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Mères ou pères de famille avec le VIH, des "gens comme les autres"

29 novembre 2009 (AFP)

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PARIS - A trois jours de la journée mondiale contre le sida, le 1er décembre, des mères et pères de famille ont pris publiquement la parole pour dévoiler des "visages de l’épidémie" peu connus du grand public et combattre des préjugés encore vivaces sur le VIH.

"Je m’appelle Alexandra, j’ai 30 ans, je suis séropositive depuis 12 ans, je suis mariée et j’ai 4 enfants séronégatifs". La jeune femme énergique vient des Pyrénées-Atlantiques et s’est rendue à Paris pour témoigner devant la presse et une classe de lycéens.

Alexandra a été contaminée par son petit ami de l’époque qui était "infidèle" et n’a découvert sa séropositivité qu’après l’avoir quitté, lors d’un "banal bilan de santé". Elle "en a marre d’être montrée du doigt parce que cette maladie est liée au sexe et donc est tabou". Elle clame haut et fort "le bonheur de la grossesse", consciente d’être un exemple de ce que les progrès de la médecine ont rendu possible : "être mère séropositive d’enfants séronégatifs".

En recherche de contacts avec des personnes partageant sa situation, alors que les pouvoirs publics "n’ont pas l’air de savoir qu’il existe des familles avec le VIH", elle a rejoint le Comité des familles, qui en regroupe 300 à travers la France et tente de les faire sortir de l’ombre.

Car les préjugés sur le virus du sida sont encore bien présents, comme le raconte Ariane, 31 ans. Lors de l’accouchement de son second enfant à Strasbourg en 2007, l’équipe soignante l’a fait manger "dans une assiette en carton et avec des couverts jetables" et avait laissé "à côté de son lit une grande bassine pleine de produits chlorés dans lesquels je devais jeter les langes que j’avais touchés". Sa voix tremble encore en narrant "cette humiliation, cette stigmatisation".

"Les cordonniers étant les plus mal chaussés, les discriminations passent les murs de l’hôpital", déplore le Dr Laurent Gourarier, psychiatre.

"Les préjugés de Monsieur et Madame Tout-le-monde sur +ces gens-là+, on les retrouve aussi chez les soignants. Même des médecins me demandent si on peut vraiment +vivre+ avec le sida", renchérit le Dr Denis Méchali, qui travaille depuis 20 ans à l’hôpital de Saint-Denis dans le "93", très touché par le VIH.

Cette stigmatisation pousse aussi au silence. Fanny, 22 ans, est séropositive depuis sa naissance, contaminée in utero par sa mère. A l’école, elle ne l’a jamais dit à des camarades. Au lycée, préparant un exposé sur le VIH, elle est tombée sur des documents des années 80 expliquant que les femmes séropositives sont "soit toxicomanes, soit prostituées" : "ça m’a traumatisée".

Elle milite depuis pour "faire comprendre qu’on est des gens comme les autres".

Le Comité des familles a monté le "projet Madeleine", du nom d’une mère de famille atteinte du sida et décédée il y a deux ans à l’âge de 43 ans qui s’était investie dans les actions de prévention donnant la parole, auprès des jeunes en milieu scolaire, directement aux personnes touchées. Des partenariats sont en cours avec des infirmières scolaires et des enseignants de Seine-Saint-Denis.

Yann, 44 ans, séropositif et père d’une adolescente, a décidé de s’investir dans ce projet "après avoir discuté avec ma fille et ses amis" de ce qu’on leur disait à l’école. "Vous avez le droit de vivre votre jeunesse mais faites gaffe à cette merde !", lance-t-il à l’attention des lycéens. En partant, des préservatifs sont distribués. Une lycéenne les refuse en disant : "Si ma mère me voit avec ça...".