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Annoncer sa séropositivité à sa famille, pourquoi est-ce si difficile ?

7 janvier 2010 (papamamanbebe.net)

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Le 27 novembre 2009, pendant la conférence de presse "Les visages de l’épidémie", une discussion a été abordé sur l’annonce de la séropositivité au sein de la famille. Les représentations liées aux virus du sida restent encore négatives et univoques malgré la diversité des cultures et des origines en France. Dans la population d’origine africaine et maghrebine par exemple, le sujet est une corde sensible. Une lycéenne a posé la question à un intervenant.

Lycéenne : Comment vous avez fait par rapport à votre famille et à votre entourage quand vous avez appris que vous aviez le VIH ?

Ben : Personne ne voulait croire vraiment que j’étais atteint par le virus du sida et la réponse de mes parents était : Il faut que tu boives du lait, tu vas guérir ! Voilà, ça a été cette réaction-là mais c’est vrai que j’ai eu des beaux-frères et certaines de mes sœurs qui m’ont complètement renié mais avec le temps, les chose se sont plus ou moins réparées. Il a fallu du temps. Dans la cité, par mes cousins et d’autres personnes, j’étais beaucoup montré du doigt mais je me suis dit que ce n’était pas grave et qu’il fallait tenir tête. Maintenant, ça ne me dérange pas du tout lorsque quelqu’un dit "il est séropo". Ça ne me dérange pas du tout, ça ne m’empêche pas de vivre et de croire en demain. Mais je voudrais préciser une chose. Je vous ai dit tout à l’heure que j’étais grand-père. Le plus dur pour moi, ça a été quand j’ai tenté de renouer le lien avec mes enfants. J’ai vraiment pas du tout été aidé par les travailleurs sociaux. Au contraire, ils ont tout fait pour éviter que je puisse revoir mes enfants. Pour eux, c’était plutôt une bonne réponse de ne pas donner de nouvelles parce que je pouvais être amené à mourir. Ça, c’est une chose que j’ai encore du mal à vivre. Mais au niveau de la famille, avec le temps, ça s’est arrangé. Il a fallu peut-être attendre de voir qu’au Maroc, ça a bougé aussi et peut-être que ça a joué dans la mentalité de mes parents, de mes frères et de mes sœurs.

Un journaliste : J’avais déjà travaillé sur ce sujet à la Courneuve. C’était avec le même Comité lors d’une assemblée générale et on s’était rendu compte que c’était encore très difficile, par rapport aux populations d’origines maghrebines notamment, de témoigner et de le dire. Pourquoi, à votre avis, c’est encore si compliqué ?

Ben : Je pense que c’est encore compliqué parce que c’est encore bien passé sous silence. Lorsqu’on parle du sida, l’image qu’ils ont, c’est celle de la seringue, de l’usage de drogue, de la communauté homosexuelle ou celle des travailleuses du sexe. C’est très mal vu de ce côté-là. C’est pour ça qu’il faut que nous-mêmes, en tant que personnes issues de l’immigration, nous nous bagarrions contre ces représentations négatives qu’ont certains grands frères ou certains parents encore.