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La Saint-Valentin, séromantique

12 février 2010 (bakchich.info)

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En France, près de 150 000 personnes sont séropositives. A quelques jours de la Saint-Valentin, Reda, du Comité des familles, aborde les clichés liés à la séropositivité.

« Plus d’un quart de siècle » qu’il vit avec le virus. Ben, le coordinateur valenciennois de cette soirée organisée par le Comité des familles, a découvert sa séropositivité en 1989.

« A l’époque, on déclarait qu’on allait mourir. J’ai largué mon compte épargne, j’ai laissé tomber mon rêve d’avoir une ferme dans l’Avesnois. » Dommage pour le plan épargne et la ferme avesnoise car, vingt-cinq ans plus tard, il est toujours là, s’apprêtant à faire la fête samedi. Ben appartient à cette génération dite « sacrifiée ». Et à discuter avec lui, on mesure combien le VIH continue à colporter les clichés, souvent nés dans les années 80, lorsqu’on nous promettait la peste du XXIe siècle. Vous avez dit clichés ? Doux euphémisme. Ben préfère carrément parler de « stigmates » ressentis « dans la vie de tous les jours ».

« On vit comme un paria. » Même en 2010. Reda, responsable du Comité des familles, parle lui de « rejet malgré tous les efforts de communication ». Un rejet, un réflexe presque, en dépit des bons sentiments souvent affichés. « Deux tiers des personnes refusent de partager un verre d’eau avec une personne séropositive », explique le responsable du Comité des familles, arguant d’un récent sondage. « 80% des gens disent qu’ils ne feraient pas l’amour avec une personne séropositive même protégés. » Et de rappeler que le Sida n’est pas une maladie contagieuse dont le virus se véhicule par l’air, mais une MST (maladie sexuellement transmissible).

Des dizaines de milliers de couples sérodifférents

Mais on aura beau dire, le Sida continue à effrayer. Et parce qu’on a contracté le VIH, alors on doit vivre en sursis. Privé d’amour, naturellement. Faux, clame Ben. « Grâce aux nouvelles thérapies, on peut prétendre à l’amour et même avoir des envies de bébé. » Sans transmettre le virus à l’enfant.

« Beaucoup de jeunes ne savent pas tout ce que la médecine a rendu possible, ajoute Réda. Une personne malade demeure forcément une personne amaigrie, au visage émacié, avec des boutons… Ou au contraire, des jeunes pensent que c’est une maladie qui se guérit. » Certains y verront à travers ces stigmates une façon de prévenir les comportements à risques. Réda, lui, préfère « dédramatiser » en prenant bien garde toutefois de ne pas « banaliser » la maladie. « Il faut dire la vérité. Dire qu’aujourd’hui, en France, près de 150 000 personnes sont séropositives et qu’il existe des dizaines de milliers de couples sérodifférents. Dire qu’on peut continuer à vivre avec le Sida à partir du moment où on a accès au traitement. Aujourd’hui, on meurt avant tout des complications liées à ce traitement. »

Alors parce que le Sida continue à entraîner le rejet, cette Saint-Valentin séromantique restera discrète. « Un peu familiale », comme le dit Ben. Une soirée pour les personnes touchées par le syndrome, leurs proches, les partenaires qui les accompagnent tout au long de l’année. Et plus généralement, les personnes dépourvues d’a priori qui viendraient en « bonne intelligence ». « L’idée est de favoriser la rencontre et le lien avec l’autre », explique Ben. Afin d’éviter le repli sur soi. On appelle, on réserve et on vous rappelle plus tard pour vous communiquer le lieu exact de cette soirée quelque part dans le Valenciennois. Pourquoi tenir le lieu de la soirée confidentiel ? « Si les personnes séropositives savent qu’il existe un lieu identifié et connu de tous, certaines ne viendront pas de peur d’être vues. »