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Faire un bébé quand on est séropositif | Sexe et sexualité

Avec un séropositif, pas possible ! Deux jeunes maghrébines parlent sexe et VIH et expliquent pourquoi cela resterait « purement amical »

17 novembre 2009 (papamamanbebe.net)

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Mathilde : Êtes-vous déjà allé sur un site de rencontre ou un réseau social sur internet ?

Fille 1 : Heu... Oui !

Mathilde : Lequel ?

Fille 1 : Merde, ça s’appellait comment déjà ? Ouais ben facebook !

Fille 2 : Facebook, Arab’lounge...

Fille 1 : Ouais, voilà, c’est ça !

Fille 2 : Et une fois, j’ai essayé Meetic mais je me suis désinscrite parce que c’était pas intéressant.

Mathilde : Si vous étiez séropositive, est-ce que vous l’indiqueriez sur votre profil ?

Fille 1 : Heu... Je sais pas. Je ne pense pas.

Fille 2 : Moi non plus, je ne l’indiquerais pas étant donné que ça stigmatise les gens. Et aujourd"hui, ils sont pas vraiment à même d’entendre que d’autres gens sont contaminés par le virus du sida.

Mathilde : Est-ce ça vous fait peur ?

Fille 1 : De quoi, le sida ? Ben, un p’tit peu quand même !

Fille 2 : Oui, ça m’fait peur car je sais qu’aujourd’hui, la recherche n’a pas vraiment avancé... Ça tourne toujours en rond et on a toujours pas trouvé de vaccin pour guérir la maladie donc oui, ça me fait peur.

Mathilde : Est-ce que vous ne trouvez pas ça important de l’indiquer sur un profil, sur internet, sur un site de rencontre ?

Fille 1 : Si ! Comme ça on est au courant et on sait à quoi s’en tenir et à quoi s’attendre ! Mais... c’est vrai, comme elle l’a dit tout à l’heure, ça fait un p’tit peu au gens si c’est nous-mêmes qui sommes contaminées. Mais c’est vrai que moi, j’aimerais bien, genre si je m’inscris sur un site de rencontre, j’aimerais bien savoir si la personne, elle est séropositive ou pas !

Fille 2 : Je partage le même avis mais je trouve que... Enfin, moi, personnellement, je ne le ferais pas parce que j’ai un p’tit peu peur du regard des gens. J’ai vraiment peu que les gens me jugent par rapport à ça donc je ne le mettrais pas... mais sinon, j’aimerais bien savoir si quelqu’un d’autre l’a !

Mathilde : Si sur un site de rencontre, vous voyez quelqu’un qui essaie de vous contacter. Vous voyez son profil et vous voyez qu’il est séropositif. Est-ce que vous l’éjectez de la discussion, ou est-ce que vous discutez avec lui et vous seriez peut être intéressées pour le rencontrer ?

Fille 1 : Non, je parlerais bien avec lui mais après, pour qu’il y ait quelque chose de concrêt et de sérieux, je ne pense pas. Vu que... Voilà, je sais que... Enfin, je sais pas.

Fille 2 : Moi, je pourrais parler avec lui mais ce serait purement amical. Il n’y aurait pas vraiment de relation sérieuse ni concrête, enfin... voilà !

Mathilde : Est-ce qu’une personne séropositive a droit à l’amour ?

Fille 1 : Oui, bien sûr !

Fille 2 : Ça c’est sûr ! Tout être humain a droit à l’amour !

Mathilde : Pensez-vous que rencontrer l’amour avec une personne séropositive soit plus risqué ?

Fille 1 : Ben oui parce qu’on s’attache à la personne et qu’au bout d’un moment... Voilà, on se rend compte qu’on s’est trop attaché, que la personne doit partir... Donc voilà, moi, c’est pour ça que pour la question d’avant, moi, je préfèrerais que ça reste amical plutôt que concrêtiser quelque chose et faire quelque chose de sérieux, quoi !

Fille 2 : Je pense la même chose. Je pourrais pas... Je pourrais pas partager une relation amoureuse avec quelqu’un de séropositif parce que j’aurais peur déjà de m’attacher vraiment à lui. Et ensuite, c’est sûr qu’au bout d’un moment, on réclamera des relations sexuelles et j’aurai peur d’être contaminée à mon tour.

Mathilde : Est-ce que vous savez qu’une personne séropositive, quand elle se soigne, notamment avec un traitement anti rétro-viral peut diminuer la charge de son virus et du coup, diminuer la contamination vis-àvis de l’autre personne, notamment dans des relations sexuelles. Et elle peut avoir un enfant malgré sa maladie. Elle peut avoir un enfant non séropositif. Et en continuant à se protéger avec un préservatif, on a finalement pas beaucoup de chances d’attraper le virus et de vivre à peu près normalement avec cette personne, et même normalement, d’ailleurs...malgré la maladie.

Fille 1 : Ouais, c’est vrai ! Peut-être mais... Je sais pas, la personne, elle reste toujours malade ! C’est vrai, c’est peut être cru et méchant de dire ça mais je pense que... C’est vrai, il y a des personnes, c’est pas de leur faute ! Ils naissent comme ça, ils naissent séropositifs et tout mais moi je trouve que... Voilà, ça s’fait pas peut être de dire ça mais moi, j’pourrais pas m’attacher à quelqu’un, genre entamer quelque chose de sérieux et tout même s’il peut prendre des médicaments ou genre il peut réduire sa maladie. Moi, pour moi, il reste toujours malade !

Fille 2 : Ben, pour moi, c’est la même chose. Mais après, la question est différente. Je me poserais plus la question de savoir si je peux l’aimer. Est-ce que je peux l’aimer jusque... Enfin, à quel point je peux l’aimer, quoi ! Est-ce que je peux l’aimer, partager sa maladie ou l’aider à la combattre. Tout dépend de mon amour aussi, c’est ce que je pense.

Reda : Ça, c’est dans les rues de Paris. "L’amour ou le VIH". On va faire un tour de table avec vos réactions. deux jeunes femmes, prises au hasard dans la rue. Ali, comment tu réagis ? C’est assez éloquent on va dire. Tout y est, ou presque !

Ali : Oui, en plus, ça paraît être un regard de personnes relativement jeunes par rapport à moi par exemple. Mais ça ramène à une trentaine d’années en arrière où moi, j’étais en couple sérodifférent et j’ai eu un enfant sans contaminer la mère pour autant. Par la suite, avec la dramatisation de ces pathologies et pour cause, j’ai décidé de me séparer. Et comme l’a dit une personne sur la radio-trottoir, comment dirais-je, je suis sortie avec des femmes séropositives dont une que j’ai aimé profondément, qui est morte quasiment dans mes bras, sans compter les amis avec qui j’ai grandi, de voir ces personnes disparaître comme ça, c’est clair que c’est pas évident ! Mais, comme cela a été également dit, il y a maintenant quand même la possibilité d’avoir un enfant de manière médicalement assistée donc il y a quand même de l’espoir !

Reda : L’amour ou le VIH, Tina. Comme tu entends au sein du Comité des Familles, beaucoup se plaignent de l’expérience du rejet. De fait, les gens qui ont le courage de l’annoncer sont forcément ceux qui se font rejeter le plus. Ceux qui passent leur infection sous silence, ça pose d’autres questions, d’autres problèmes. Comment toi, tu as entendu ces deux nanas dans les rues de Paris ?

Tina : Mais je pense que malheureusement c’est vraiment cette opinion du public général qui est restée collée à ces idées, qui manque d’informations pour pouvoir dire autre chose que _Oui, mais si j’l’aime et que j’la vois mourir et qui peut pas avoir un autre avis que ça. Et pour des personnes séropositives, ça facilite pas la tâche de l’annonce ! C’est un cercle vicieux.

Reda : Mais il y a une vraie contradiction, puisque que tu leur demandes : Est-ce que les séropositifs ont droit à l’amour ? Elles disent tout de suite Oui, bien sûr ! et Est-ce que vous seriez capable d’aimer un séropositif ?...Non, pas du tout ! Jamais de la vie ! Ça reste amical ! Il y a quand même une pas si petite contradiction que ça ! Catherine, qu’est-ce t’en penses de toutes ces histoires-là ?

Catherine : Faut avoir le temps, pour ça ! Moi, j’ai pas de problème avec ça, j’l’ai jamais caché, quoi ! Je ne le porte pas comme une bannière non plus mais ça ne s’est pas fait simplement de dire ça (c’est facile maintenant, j’ai 56 ans !). Mais à partir du moment où j’ai assumé, j’ai jamais eu de problèmes. Mon problème, c’est vraiment une question de temps pour avoir des relations avec les autres, des relations amoureuses parce que je crois qu’il faut avoir le temps pour ça. Mais ce que j’entends au delà de tout, c’est quand même une notion de peur ! C’est toujours la peur qui est le sentiment qu’on ressent le plus à travers ces dires. C’est une question de choix, aussi, le je resterai ami avec un séropositif. Mais quand on le sait pas, quelqu’un qui le cache... Il y en a plein, des jeunes filles, des jeunes femmes, des mecs qui tombent amoureux, ça ne se programme pas ! Je veux dire, on tombe amoureux et il y a ça... Ça pourrait être aussi un accident de la route ! On aime ou on aime pas, point barre !

Reda : Mais tu penses quoi, Catherine, du propos de ces jeunes filles ? Tu vois, moi je trouve qu’il y a une très grande part de franchise mais qui fait mal, quand même !

Catherine : Oui, parce que c’est la peur !! Y a toujours cette peur diffuse de l’autre et d’attraper quelque chose qu’on nous présente comme extrêmement mortifère ! On a toutes ces images, on a TOUS ces images terribles qu’on nous a passé en boucle dans les années 80 ; ces images de personnes avec des joues hyper creuses avec pleins de maladies éparses. Rien n’a été fait depuis et moi, je pense que tant qu’on n’ira pas apporter une autre parole, par exemple, depuis l’école et aux plus jeunes, chaque micro-trottoir sera le même !

Reda : Parfait, tu viens de nous fournir la transition vers le prochain sujet puisqu’on est là, aujourd’hui, pour parler du projet Madeleine ou notamment, le 27 novembre, il va se passer un truc énorme. Un an après la conférence de presse "Génération sacrifiée" à laquelle Catherine avait participé, des personnes concernées par le VIH vont venir de toute la France à Paris pour se poser sur la place publique, à la Maison des Familles et devant des lycéens, devant des jeunes, et expliquer à quoi ressemble vie avec le VIH. Il faut que les gens comprennent !

Transcription : Rosetta Mank

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