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Tunisie : Portrait : Elle vit avec le VIH et le combat - L’association « Rahma » VIH/sida verra prochainement le jour

15 juillet 2009 (La Presse (Tunis))

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Sa vie était paisible, celle d’une femme au foyer et d’une maman d’une fille aujourd’hui âgée de 13 ans. Ferdaous, comme la plupart des gens, n’accordait aucun intérêt à la pandémie du sida. Elle n’y pensait guère. Lorsqu’elle tombait sur des programmes télévisés traitant de l’infection au VIH/ sida, elle zappait aussitôt en quête de programmes plus divertissants.

Comme la plupart des gens, elle se sentait à l’abri de cette maladie. Elle pensait qu’elle n’arrive qu’aux autres. Mais en 2002, cette femme tunisienne a vu sa vie basculer d’un seul coup : en cette année-là, Ferdaous a appris que son mari était atteint par ce virus et qu’il lui était indispensable de subir un test de dépistage. Sans préavis et contre toute attente, le VIH s’est introduit dans sa vie et a pris place. Le dépistage s’est avéré positif pour Ferdaous mais également pour sa fille.

« Cela m’a fort surprise. Mais je n’avais pas le choix. Il fallait que j’accepte cette maladie puisque Dieu a voulu que les choses aillent ainsi. En revanche, je n’ai toujours pas accepté la contamination de ma fille. Je me sens jusqu’à présent coupable de l’avoir contaminée bien que sans préméditation. D’ailleurs, j’évite de penser à cela car ce point me bouleverse énormément », indique Ferdaous.

Malgré le désarroi et la souffrance psychologique qui se sont abattus sur cette jeune maman, elle n’a pourtant pas cédé au désespoir et n’a pas favorisé le terrain au VIH pour qu’il la déleste de son optimisme et de sa volonté. En effet, une année avait suffi à Ferdaous pour transformer cette réalité d’apparence déprimante en un point de force, voire un nouveau point de départ. En 2003, elle a adhéré au tissu associatif spécialisé dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et le sida. « Mon objectif le plus cher consiste désormais à protéger les jeunes générations contre la propagation de cette pandémie. Je me sens responsable de ces jeunes et je tiens à leur éviter la souffrance qu’endure ma fille, porteuse de VIH », explique notre interlocutrice.

Son implication dans le travail associatif spécialisé dans la lutte contre le VIH/sida a permis, des années durant, à avoir une idée plus claire sur la réalité de la maladie dans la société tunisienne, en général, et auprès des jeunes, plus particulièrement. Ferdaous dénonce, non sans déception, la nonchalance et le laisser-aller qui caractérisent la position des jeunes vis-à-vis du sida et des maladies sexuellement transmissibles. Elle indique que malgré les efforts fournis par les institutions étatiques et les ONG pour véhiculer l’information sur ces maladies et sensibiliser les jeunes quant à l’importance de l’ utilisation du préservatif, plusieurs personnes n’ont toujours pas de connaissances suffisantes sur ces pandémies. « Certaines personnes ignorent même qu’il y a des cas de PVVIH/sida en Tunisie. D’autres, pensent que les sidatiques sont mis en quarantaine et qu’ils ont une mine de mourants », renchérit-elle.

Convaincue de l’indispensable renforcement des mécanismes et structures oeuvrant dans ce domaine afin de garantir une meilleure diffusion de l’information auprès de la population, d’accompagner la population vulnérable et de l’orienter vers les solutions adaptées, Ferdaous a décidé de créer l’association « Rahma » VIH/sida. « La contribution de la société civile dans le traitement de certains problèmes à caractère social n’est plus à mettre en doute. D’autant plus que, ajoute-t-elle, l’association « Rahma » se veut une association de référence, qui ne commettra pas les mêmes fautes de certaines associations ».

Déterminée plus que jamais, Ferdaous s’engage dans la lutte contre la discrimination et la stigmatisation dont souffrent les sidatiques. Elle fera de son mieux pour changer le regard de mépris en un regard de compréhension et de solidarité. « La société n’hésite pas à juger les sidatiques d’une manière péjorative et handicapante ; chose qu’on ne peut plus tolérer », note Ferdaous.

Malgré l’amertume de voir sa fille mener une vie différente, inconfortable et avoir un destin incertain, Ferdaous a su exploiter son malheur pour la bonne cause. Et s’il existe un conseil qu’elle aime donner aux jeunes, c’est tout simplement de ne jamais oublier d’utiliser le préservatif, « car c’est une question de vie ou de mort ». Elle invite, par ailleurs, les parents à informer leurs enfants adolescents sur la vie sexuelle afin qu’ils prennent les choses plus au sérieux et qu’ils soient capable de dire « non ». « En Tunisie, nous sommes 1009 PVVIH déclarés. Faisons en sorte que ce nombre n’évoluera pas », note Ferdaous.

Aujourd’hui, Ferdaous a 41 ans. Elle a fêté son anniversaire entourée de personnes oeuvrant dans ce milieu. Son sourire et sa détermination sont ses armes prioritaires contre le VIH. Chaque année de cohabitation avec le virus est une année de gagnée. Elle le sait bien, elle en est fière et elle en assume entièrement la responsabilité.

D. Ben Salem