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Les visages de l’épidémie du VIH/sida en France | Projet Madeleine Amarouche

Le projet Madeleine porte ses fruits : « On comprend mieux ce que vous vivez au quotidien à cause du VIH et de la discrimination »

28 janvier 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Trois jeunes filles du lycée Jean Renoir pour engager la discussion avec les jeunes. Ca s’appelle le projet Madeleine. Des séropositifs qui se mobilisent pour aller dans les écoles, collèges et lycées, pour parler de la vie avec le VIH. Ali fait parti du projet Madeleine depuis le début. Est-ce que tu peux nous dire ce que tu en penses après avoir écouté ces trois jeunes filles, Ingrid, Malika et Betty.

Ali : Leur intervention m’interpelle parce que justement, le fait qu’à leur âge, elles font parties des personnes qui sont en quête de questions par rapport à leurs études, d’informations. J’ai un fils qui a à peu près leur âge, j’aimerais bien qu’il sache le quart de ce qu’elles savent. Les élèves qui se destinent à des carrières d’infirmières ou dans le social ou autres sont plus sensibles aux discours venant des gens concernés plutôt que des professionnels de santé et je trouve que ce qu’elles disent c’est admirable.

Reda : Dans ton parcours, 27 ans si je me souviens bien.

Ali : Ouais.

Reda : Est-ce que tu as croisé beaucoup de Malika, Ingrid, Betty ou au contraire tous les autres qui discriminent, qui stigmatisent, qui jugent ?

Ali : Moi je l’ai pris en pleine poire en 83 alors que ça faisait deux ans qu’on en entendait parler depuis... moi je ne prend pas de traitement alors ça c’est encore autre chose mais voilà, moi j’ai été étiqueté toxico.

Reda : Mais tu n’es pas que ça non plus.

Ali : Ouais voilà. Je n’ai pas de soucis à le dire. C’est plus compliqué pour ce qui est des relations amoureuses, ça a beaucoup évolué et comme tu dis, je fais parti de ceux qui sont encore là pour avoir vu l’évolution de la pathologie depuis le début et les dégâts et malheureusement toutes les personnes que j’ai perdu.

Reda : Alors on vous a écouté en direct. On va vous repasser des extraits de vos questions à chaud, à l’occasion de la conférence de presse « les visages de l’épidémie ». Puis vous allez peut-être pouvoir nous décrypter un peu ce qui se passait dans vos têtes, ce qui vous a poussé à poser ces questions. Je ne sais pas si c’était l’une de vous deux qui étaient présentes à la conférence de presse, voilà ce que vous aviez à dire sur la prévention plus classique où des infirmières vont venir vous expliquer à quoi ressemble un préservatif ou des choses comme ça. On vous écoute.

Début du son.

— Moi en fait c’était plus sur les témoignages dont vous parlez dans les lycées. Là on a des témoignages de personnes qui l’ont. Quand ce sont des profs ou des intervenants, on a pas la même chose, là on le reçoit vraiment. Ce n’est pas comme si on était à votre place mais au moins on essaye, on comprend vraiment, alors que quand ce sont des profs ou des professionnels on ne va pas vraiment les entendre, que là vraiment on essaye de compatir avec vous et on comprend mieux ce que vous avez ressenti au quotidien, au jour le jour. La discrimination de tout ce que vous avez quoi (applaudissements).

Fin du son.

Reda : Ça c’était je viens de l’apprendre, mais je me souviens quand tu as posé la question, c’est Ingrid. Est-ce que c’était dur de poser ta question, de prendre la parole ?

Ingrid : Non parce que je suis quand même quelqu’un d’assez ouverte. J’aime bien allez au devant. Mais ils ont un courage vraiment énorme de faire ça et je soutiens votre Comité, surtout votre projet parce que je pense que dans les lycées on en a besoin et les infirmières, je pense que les jeunes de banlieues ils en ont rien à cirer quoi, ce n’est pas pour dire mais, ils s’en foutent quoi (rires).

Reda : Nous on essaye d’être diplomate de dire qu’il y a une complémentarité.

Ingrid : Et puis en plus regardez là on est de toutes origines. On peut montrer que ça arrive à tout le monde quoi.

Reda : Ce n’est pas une seule communauté, une seule catégorie de personnes.

Ingrid : Voilà. Que là ça arrive à tout le monde et qu’il faut arrêter de...

Betty : faire des stéréotypes.

Ingrid : Ouais voilà. Je ne trouvais pas le mot (rires).

Reda : Alors deuxième interpellation qui nous a marqué lors de cette conférence. C’est une lycéenne, peut-être vous allez la reconnaître, qui nous a dit ceci.

Début du son.

— Excusez-moi, c’était pour savoir, c’est une question un peu indiscrète mais, c’est pour savoir, comment on peut vivre avec quelqu’un qui n’est pas contaminé, que vous ayez des enfants mais qui ne soient pas contaminés lui et les enfants ou les enfants. Fin du son.

Reda : Alors aujourd’hui est-ce que vous, les trois, vous savez répondre à cette question ? Qui veut s’y mettre ? Elles se pointent du doigt (rires).

Mathilde : Malika peut-être on ne t’entend pas beaucoup.

Malika : Quoi on ne m’entend pas (rires). Bah je ne sais pas trop en fait, je ne sais pas vraiment ce que je dois dire...

Reda : Où une personne est séropositive, l’autre ne l’est pas, comment ils vont faire ?

Malika : Je pense, il n’y a pas un traitement ?

Reda : Là t’es en avance (rires).

Malika : Il y a un traitement pour que le partenaire ne soit pas séropositif ?

Reda : Alors il y a le traitement d’urgence mais il y a aussi l’idée qui est toute nouvelle, que le traitement que prend une personne séropositive ce n’est pas seulement pour sa propre santé, c’est aussi pour protéger la personne qu’elle aime. Mais bien avant ça pendant des années, les couples n’avaient qu’une seule option sûre qui faisait l’unanimité, c’était de mettre un préservatif tout simplement.

Sofi : Mais pour faire un enfant en fait c’était le...

Malika : La question.

Reda : Ah oui pour faire un enfant, on ne fait pas de bébés avec un préservatif (rires).

Sofi : Mais ça c’est une question assez technique que même les personnes concernées ont du mal, enfin moi j’ai mis du temps avant de comprendre comment on pouvait faire un enfant sans contaminer la personne avec qui on est. En fait tout dépend si l’homme ou la femme est séropositive. Donc si la femme est séropositive ce qu’on peut faire c’est continuer le préservatif. Puis après faire des auto-inséminations, on prélève le sperme dans le préservatif on se l’insère dans le vagin en espérant que ça tienne et que l’ovulation puisse se faire. Et quand l’homme est séropositif là il n’y a qu’une seule solution pour vraiment être sûre de ne pas contaminer la partenaire c’est de continuer le préservatif et de faire un traitement des spermes avec une procédure d’assistance médicale à la procréation.

Reda : Voilà, très bien. Excellent résumé. Le Comité des Familles a une brochure sur cette question, ça fait toujours rigoler parce que, quand on la voit, on voit d’abord comment faire un bébé (rires). Mais c’est comment faire un bébé, des parents concernés par le VIH vous expliquent. On en a diffusé 8000 dans les consultations hospitalières pour que les couples concernés puissent la trouver cette brochure. Mais elle est actuellement en rupture de stock, ce qui veut dire par exemple si des lycéens veulent en savoir plus on ne peut pas leur donner ces brochures, l’institut qui a financé l’impression ne souhaite pas aller plus loin et a d’autres priorités. L’autre grand sujet qui vous a interpellé c’était la discrimination entre les femmes. Et là j’ai un clip, je ne sais plus exactement quel était le contenu. Mais on va l’écouter pour revenir aux questions de Mathilde juste après.

Début du son.

— Bonjour. Alors pour moi, en fait ça m’a choqué, dans le milieu médical, qu’il y avait de la discrimination parce que pour nous notre projet, pour certaines être infirmières et en fait ça choque un peu de savoir que, pour les sages-femmes et les infirmières qui réagissent comme ça quoi. Voilà. Future infirmière (applaudissements).

Reda : Alors ça c’était effectivement, juste après le témoignage d’Ariane qu’on a diffusé à l’émission qui concernait en fait le fait qu’elle avait été traité comme une pestiférée après son accouchement. Pourtant il s’était déroulé dans de bonnes conditions, il n’y avait aucun risque de transmission. Elle a été traité comme si c’était une maladie contagieuse. Vous avez toutes dit que vous avez été marqué par la persistance des discriminations. Comment ça se fait selon vous que même parmi les soignants. Ils restent autant d’ignorance. Pourtant le sida, il y a eu des campagnes à la télévision, il y a eu le sidaction, il y a eu des tas de choses.

Betty, Ingrid, Malika : Elles sont mal informées.

Ingrid  : La preuve nous on est encore lycéennes. On est aussi bien informé qu’eux. Sans pouvoir me la péter maintenant mais maintenant on est au courant.

Betty : Je pense qu’avant on faisait moins attention aussi.

Ingrid : Ouais, maintenant c’est clair ça nous fait de la réflexion.

Mathilde : Ouais parce que l’histoire d’Arianne c’était en 2007 ce n’est pas non plus...

Reda : C’est tout récent. Mathilde on reprend avec tes questions ? Avec les quelques minutes qui nous restent. Mathilde : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous sentez concernées du coup par le VIH ? Ce que vous savez, est-ce que vous avez envie de le partager ?

Betty, Ingrid et Malika : Oui.

Mathilde : Est-ce que vous le rabâcher ? Dès que la moindre occasion se présente vous le...

Ingrid : Le rabâcher surtout à des copains qui disent ouais, j’ai trouvé une copine ou quoi que ce soit.

Betty : On leur dit de faire attention.

Ingrid : Ouais de faire attention. La fille tu ne sais pas où elle a été (rires). Bah oui c’est vrai ! En fait c’est pareil, la fille, pour le gars quoi, on ne sait pas où elle a été la fille.

Mathilde : C’est ce que vous disiez tout à l’heure aussi avec le mec, il faut lui dire qu’il faut porter des préservatifs et tout ça.

Ingrid : Même des amis quand on leur dit ça, ah non je n’ai pas des préservatifs.

Mathilde : Donc vous leur mettez des capotes dans la poche ? (rires). Une question aussi, Sofi a envie que je vous la pose, on se demandait, est-ce que là aujourd’hui, demain, vous sortiriez avec quelqu’un qui est séropositif ? Une fille, un mec ? (rires).

Reda : Là oui, ça fait beaucoup.

Ingrid : Pourquoi pas, si la personne ne nous ment pas.

Mathilde : Pour vous c’est vraiment important le fait de dire...

Betty, Ingrid et Malika : de dire la vérité ouais.

Mathilde : Avant ou une fois...

Ingrid : Faut dire avant toute chose. Mathilde : Avant de s’embrasser, de commencer à sortir ensemble ?

Ingrid : Ah non ! Embrasser ça non, parce que c’est dur pour la personne de le dire. Il faut qu’elle ait confiance en nous. Elle ne va pas le dire dès qu’elle sort avec nous, j’ai le sida.

Mathilde : Parce que ce n’est pas évident pour une personne de...

Ingrid : Bah non ce n’est pas évident.

Betty : de se mettre à sa place.

Ingrid : Enfin maintenant nous on peut comprendre, on peut se mettre à leur place, mais avant de faire toutes choses, faudrait quand même, que même si on a jamais de rapport, la personne avec qui on se marie, on ne sait pas si elle a été voir ailleurs.

Reda : Alors ce sera le mot de la fin pour ce sujet. Merci à toutes les trois d’être venues et plus d’informations sur le projet Madeleine sur le site papamamanbebe.net.

Transcription : Sandra Jean-Pierre