Skip to main content.

Hépatite C (VHC) | Hommes séropositifs | Yo Yo

Yoyo, co-infecté VIH/VHC, père de famille qui se lève tôt pour travailler, supporte depuis un an la bithérapie contre l’hépatite C

18 septembre 2009 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Reda : Alors l’émission survivre au sida test pour la première fois le live blogging et il y a quelques commentaires que je vois sur l’écran à côté. C’est Henri qui est aux manettes. Et je vois Chaponof qui me dit que : " Reda si tu veux faire de la peinture, j’ai mon appartement parisien à repeindre ". C’est gentil. Un commentaire sur les espadrilles " qui sont plutôt à semelles de cordes mais bon laissons Reda trancher, la question, pas les semelles". Voilà. Alors on voulait parler avec notre ami Youssef et je vous propose avant d’engager la discussion quand même qu’on te dise bonjour, comment ça va ?

Youssef : Bah ça va, après une année d’absence, le retour.

Reda : La dernière fois qu’on t’a vu dans ce studio c’était le 16 septembre 2008 c’est-à-dire…

Youssef : Il y a tout juste une année quoi, à un jour près.

Reda : Un anniversaire ?

Youssef : Un anniversaire, tu parles d’un anniversaire, ce n’est pas des bougies qu’on va mettre sur le gâteau, c’est des seringues, des seringues d’interféron tu sais. Voilà donc tu fais le décompte.

Reda : Alors écoutez avec nous Youssef, le 16 septembre 2008. On remonte dans le temps.

Début du son.

Reda : Toi tu nous as annoncé une nouvelle aujourd’hui c’est quoi ?

Youssef : Eh bien j’ai commencé une petite chimio si on peut comparer ça à la chimiothérapie, et c’est concernant l’hépatite C. Donc voilà aujourd’hui j’ai eu ma première injection d’interféron.

Reda : On fait quoi, on applaudit ou on… ?

Youssef : Bah écoute t’attends un peu, on va voir comment ça se passe et puis après on applaudira quoi. Reda : C’est la possibilité parce que contrairement au VIH, bah l’hépatite C on peut l’éradiquer. Youssef : Mais quand tu as les deux, c’est une association de malfaiteurs donc… c’est une histoire qui est mal embringuée.

Fin du son

Reda : Un an plus tard ?

Youssef : Un an plus tard. Bah écoute à part les petits bobos au moral dus à l’interféron et tout ce qui s’imbrique bah ça va. On est toujours là, présent, malgré les hauts et les bas mais bon. Tout le monde a ses hauts et bas. Bon c’est vrai qu’un peu plus avec les médocs.

Reda : Quelqu’un qui envisage ou qui sait qu’il va passer par ce traitement. Bithérapie + Interféron…

Youssef : Bah je lui dirais deux choses, déjà d’une s’il n’a pas le choix, c’est une bouée pour commencer. Puis ensuite je lui dirais " écoute, accroche-toi pépère ". Tu sais c’est comme le rodéo (rires). Il y a un délai imparti pour rester sur le cheval quoi. Puis moi malheureusement, le délai a été prolongé. Là j’en suis à une année mais j’ai encore 6 mois de traitement.

Reda : Donc le résultat des courses c’est quoi…

Youssef : Bah le résultat des courses pour l’instant ça va. Au niveau du métabolisme, je l’ai bien supporté. La charge virale elle est indétectable. Mais c’est vrai qu’au niveau mental, au niveau physique c’est sûr ça laisse des séquelles, c’est un marquage au fer rouge.

Reda : Ce qui t’a aidé à tenir ?

Youssef : Ce qui m’a aidé à tenir écoute c’est mon entourage pour commencer puis une certaine volonté que j’ai. Même si je fais 1m50 je n’ai pas l’habitude de baisser les bras.

Reda : Parce qu’en plus t’a repris le travail en plein traitement.

Youssef : Bah disons oui, ce n’était pas conseillé, mais j’ai essayé de concilier les deux. Ce n’est pas facile. Il suffit d’un rien pour t’exaspérer, il y a des périodes ou tu pètes un câble pour un oui ou pour un non. T’es à fleur de peau H-24. Tout ça c’est extrêmement difficile à gérer surtout dans un contexte travail.

Reda : Là tu as travaillé plusieurs mois, c’était quoi tes horaires ?

Youssef : Mes horaires, je n’avais pas d’horaires. C’était comme il voulait, c’est-à-dire c’est un contrat d’insertion donc les week-ends, les jours fériés, t’en a pas. Et voilà, t’es malléable à souhait. Je pouvais commencer aussi à 6h du matin, que commencer l’après-midi à 14h et puis aller jusqu’à 9h du soir donc… En plus le stress du boulot, chauffeur livreur ce n’est pas toujours marrant mais bon, voilà quoi.

Reda : Donc on va écouter un deuxième morceau parce que t’est pas juste un patient qui a dû se taper la bithérapie. Il y a aussi toute une histoire derrière.

Youssef : Ah oui oui !

Reda : Une histoire entre deux pays, entre deux rives.

Youssef : Là on va déterrer des fossiles là. Reda : Alors la bombe humaine, on écoute, on en parle après. Début du son.

Musique " la bombe humaine "

Reda : Ca c’est une chanson dédicacée spécialement pour tous les vieux loulous de Paris et de Navarre qui écoutent l’émission Magreb Afrique survivre au sida, c’était le début des années quatre-vingt. On a un revenant qui a voyagé dans l’espace-temps pour se retrouver avec nous Youssef.

Youssef : Je ne me suis pas servi du vaisseau de Stra Trek mais bon je suis là, je n’ai pas été téléporté. Je suis arrivé par mes propres moyens et puis voilà.

Reda : Cette chanson, la bombe humaine, il y a des gens qui écoutent l’émission qui…

Youssef : La bombe humaine ça date des années quatre-vingt. C’est l’époque où il n’y avait pas de solutions à ce problème, où la plupart des gens qui étaient condamnés bah ils étaient condamnés, ils étaient cuits. " Cuits " quand je dis " cuits " c’est cuire dans tous les sens, au sens propre comme au terme péjoratif. Ils étaient out comme on dit et j’ai plein de copains qui ont malheureusement laissé leurs ailes et voilà quoi. Un hommage à eux s’impose c’est clair. Donc à l’époque, il n’y avait rien du tout. Quand t’es plombé, t’es plombé.

Fin du son

Reda : Ca c’était Youssef, c’était Yoyo. 11 mars 2008, c’était avant de commencer ce traitement. J’aimerais demander à Nabila, ça fait très plaisir qu’elle soit là aujourd’hui, comment tu réagis en écoutant Youssef parler de ces difficultés, par rapport à ce traitement et aussi évoquer l’histoire de toute ça, des années quatre-vingt de la génération sacrifiée ?

Nabila : Il y a beaucoup à dire. Le témoignage de Yoyo comme tu dis, moi je l’appelle Yoyo (rires).Notre chéri Youssef, il est vraiment authentique parce qu’on le voit au quotidien au Comité et dans notre entourage auprès des gens coinfectés. Le traitement anti VHC est une réalité, les conséquences sont au quotidien, ce qu’il dit moi je crois que même qu’il ne veut pas nous effrayer, qu’il minimise un petit peu la situation parce que pour avoir vécu avec un homme coinfecté qui était sous traitement je peux dire que c’est multiplié par 10 ce qu’il est en train de décrire.

Reda : C’est vrai Yoyo tu minimises ?

Youssef : Bah écoute faudrait poser la question à ma femme (rires). Je pense que, elle ne minimisera pas.

Reda : Et Yann qu’est-ce que tu en penses de ce récit. D’une année à l’autre, il a tenu le cap.

Yann : Oui bah je dis chapeau d’abord parce que je suis moi-même coinfecté et ce que j’ai su sur les inconvénients de ce traitement font que je n’ai pas eu encore le courage de passer le cap du traitement interférant. Mais c’est pour ça que je suis toute ouïe au témoignage qu’on peut avoir à ce traitement.

Reda : Yoyo, quel message tu as envie de donner par rapport à tout ça ?

Youssef : Tenez bon, ce n’est pas la fin en soi.

Reda : Nabila ?

Nabila : Oui moi le message, c’est un message d’espoir. Encore une fois du vécu. C’est que le bout du chemin c’est la guérison, la rémission.

Reda : Possible avec l’hépatite C mais pas avec le VIH.

Nabila : Pas avec le VIH malheureusement, j’espère qu’un jour, il y en aura, même si c’est à ce prix-là. Par contre le bout du chemin c’est la rémission et la guérison totale là franchement quand on arrive au bout, on arrive fatigué mais très heureux de s’être débarrassé quand même de cette maladie.

Yann : Je crois qu’on peut dire en plus que quand même, il y a 70% de réussite sur le traitement.

Youssef : Oui il y a 70%, moi je suis indétectable, il n’y a pas de problème, ça se passe bien.

Reda : Quand il dit ça, ça fait plaisir d’entendre.

Youssef : Le départ par contre n’était pas aussi plaisant que tu peux le dire. Mon métabolisme supporte bien mais malheureusement mon mental est comme ma taille, un peu petite donc ça pète un peu dans tous les sens.

Reda : Dans 6 mois il se passe quoi ?

Youssef : Dans 6 mois on refait des analyses, des ponctions et puis on verra où on en est et puis si on s’est débarrassé de cette saloperie.

Reda : Ouais, il n’y a pas d’autre mot.

Youssef : Parce qu’en plus c’est une association de malfaiteurs tu vois. C’est comme si tu prenais Billy the kid et Al Pacino

Reda : VIH + VHC ouais

Youssef : Donc là, il y a toujours un qui voudra avoir le dessus sur l’autre donc… tandis que là t’en vire un par la fenêtre, il te reste l’autre c’est gérable, il n’y a pas de problème.

Reda : En savoir plus, réagir à ce que vous venez d’entendre, ça se passe sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra Jean-Pierre