pour objet de répondre à ces besoins psycho-affectifs, affectifs et sexuels aussi, vous l’avez dit cash. Nous c’est vrai qu’on l’enrobe avec du sucre, on parle d’amour, on parle de la Saint-Valentin. Mais on dit aussi que si une personne vient lors de ces soirées et a, ne serait-ce que l’occasion d’avoir un rapport sexuel dans de bonnes conditions avec quelqu’un et passer un moment agréable, il n’y a pas besoin tout de suite de parler de bébé, de mariage et tout le reste, ça fait partie des choses de la vie. Est-ce que vous avez le sentiment, y compris pour nous les associations, mais que les acteurs de la lutte contre le VIH, on minimisé ou écarté, un petit peu marginalisé ce volet-là des besoins ?

France Lert : Je pense que principalement, on est resté sur le principe que dans une première rencontre il n’est pas nécessaire pour les partenaires de parler de leur séropositivité puisque le préservatif doit s’imposer comme un mode de prévention. Et qu’en quelques sortes, la question n’était pas d’actualité, notamment parce qu’on avait le sentiment que ça allait nourrir la discrimination à l’encontre des personnes séropositives. La réalité c’est que les personnes séropositives expérimentent la discrimination plus ou moins rapidement quand elles annoncent leur séropositivité à leur partenaire et que, de fait, elles se retirent à ce moment-là, soit de la prévention, en n’annonçant plus leur séropositivité à leur partenaire, par crainte de renouvellement d’une expérience aussi traumatisante ou bien alors, elles s’abstiennent d’avoir des relations ce qui est préjudiciable à leur santé. Et donc je crois que le principe de réalité, c’est là où les associations par le témoignage des personnes directement concernées est absolument clé, c’est de dire, bah non on a d’autres besoins, il y a d’autres façons de lutter contre la discrimination, c’est d’affirmer notre droit à la sexualité, de le montrer, dans les soirées telles qu’elles sont organisées. Je crois qu’il faut accepter ça, d’autant qu’aujourd’hui on sait que pour la prévention, il y a différents moyens, il y a différentes ressources et le préservatif, si on le met comme principe de base de toute relation, tout le monde doit savoir l’utiliser, tout le monde doit être capable de le proposer, mais en même temps il faut reconnaître aussi la difficulté à l’utiliser, surtout la difficulté à verbaliser la séropositivité et le fait d’être dans un groupe qui reconnaît l’importance de cette question, qui reconnaît d’autre façon d’agir, ça permet à chacun de développer des façons d’être pour sa propre santé.

Reda : Vous avez entendu Fred au bureau des réclamations de l’émission. On a cette autre message. C’est un petit une vielle chimère bien française, quelqu’un qui nous dit : « je trouve ça flippant de faire des soirées que pour les séropositifs. D’un côté on a les médias et certains acteurs du sida qui dressent constamment une image noire du HIV et de l’autre les mêmes et d’autres qui crient à la discrimination. Rien est gagné mais il y a tellement de progrès et surtout des nouveaux séropositifs qui ont eu des traitements plus soft. En France, on cache les trouvailles du professeur Hirschel etc. A qui profite cette image toujours aussi noire qui fait peur ? A qui ? » Bon le message est un peu confus mais en tout cas, il y a cette idée que faire des soirées ghettos, que les soirées séromantiques seraient une espèce de ghetto pour les séropositifs. J’aimerais laisser Zina, Sofi et Ousmane répondre à ça. Sachant que tous les trois vous y étiez et d’ailleurs on a débauché une de nos stagiaires, Sandra, bonjour.

Sandra : Bonjour.

Reda : Bienvenue.

Sandra : Merci.

Reda : Elle était avec nous dimanche après-midi pour faire la fête aussi et pour fêter l’amour. Alors comment est-ce que vous, vous répondez à cette interpellation ?

Zina : Moi je ne suis pas d’accord parce qu’en fait ce n’est pas réservé uniquement aux séropositifs, c’est les séropositifs et ceux qui les aiment. Il y avait des séropositifs, des séronégatifs, et puis il faut reconnaître aussi que c’est quand même assez pratique en tant que séropositif, pour pouvoir faire des rencontres, ça baisse le voile, il n’y a pas besoin de...

Reda : D’être sur ses gardes, d’appréhender l’annonce...

Zina : Voilà, c’est vrai que ça facilite beaucoup les rencontres quoi. Donc je le redis, ce n’est pas vrai, ce n’est pas réservé qu’aux séropositifs, c’est les séropositifs et ceux qui les aiment.

Reda : Sofi toi comment... ?

Sofi : Je suis assez d’accord avec Zina. L’annonce à un partenaire séronégatif quand on est séropositif c’est toujours quelque chose de difficile, donc le fait de provoquer des occasions pour rencontrer des personnes qui sont comme nous et sans qu’il y ait de tabous et quoique ce soit. C’est un choix qu’on offre aux gens en fait. Pourquoi refuser d’en faire si ça permet vraiment aux gens d’être à l’aise et de rencontrer quelqu’un ?

Ousmane : Moi je dirais que, pourquoi ghettoriser ? C’est ça ?

Reda : Oui, on parque les séropositifs !

Ousmane : Ce n’est pas vraiment question de parquer. Déjà quand on dit qu’on les parque, ce qu’on ne peut pas non plus passer dans les médias pour dire on organise une soirée forcément...Là on va dire qu’on les parque, là ce n’est pas le cas, c’est ouvert à tout le monde. Moi je me dis, à partir du moment où on va dans les médias pour dire voilà les séropositifs on une soirée pour leur permettre de se rencontrer, c’est là où vraiment on les met dans des catégories. Mais là ce n’est pas du tout le cas, c’est vraiment ouvert à tout le monde et surtout c’est bien dit, aux séropositifs et ceux qui les aiment.

Reda : Oui mais ça, c’est bien gentil, mais on sait très bien qu’il y avait très peu de séronégatifs présents dans la soirée d’une part. On a eu aussi des retours de situation où par exemple une personne séronégative a pu se faire jeter par un séropositif qui lui dit : « bah non moi j’ai envie d’être avec un autre séropositif, parce que comme ça, se passer du préservatif, c’est plus simple à envisager », on ne va non plus faire...

Ousmane : Je suis parfaitement d’accord avec toi. Mais néanmoins, reconnais qu’à cette soirée là il y avait des séronégatifs ?

Reda : Oui, personne n’avait d’étiquette sur le front.

Ousmane : Moi, j’ai parlé à un monsieur qui était venu de Nice, donc pour la soirée séromantique, de très loin, qui m’a dit : « Dis moi est-ce qu’il faut que je dise ou pas ? » Je lui ai dis écoute, dès que tu mets les pieds ici, tu n’as vraiment plus à te mettre un masque. Une personne te plait, tu lui parles comme si tu l’avais rencontrée dans la rue, il n’y a pas de gêne. Donc pour lui en fait il se disait, est-ce qu’il fallait dire ou pas ? Dès lors où c’est vraiment ouvert, il n’y a vraiment pas de, je me vois mal dire que c’est un ghetto de séropositifs.

Reda : Je trouve que c’est légitime, quand bien même, les séropositifs diraient on n’a pas envie de devoir jongler entre annoncer ou pas annoncer. Mais après, ce n’est pas le partie pris de ces soirées telles qu’elles sont organisées et puis il y a cette formule qui, pour moi ce n’est pas une formule magique, ça ne règle pas tous les problèmes, les séropositifs et ceux qui les aiment, ça replace la problématique de l’amour, là ou elle doit être, moi ce qui m’a toujours frappé par rapport à ces soirées depuis le début c’est l’ambiance dans laquelle elles se déroulent parce que, ce n’est pas un speed dating, ce n’est pas un meetic, ce n’est pas une espèce du marché du sexe, c’est comme une soirée entre amis où au début de la soirée personne ne se connait et puis à la fin de la soirée, il y a des gens qui repartent en couple et puis il y a aussi pleins de gens qui repartent avec des nouveaux amis.

Ousmane : C’est ça qui est important.

Reda : Voilà, et Sandra ? Toi qui est venu, tu aimes les séropositifs ?

Sandra : Bah bien sûr, oui. Je pense que tu l’as bien compris, je suis souvent maintenant, dès qu’il y a une fête, je suis là. Quand il dit : « je trouve ça flippant », je ne vois pas ce qu’il y a de flippant, je ne comprends pas sa formulation et puis, tout simplement je pense qu’il n’y a pas compris qu’il y avait un besoin pour les personnes séropositives de se retrouver et comme on l’a dit, l’annonce, le rejet, tout ça, voilà, ça facilite je pense.

Reda : France Lert sur cette question de ghetto des séropositifs, les soirées séromantiques.

France Lert : Moi je pense qu’au contraire c’est quand même une ouverture et aussi l’affirmation du droit à la sexualité. D’un droit concret c’est-à-dire que le droit à la sexualité personne ne va le nier. Mais dans la réalité, quand on observe des années de campagnes contre les discriminations de campagne pour faire comprendre ce qu’est la vie avec la séropositivité, ce que nous racontent les personnes, ce sont ces difficultés récurrentes. Et donc affirmer à la fois par la fête que c’est un droit, plutôt que simplement faire des pancartes et de manifester, de dire bah voilà, non seulement on va le dire et on va le faire et vous dites, ceux qui les aiment, c’est vrai que la vie avec la séropositivité, c’est quand même une vie qui est un petit peu particulière, il y a des personnes pour lesquelles, devoir partager cette expérience, expérience du traitement, expérience d’aller à l’hôpital, expérience récurrente, d’avoir des liens un petit peu perturbés avec sa famille etc. C’est une façon de construire sa propre vie. Mais ce n’est pas parce qu’il y a la soirée séromantique que tout est gagné parce qu’après franchement l’amour c’est quand même un peu...une carrière assez compliquée, donc il va falloir le construire mais c’est à la fois, je pense, ça donne du punch aussi aux gens pour affronter les expériences de la vie quotidienne, donc je pense que c’est très bien.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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