Skip to main content.

Accès aux médicaments | Burkina Faso | Enfants concernés par le VIH | Ousmane Zaré | Sylvie Ouedraogo

Comment les médicaments antirétroviraux ont transformé la vie des enfants vivant avec le VIH/sida à Ouagadougou

4 novembre 2009 (papamamanbebe.net)

2 photos | 1 Message | | Votez pour cet article

Début de l’entretien avec Sylvie Ouédraogo, pédiatre burkinabé.

Reda : Combien de pédiatres au Burkina Faso et combien d’entre eux sont spécialisés dans le suivi des enfants touchés par le VIH ?

Sylvie Ouédraogo : Au Burkina Faso on compte environ 40 pédiatres pour 13 millions d’habitants donc vous voyez la charge de travail qu’il y a. À l’hôpital pédiatrique il y a environ plus d’une dizaine de médecins. Ceux qui prennent en charge véritablement le VIH sont au nombre de 6 ou 7 et qui suivent régulièrement les enfants.

Reda : Qu’est-ce que vous proposez aujourd’hui ? Qu’est-ce que vous êtes en mesure de proposer aux enfants touchés par la maladie qui viennent à l’hôpital pédiatrique ? Comment ça se passe ?

Sylvie Ouédraogo : L’hôpital pédiatrique comme vous le savez la prise en charge est multidisciplinaire. Il n’y a pas que le pédiatre. En dehors du pédiatre il y a bien sûr l’infirmière, l’agent d’accueil, le laboratoire, le pharmacien. Il faut un travail d’équipe, il y a l’assistante sociale, la psychologue, tout cela pour prendre en charge ces enfants qui ont plusieurs problèmes parce que le VIH entraîne aussi dans les familles des difficultés et pas mal d’enfants sont orphelins. Donc il faut prendre en charge en même temps la maladie mais aussi les problèmes sociaux qui s’opposent. C’est important de travailler en équipe pour vraiment obtenir des résultats.

Reda : Combien d’enfants touchés par le VIH dans votre file active ?

Sylvie Ouédraogo : La file active est estimée à ce jour à plus de 300 enfants qui sont suivis avec 240 si je ne me trompe pas, sous ARV. Donc vous voyez la charge de travail qu’il y a. Faut noter que l’hôpital en dehors du VIH prend en charge d’autres pathologies. Donc il faut féliciter toutes ces personnes-là qui font ce travail.

Reda : Depuis quand est-ce que vous avez les médicaments antirétroviraux et combien de molécules avez-vous à votre disposition ? Quelles sont-elles pour la prise en charge pédiatrique des enfants touchés ?

Sylvie Ouédraogo : Nous avons eu les ARV depuis 2003. Nous avons commencé donc nos premiers patients sous ARV. Les ARV que nous disposons c’est essentiellement l’AZT, la stavudine, efavirenz, le nevirapine, lamivudine, le Viracept®.

Reda : Depuis 2003, depuis l’arrivée des antirétroviraux qu’est-ce que vous en tant que pédiatre vous avez appris dans la prise en charge ? Quels sont les problèmes, les difficultés auxquels vous êtes confrontée avec l’utilisation de ces médicaments en contexte africain et quels sont les succès, les réussites ?

Sylvie Ouédraogo : On reconnaît que les ARV ont changé l’image de l’infection. Autant il était difficile de parler du VIH à un enfant parce qu’on n’avait pas de traitement à leur proposer. Donc c’était difficile non seulement pour le médecin, mais aussi pour la famille. Mais avec l’arrivée des ARV on a vu que l’état des enfants c’est beaucoup amélioré et donc cela a redonné espoir aux familles et cela a encouragé les médecins à s’investir davantage parce qu’ils voient que les résultats sont probants. Vraiment ça nous a amenés à nous investir davantage auprès de ces familles-là, relever les défis qui s’opposent parce qu’on sait déjà qu’il y a d’autres enfants qui n’ont pas accès aux soins parce que ce n’est pas encore décentralisé, c’est à l’hôpital pédiatrique Ouagadougou. Donc les nouvelles que j’entends, ils sont en train de décentraliser cela pour permettre une plus grande accessibilité de soins aux enfants.

Reda : Qu’est-ce qui est difficile pour ces enfants et leurs familles ? Une ou plusieurs personnes peuvent être séropositives. Quelles sont les difficultés pour les enfants face aux traitements ? Est-ce que c’est un problème d’observance ? Est-ce que c’est un problème lié aux difficultés des conditions matérielles ? Faut bien manger pour prendre un traitement. Qu’est-ce qui pose le plus de problème ?

Sylvie Ouédraogo : Il faut reconnaître que pour arriver à expliquer le traitement aux parents il faut vraiment une éducation thérapeutique et cela se fait par le pharmacien, par la psychologue, par l’infirmière chargée de l’observance et bien sûr les médecins. Il faut vraiment travailler en équipe pour vraiment arriver à une bonne observance parce qu’on sait bien que l’observance est importante dans la réussite du traitement. Donc aussi la nutrition c’est un problème parce qu’il n’y a pas que les ARV. On est préoccupé de l’état nutritionnel des parents contenu du fait que deux tiers de nos enfants sont orphelins. Donc ça montre vraiment la difficulté qu’il y a dans certaines familles de prendre correctement le traitement parce que l’enfant n’a pas d’hygiène, l’enfant n’a pas mangé. On prend en compte cela mais on n’a pas encore de solution. On essaye de contacter certains bailleurs pour nous venir en aide sur le plan nutritionnel et pour pouvoir venir en aide des familles en besoin.

Reda : Quelle est la participation des familles ? Est-ce qu’il y a beaucoup de familles mono parentales ? Comment est-ce qu’elles peuvent s’appliquer dans la prise en charge dans l’hôpital ? Est-ce qu’il y a une association de personne atteintes dans les familles ? Comment s’organise la relation entre patients, parents et soignants ?

Sylvie Ouédraogo : Il faut reconnaître que contenu du fait que les parents nous sollicitaient pas mal de difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie sociale. Nous avons jugé bon de les regrouper en association qui s’appelle ASEMIA. Elle mène des activités à leur sein. Nous faisons aussi des entretiens avec eux et au cours de ces réunions ils peuvent convoquer soit un pédiatre ou bien un homme politique pour discuter réellement des difficultés qu’ils rencontrent et pour qu’on puisse apporter certaines solutions. Beaucoup de mères nous témoignent que cela leur a fait du bien et elles sont très contentes de pouvoir se rencontrer en parlant de la maladie. Ça les libère et ça leur donne beaucoup de courage de continuer la lutte et cela leur fait du bien.

Reda : On sait que la prévention de la transmission de la mère à l’enfant est efficace à partir du moment où les conditions sont réunies, la prise en charge et les médicaments. En France on a vu le nombre d’enfants touchés diminue et ça c’est une très bonne nouvelle. Mais pour les pédiatres qui se sont spécialisés en fait c’est une bonne chose quelque part, ils ont de moins en moins de travail. Comment est-ce que vous, vous envisager l’avenir ? Est-ce que l’objectif c’est que par exemple pour un pays comme le Burkina Faso arriver à faire en sorte qu’il n’y ait plu d’enfants malades hormis ceux qui sont déjà avec nous.

Sylvie Ouédraogo : Oui effectivement la prévention de la transmission mère-enfant du VIH effectivement ils en comptent dans nos activités parce que cela est important. Il est établi clairement que si elle est bien menée, ça réduit la transmission. Donc l’objectif est d’arriver à avoir moins d’enfants infectés comme c’est le cas en France. Ici on voit que le risque de transmission est moins de 1 %. Donc il faut des conditions pour que cela se fasse par la sensibilisation pour que chaque femme enceinte puisse faire la sérologie et pour qu’on puisse prendre en charge effectivement cette femme depuis la grossesse jusqu’à l’accouchement pour ne plus avoir des enfants malades.

Reda : Vous n’avez pas peur de vous retrouver au chômage si la transmission de la mère à l’enfant est efficace au Burkina Faso c’est-à-dire pour les pédiatres spécialisés de finalement s’être spécialisé pour un problème qui va heureusement en diminuant.

Sylvie Ouédraogo : Je pense que la pandémie tout le monde se mobilisent pour arrêter la progression du VIH sida. Il faut reconnaître que même en dehors du VIH les enfants sont suivis. S’il n’y a pas d’infection VIH bien sûr les pédiatres seront content et surtout la population et tout le monde. On lutte pour que le VIH puisse reculer dans nos frontières.

Fin du son

Reda : Sylvie Ouédraogo au micro de survivre au sida, c’était en 2007. Elle était alors en France pour un stage pour se spécialiser, pour approfondir ses connaissances, la prise en charge des personnes séropositives au Burkina Faso. Elle y est retournée depuis. On a une chance avec nous puisqu’aujourd’hui Ousmane Zaré est de retour parmi nous. Il a rencontré Sylvie Ouédraogo il y a quelques semaines je pense. Il va nous dire comment c’est passé cette rencontre et qu’est-ce qu’il a vu lui à l’hôpital pédiatrique à Ouagadougou. Je voulais d’abord demander à Hanna’M qui est avec nous pour présenter son album Mise à nu, mais qui est sensible à ces questions. Je voulais demander par rapport à ce portrait que dresse ce pédiatre, Sylvie Ouédraogo, sur la réalité où les médicaments ont transformé la vie des enfants et des familles. Comment tu réagis à tout ça ?

Hanna’M : Tu sais qu’en 2007 je suis partie au Congo Brazzaville et j’ai fait un peu le tour des dispensaires et des hôpitaux pareils, pour voir un peu comment on sensibilisait la population à la prévention. J’étais super-choquée, j’ai été même outrée de voir ce qui se passait sur place, qu’il y avait peu de mobilisation. C’est pour ça que là en entendant ce qu’elle dit que peut-être qu’il y a des exemples à prendre quoi. Notamment concernant Brazzaville parce que c’est catastrophique. Moi je réagis là-dessus et je me dis qu’il faut absolument trouver des solutions, des partenariats, pour faire des choses en Afrique parce que moi j’ai halluciné grave quoi. C’était ma petite réaction.

Reda : Alors c’est Rosy qui va nous présenter Ousmane Zaré qui est au courant un peu de sa visite, qui va nous en parler.

Rosy : A 33 ans Ousmane est un artiste aux multiples facettes. À la fois chanteur, danseur, rappeur mais aussi engagé. Il se met aux services des autres en formant et en encadrant les enfants défavorisés de Ouagadougou dans une association culturelle qui s’appelle collectif 11 49.

Reda : Ousmane en plus de ces multiples talents est aussi reporteur puisqu’il est allé rendre visite à Sylvie Ouédraogo et c’est de ça qu’on voulait lui demander de parler aujourd’hui.

Ousmane : Oui, ça m’est tombé dessus parce que j’ai lu sur un mail justement me demandant d’aller rendre visite à Sylvie Ouédraogo qui était pédiatre. C’était important quand même qu’on puisse avoir pas mal d’information sur ce qu’elle faisait au niveau de l’hôpital par rapport à ce qu’elle avait vécu avec le Comité des familles. Donc voilà toute l’importance pour moi d’aller la voir et de recueillir quelques informations qui aujourd’hui, on est en 2009, je pense que tu l’avais rencontré en 2007.

Reda : En 2007 ouais.

Ousmane : Donc deux ans ont passé et quand même par rapport à ce que j’ai vu, par rapport à ce que j’ai constaté, je pense qu’il y a pas mal d’évolution même si par rapport au chiffre qu’elle a donné en 2007, aujourd’hui je pense qu’il y a encore 100 cas de plus dont elle s’occupe.

Reda : Donc combien d’enfants elle suit ?

Ousmane : Donc elle parlait de 350 pris en charge en 2007. Aujourd’hui elle est à 450 pris en charge dont 350 sous ARV.

Reda : Est-ce qu’elle toujours la seule pédiatre spécialisée dans la prise en charge des enfants touchés par le VIH ?

Ousmane : Pour ça je n’ai pas posé la question à savoir si elle était seule dans cet hôpital ou pas mais je pense que par rapport à ses dires je crois bien qu’elle est une des seules vraiment à pouvoir donner de son mieux pour que vraiment les enfants puissent avoir un bon suivi.

Reda : A quoi ressemble son service ? Est-ce que c’est petit, c’est grand ? Est-ce qu’il y a du monde ? Comment ça se passe ?

Ousmane : Je pense que son service est grand. Elle a été prise de court parce qu’elle devait aller à un enterrement d’un père d’une collègue à elle. Donc on s’est juste limité à l’entretien et je n’ai vraiment pas pu avoir le temps de visiter un peu les locaux, de voir les malades. Mais ce que j’ai vu d’abord en elle je pense que c’est une personne à qui on peut faire confiance, une personne très vouée, une personne vraiment qui a la volonté de faire changer les choses. Aussi l’environnement et le climat de l’hôpital. Je pense que c’est l’hôpital le plus propre de toute la ville de Ouagadougou. Donc c’est ce que j’ai pu voir. Assez grand vraiment pour recevoir tous les enfants voilà.

Reda : Comment en tant que militant et en tant qu’artiste cela t’interpelle ? Ce fait qu’en France il n’y a pratiquement plus d’enfants qui naissent avec le virus hors circonstances hors normes, alors que sur le continent africain et de manière générale dans les pays pauvres, un enfant qui naît avec le virus ça reste la normalité alors que les moyens existent pour arrêter ça.

Ousmane : Je pense que moi en tant que militant et en tant qu’africain d’abord je dirais que c’est déplorable. Mais je me dis quelque part que la faute, on n’a pas à citer la faute à une personne quand on parle du VIH, mais ce manque quelque part je pense que les politiques doivent vraiment s’investir à ce que cela change et voilà parce que je me dis il n’y a pas assez d’information pour que les gens puissent se rendre compte qu’un enfant peut être contaminé par le VIH depuis la grossesse de sa mère. Donc je pense qu’il y a beaucoup de chose à faire là-dessus et quelque part c’est déplorable qu’on attend juste le 1er décembre pour parler du sida pendant une semaine.

Reda : Rosy est-ce que tu as d’autres questions pour notre ami, camarade Ousmane ?

Rosy : Oui, toi qui as été sur place est-ce que selon toi tu peux nous dire concrètement quels sont les besoins de ces pédiatres qui travaillent avec les enfants qui sont sur place. Concrètement c’est quoi les besoins ?

Ousmane : Je pense que les besoins c’est plus vraiment des besoins logistiques parce que comme j’ai posé la question, qu’est-ce qu’elle en pense du fait qu’aujourd’hui les médicaments peuvent protéger les couples, tout comme les préservatifs, qu’est-ce que vraiment elle en pense aujourd’hui. Elle m’a tout de suite dit : « bon voilà je pense que cette information elle est plutôt bien venue en Europe mais pas en Afrique parce qu’eux, il manque beaucoup de matériel pour vraiment faire les examens et si réellement pouvoir quand même affirmer les patients que bon voilà les médicaments peuvent protéger tout comme les préservatifs ». Donc je me dis que quelque part c’est vraiment plus le matériel qui est important. Aussi ça, je pense que c’est la vie de tous les jours. La vie quotidienne des gens, elle ne s’améliore pas du tout donc quelque part c’est un frein.

Reda : Elle disait en 2007 le problème c’est que le centre où elle travaille c’est à Ouagadougou. C’est-à-dire que si tu es dans la capitale tu as de la chance mais si tu es loin, dans un village, dans une autre ville… Est-ce cela, ça reste le cas, ça n’a pas changé ou est-ce qu’il y a des centres ailleurs dans le pays ?

Ousmane : Pour l’instant je pense qu’à ma connaissance je pourrais dire non. Parce que bon je ne suis pas vraiment dans le corps médical, je ne suis pas très informé.

Reda : Docteur Ousmane (rire).

Ousmane : Je pense qu’elles ont dû vraiment se battre pour que ça se fasse même si ce n’est pas dans toutes les grandes villes pour l’instant. Mais néanmoins dans deux ou trois villes, je crois que ça doit être fait.

Reda : Alors on n’a pas encore entendu parler du live qui est branché sur le site survivre au sida.net est-ce qu’on a des questions, des commentaires pertinents, poignants, intéressants, percutants ?

Sandra : Une question de Ben qui demande est-ce que pour les adultes c’est facile d’accéder aux traitements et quelle prise en charge ? Est-ce qu’ils ont une sécurité sociale ?

Ousmane : Oui en fait aujourd’hui il y a pas mal de gens qui ont la difficulté vraiment de s’acheter des traitements. Donc du coup avec l’appui de beaucoup d’associations, ils arrivent réellement à les distribuer gratuitement. Donc il faut juste être adhérent de cette association-là et avoir les traitements gratuits.

Reda : Mais c’est vrai que c’est une bonne question parce qu’on a parlé des enfants sans parler des adultes. Donc du coup on peut se demander s’il y a des traitements que pour les mômes et les parents se débrouillent.

Ousmane : Il y a des traitements pour tout le monde mais là il faut juste que tu sois affilié à une association pour vraiment avoir ces traitements gratuits.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Photos


Sylvie Ouédraogo avec Reda lors de l'enregistrement de l'entretien

Sylvie Ouédraogo avec Reda lors de l’enregistrement de l’entretien

Sylvie Ouedraogo, pédiatre spécialisée dans la prise en charge des enfants vivant avec le VIH

Sylvie Ouedraogo, pédiatre spécialisée dans la prise en charge des enfants vivant avec le VIH

Forum de discussion: 1 Message