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Projet Madeleine Amarouche | Yann

Changer le regard des jeunes sur les séropositifs, c’est possible ! Yann teste trois lycéennes pour en obtenir la preuve

3 février 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : On n’est pas fatigués ! Puisque le projet Madeleine, monté par le Comité des familles en hommage à Madeleine Amarouche, décédée le 28 novembre 2007, continue. Et ça commence à vraiment voler de ses propres ailes grâce au travail considérable de pas mal de monde quand même. A commencer par Sofi qui est derrière la vitre, qui est là pendant l’émission, qui nous écoute de loin. On a eu droit, la semaine dernière, à une visite surprise pour moi, à la Maison des familles, de trois lycéennes. Pas les mêmes que celles qui étaient invitées à participer à l’émission la semaine dernière. Elles s’étaient rendez-vous avec Yann et Sofi pour parler de la vie avec le VIH. Yann et Sofi sont deux personnes qui se sont engagées à témoigner dans le projet Madeleine. Ali, tu peux nous dire qu’est-ce qui te motive, qu’est-ce qui t’as donné envie d’aller comme ça devant les jeunes, parler de ton parcours, de ta vie ?

Ali : Avant, je pense que c’est le vécu, d’avoir pris, je dirais, presque d’entrée de jeu les pathologies quand elles sont arrivées et comment elles se sont répandues. Ensuite, de voir qu’il y avait des gens autres que les grosses écuries, que les grosses associations au travers desquelles je ne me reconnaissais pas nécessairement. J’ai trouvé justement des personnes qui abondaient dans le sens où il fallait essayer de changer un certain nombre de choses pour les familles en l’occurrence. Quand je dis « famille », c’est par : mères, enfants et pères. Et donc, mon engagement vient de là et également parce que j’ai travaillé dans le milieu associatif.

Reda : On va entendre les lycéennes parler de leur première prise de contact avec le comité, enregistré par, une fois de plus, Sandra.

Début du son :

- C’est un projet de l’école avec la nouvelle réforme où ce sont des activités interdisciplinaires, où chacun par groupe de trois, prend un sujet. On a choisi le sujet du VIH.

Sandra : Comment vous avez connues le Comité des familles ?

- Lors de la conférence quand ils sont venus au Lycée Jean Renoir.

Sandra : Donc aujourd’hui, vous avez rencontrées Yann. Vous pouvez nous expliquer un peu comment ça s’est passé, quelles démarches vous avez faites pour le contacter ?

- Ils sont venus dans notre lycée pour faire une conférence. Il nous a donné ses coordonnées, on l’a contacté parce qu’on réalise un dossier sur le sida. Donc, on a voulu un entretien avec lui pour lui des questions pour avoir plus d’informations. C’est un sujet qui touche beaucoup de personnes et elles ne sont pas beaucoup informées.

Fin du son

Reda : Première prise de contact de ces lycéennes du lycée Jean Renoir à Bondy. Elles vont maintenant nous dire ce qu’elles ont appris à travers ces échanges avec des personnes qui peuvent parler du VIH ?

Début du son

Sandra : Qu’est-ce que vous avez retenu de cette conférence, qu’est-ce qui a le plus marqué ?

- C’est que ça peut toucher tout le monde. Les personnes séropositives ne sont pas étrangères à nous. On peut les aider.
- J’ai appris qu’on pouvait avoir des enfants séronégatifs. Quand une femme a dit qu’elle a eu le sida parce que son mari allait voir ailleurs, on se dit qu’on ne peut avoir confiance en son conjoint.

Fin du son

Reda : La confiance ne protège pas du sida. Amina, comment est-ce que tu réagis ? Il y a quelque chose de formidable qui est en train de se passer au Comité des familles. Pleins de jeunes qui, du coup, s’intéressent à la vie avec le VIH et qui se demande, quand on a ce virus dans le sang, comment se passe la vie quotidienne, les traitements, l’amour, tout ça… Qu’est- ce que tu en penses de ça ?

Amina : C’est formidable. Quand on voit que des lycéennes sont intéressées par cette maladie. Par contre, nous, en Algérie, on commence à faire ça. Ils commencent à aller dans les associations… les volontaires de l’association vont dans les lycées. C’est encore un tabou pour nous parce qu’ils ne peuvent pas parler de sexualité. Parce que les enfants, en Algérie, ne peuvent pas avoir de relation tant qu’ils ne sont pas mariés, donc c’est encore tabou.

Reda : Donc il y a encore un conservatisme sociale.

Amina : ça peut arriver. Bon, c’est vrai qu’ils ne se privent pas les enfants en Algérie. Enfin, les…

Reda : Mais est-ce que tu arrives à imaginer un cadre dans lequel tu pourrais rencontrer des jeunes femmes qui vont se marier, par exemple, et leur raconter ton histoire et qu’elles écoutent dans le respect. Et qu’après, elle tire leur propre conclusion.

Amina : Ici ou là-bas ?

Reda : Que ce soit ici ou là-bas ? (rires)

Amina : Ici peut-être mais en Algérie… Déjà, quand je vois… – bon, je parle toujours de l’Algérie parce que j’ai vécu là-bas – Quand je vois que des médecins ne sont pas vraiment… quand une femme séropositive va accoucher et qu’ils ne la prennent pas en charge, ça me fait peur. Au niveau des hôpitaux, on a vu pleins de femmes qui allaient accoucher. Ils ne les prennent pas en charge. Ils ont tout de suite peur. Ils les envoient ailleurs. Elles courent dans chaque hôpital mais c’est la même chose. Et ce sont des médecins, ce ne sont pas des gens ignorants.

Reda : J’espère qu’on aura l’occasion de parler de cette situation en Algérie et de ton témoignage. Ces lycéennes nous disent, donc, avoir appris pleins de choses. A commencer par le fait que c’est possible de faire un enfant. Voici ce qu’elles ont appris d’autres.

Début du son :

Sandra : Aujourd’hui, en venant ici, est-ce vous avez appris encore plus de choses ?

- On a appris ce qu’ils ont vécu, le quotidien de « personne séropositive ».

Sandra : Ils ont répondu à toutes vos questions ?

- Oui. A toutes nos questions.

Yann : Sans tabou.

Sandra : Est-ce que dans votre lycée, vous étiez déjà informées sur le sida, un petit peu ou pas du tout ?

- Bah moi, je connaissais des choses. Je sais comment ça s’attrape, qu’on peut faire un dépistage. On va dire que je sais les bases.

Sandra : Est-ce que vous trouvez que ces bases, c’est suffisant ?

- Non, pas assez. Je pense qu’il faudrait justement faire plus de conférences comme il y a eu. Avertir plus les gens, qu’ils se rendent compte quoi. Oui. Les sensibiliser.

Sandra : Est-ce que maintenant, aujourd’hui, vous pourriez sortir avec un garçon qui est séropositif ?

- Oui. Justement.

Sandra : Est-ce que vous avez un message particulier pour les jeunes de votre âge à propos du sida ? Est-ce que maintenant vous en parlez plus avec vos copains et copines ou c’est un sujet qui reste encore tabou ?

- Ce n’est pas un sujet tabou pour moi. Après, ce que j’ai à dire, c’est « protégez-vous ! » et les personnes séropositives sont comme nous. Ce n’est pas en les touchant qu’on attrape le VIH.

- Et puis même, ce n’est pas dramatique d’avoir le VIH. C’est rien quoi, c’est une maladie comme une autre. Et puis voilà, il faut se battre, avoir le moral et le soutien de plusieurs personnes.

Fin de son

Reda : A dire, ce n’est pas banalisé, ça dédramatise, mais je n’ai pas l’impression qu’elles disent « Bah… C’est rien le VIH ». C’est plus… c’est possible de vivre avec. Nabila… Tu n’es pas convaincue.

Nabila : Je suis un petit peu mitigée. Sur les premiers témoignages, effectivement, je suis assez épatée que des jeunes, qui ont l’âge de mes enfants, ne banalisent pas le VIH, bien entendu, et considère que les personnes séropositives sont comme tout le monde. Je dirais que c’est un pas de géant. Par contre, dire que ce n’est pas dramatique. Je conseille à ces jeunes filles, qui ont l’âge de ma fille, de ne pas l’attraper parce que l’attraper, c’est une tragédie en soi. C’est dramatique d’attraper le VIH tout en sachant, de nos jours, comment se protéger. Evidemment, si on l’attrape accidentellement et que ça arrive. On est à l’abri de rien dans la vie. Evidemment, il y a des moyens pour pouvoir vivre correctement avec la maladie. Mais ne pas dire d’emblée, quand on est séronégatif, que c’est rien le VIH.

Reda : Autre question, quand elle semble dire, comme au moins une des lycéennes qui était à l’émission mardi dernier, qu’elles seraient prêtes à s’engager avec un jeune homme séropositif. Est-ce que vous pensez qu’elles se sentent obligées de dire ça face à nous, Comité des familles, ou qu’il y a une vraie part de sincérité, ou en tout cas, qu’elles n’excluent pas d’office une relation avec quelqu’un de séropositif. Est-ce qu’elles se sentent obligées ou bien, c’est pour de vrai ?

Nabila : Pourquoi ? Pourquoi des jeunes filles se sentiraient obligées de faire plaisir à quelqu’un ?

Reda : C’est difficile à assumer de nous dire… face à des séropositifs, de dire, « Bah non, moi, je ne pourrais pas, ça ne serait pas possible pour moi.

Nabila : Je connais pleins d’enfants de séropositif qui disent « moi, je ne sortirais pas avec un séropositif » parce que je connais les difficultés. Ce n’est même pas par rapport à la stigmatisation.

Reda : Ce n’est pas une discrimination dans ce cas-là ?

Nabila : Si. On en a plusieurs. C’est comme la fièvre.

Reda : Si moi, je ne veux pas sortir avec les grosses…

Nabila : Derrière la fièvre, il y plusieurs causes, Reda. Donc, il y a des gens qui ont peur de vivre avec une personne séropositive parce que, pour elles, ça correspond à une difficulté dans la vie à gérer quelque chose de très lourd. Et puis d’autres personnes qui peuvent être stigmatisant et qui n’ont pas d’informations du tout sur ce qu’est le VIH. Et malheureusement, on est dans la majorité là-dessus.

Reda : Et toi, Tina, cette visite des lycéennes et les différentes questions soulevées, tu en penses quoi ?

Tina : Pour la question, quand elle dit que « ce n’est pas dramatique ». Pour moi, sur le VIH, c’est ce que la société en fait. Pour moi, je comprends qu’elle veut faire comprendre que ce n’est pas dramatique, que c’est ce que c’est. C’est un virus avec tous les traitements qu’il faut prendre si nécessaire, le fait de devoir se protéger. Mais c’est vrai que pour moi, d’un point de vue médical, le VIH n’est pas dramatique. Peut-être aussi parce que les personnes plus récemment contaminées, bénéficient de meilleures traitements et ainsi de suite. Mais c’est frai que le virus en lui-même, n’est pas dramatique. Il est embêtant. Il faut, à tout prix, éviter de l’avoir.

Reda : C’est aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine. Ce qui dramatique, ce sont les gens qui l’ont…

Tina : Grâce aux progrès, on peut avoir des enfants. Il y a des choses vraiment dramatiques. La mort d’un enfant, c’est dramatique. Je ne mets pas un virus qu’on peut traiter aujourd’hui, à la même…

Reda : Traiter sans guérir quand même, ça c’est important de le rappeler. C’est là qu’il faut qu’il n’y ait pas d’équivoque dans les messages qu’on donne.

Tina : ça reste vraiment grave, ça reste vraiment un problème mais ce qu’il le rend dramatique finalement, quand même, c’est ce qu’en fait la société. Ce qui a été dramatique pour moi, ce n’est pas du tout le côté médical, c’est ce qu’en a fait la société. La vie qu’elle nous oblige à vivre. Ensuite, la question de savoir si elles sont sincères « de dire oui, je serais d’accord pour sortir avec un homme séropositif ». Je pense qu’en tout cas, elles connaissent mieux la réalité de la vie avec un homme séropositif.

Reda : Pour savoir ce que ça implique.

Tina : Elles pourront mieux trancher, faire un choix en connaissance de cause.

Reda : Elles ne vont pas le rejeter parce qu’elles vont s’imaginer qu’elles ne pourront plus faire d’enfant ou qu’il va mourir tout de suite. Elles vont savoir que c’est faux.

Tina : Après c’est une question d’amour et de personnalité. Maintenant elles savent dans quoi elles s’engagent. Je pense que ça, c’est l’essentiel.

Reda : De toute façon dans l’amour, quelqu’un qui dit « je ne veux pas sortir avec les grosses et les moches, qui peut le lui interdire ? Est-ce pour autant une discrimination ?

Nabila : Si c’en est une !

Tina : Je pense que l’amour fait parfois déplacer des montagnes. Il y a une personne qui peut dire « Non, moi, jamais je ne sortirais avec un séropositif » et tac ! A cause de l’amour, ça se passe quand même.

Reda : Ou il peut y avoir des hommes qui disent ça et qui tombent amoureux d’une femme grosse et moche, par exemple (rires).

Tina : Aussi

Reda : Pour compléter, l’avis de Yann, sur cette rencontre avec les lycéennes puisque c’est lui qui en était à l’initiative.

Début du son

Yann : Je trouve ça formidable parce qu’après la conférence qu’on a fait sur le lycée à Bondy. J’ai reçu un coup de fil, il y a une semaine de ce groupe de trois élèves qui demandaient de continuer à nous rencontrer pour le projet de fin d’année, si j’ai bien compris. Et pour agrémenter encore plus leur dossier et leurs connaissances sur le VIH. J’ai pu, peut-être, mieux répondre à leurs questions vu qu’elles sont venues avec un questionnaire bien précis, et en plus, il y a une autre amie du comité, Sofi, qui a pu répondre sur son parcours de vie. On reste en disponibilité pour elles, si elles avaient besoin de nous rencontrer de nouveau, si elles avaient des questions qui viennent plus tard ou quoi que ce soit, qu’elles pouvaient nous passer un coup de fil et on leur répondra pour qu’elles soient les plus informées possible et aussi informer les autres élèves de leur génération.

Transcription de Wilfried Corvo