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Avant le Comité des familles : En 2002, des familles vivant avec le VIH sont sorties de l’ombre, pour en finir avec la honte et le silence

19 juin 2009 (papamamanbebe.net)

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Reda : Un an avant le premier diwane des familles (l’Assemblée constitutive du Comité des familles), c’est la où tout commence. Les 25 mai et 22 juin 2002 on organise les premiers rassemblements des familles pour survivre au sida.

Et on était quelques dizaines à s’être connu par le biais de l’émission de radio et on s’etait retrouvé, on avait décidé de sortir de l’ombre, et de dire y’en à marre de la honte, y’en à marre du silence. On s’est retrouvé place de la fontaine des innocents.

Donc je vous propose maintenant d’écouter quelques micro-trottoir receuilli lors de ces rassemblements et en particulier dont certain enfants qui m’avaient pratiquement arraché l’enregistreur pour faire des interviews. Et les enfants qui sont toujours aujourd’hui au Comité des familles, sauf pas tout à fait dans les mêmes proportions.

Donc Saïd je te remercie de nous avoir appeler, je t’invite à rester en ligne si tu arrives à écouter, à suivre l’émission. Et donc pour entendre les premiers et futurs militants de l’association le Comité des familles pour survivreausida.

Sons enregistré les 25 mai et 22 juin 2002 pendant les Rassemblements

Enfant 1 : Bonjour Patrick. Ca va bien ?

Patrick : Oui.

Enfant 1 : Pourquoi tu es ici ?

Patrick : Parce que j’ai un traitement et j’ai des bonbons.

Enfant 1 : Merci ... Bonjour tu as quel âge ?

Enfant 2 : J’ai 10 ans et demi.

Enfant 1 : Qu’est ce que tu sais du sida ?

Enfant 2 : Je sais que j’en souffre, du sida.

Enfant 1 : D’accord. Et pour toi qu’est ce que c’est le sida ?

Enfant 2 : C’est une maladie, où on meurt, qui est grave.

Enfant 1 : Tu pense que cette maladie elle est grave, pas grave, ou tu t’en fout ?

Enfant 2 : Elle est grave parce que beaucoup de gens en meurent, elle est très grave même.


Reda : Bonjour, qu’est ce que ta maman t’a dit sur ce rassemblement aujourd’hui ?

Enfant  : Je suis venu parce qu’elle voulait venir.

Reda : Est-ce que tu penses qu’une famille ou quelqu’un touché par cette maladie, doit en parler ?

Enfant : Oui.

Reda : Qu’est ce que tu as envie de dire aux gens qui écoutent l’émission sur cette maladie, et sur les familles qui sont concernées ?

Enfant : Je leur souhaite bonne chance, je leur souhaite de se soigner très bien.

Voix 1 : Bienvenue à Chatelet les halles, il y a trop de monde.

Voix 2 : On dit que le sida il vient d’Afrique, parce qu’il y a beaucoup de monde qui ont le sida en Afrique.

Reda : Et en Algérie, il y a 50 000 séropositifs, 50 000 personnes concernées par ce virus.

Voix 2 : 50 000 ? Franchement je ne le savais pas, en plus je suis un algérien. Mais que voulez vous que je vous dise, c’est une maladie, il y en a dans tous les pays.

Reda : Est-ce que vous connaissez des gens qui sont concernés, qui sont touchés ?

Voix 2 : Moi je connais un séropositif, je le connais de vue, je lui serre la main et tout. Il assume sa maladie, voilà normal. Il est français.

Reda : Il y a un devoir de solidarité, quelqu’un qui est touché il ne faut pas le laisser tomber.

Voix 2 : Bien sûr il faut lui faire comprendre qu’on est toujours là.

Reda : Il y a des gens qui disent que chez les arabes, quand quelqu’un est malade du sida, sa famille le laisse tomber et qu’il se retrouve tout seul.

Voix 2 : Ca, c’est les arabes, ils ne sont pas très intelligents. Rire

Reda : Vous êtes avec votre frère qui est malade, et il y a quelqu’un qui vient le voir et qui lui dit : écoute toi, si tu es malade c’est que tu l’as cherché, de toutes façons c’est de ta faute, tu n’avais qu’à pas faire ceci, pas faire cela... qu’est ce que vous lui dîtes ?

Voix 3 : Moi je vois ça, ce n’est pas une bonne idée parce que toi qui le rejette, à toi-même ça peut t’arriver. Et je crois que si quelqu’un vient te dire qu’il est séropositif, tu dois le soutenir n’importe comment. Tu ne dois pas le rejetter, tu dois manger avec lui, faire tout avec lui.

Fin du son

Reda : Dîtes-vous bien que là on vient de voyager dans le temps puisqu’on était en 2002, c’était un an avant la création du Comité des familles, c’était en mai/juin 2002. Et du coup, on était Place de la Fontaine des Innocents, on était sortis de l’ombre pour la première fois. Et là aussi ça a été un moment fort, vraiment un tournant, et c’est là où on s’est rendu compte qu’on avait besoin de se structurer, de s’organiser. Saïd, est-ce que tu es toujours en ligne avec nous ?

Saïd : Oui, c’est émouvant, cela me rappelle un petit peu que la vie passe trop vite, c’était un petit voyage dans le temps, c’est très très émouvant. On fait un petit peu comme un bilan depuis ce temps-là jusqu’à maintenant, on a fait plein de choses, on a de quoi être fiers. On était conscients du fait qu’il fallait se structurer afin d’imposer notre parole. Donner un visage aux gens d’origine étrangère touchés par le sida, car souvent la parole est volée par d’autres associations.

Souvent tout le monde parle à notre place, donc il fallait que l’on prenne notre place, notre place est à nous, elle est chère, et personne ne peux la prendre. Tant mieux si on existe et si on continue à exister, c’est le but.

Reda : Saïd, avec nous en studios aujourd’hui, il y a Leslie et DJ Kore, deux artistes parmi ceux qui nous avaient invités à Bercy pour Raï’N’B Fever. Je ne sais pas si tu veux leur passer le bonjour, puisque tu étais avec nous à Bercy.

Saïd : Merci DJ Kore, merci pour l’invitation, c’était du lourd ...

DJ Kore : C’était un plaisir, merci c’est cool.

Reda : Et aussi Leslie pour que tu réagisses, sept ans en arrière des choses se mettent en place et pourtant après on va en baver pour arriver à exister, à se faire entendre. Comment tu vois ça, comment tu entends tout ça ?

Leslie : En 2002, j’ai 17 ans. J’ai l’impression d’avoir zappé cette période, donc forcément, c’est qu’on n’en a pas encore assez parlé. Moi à 17 ans je n’était pas au courant de tout ça. Mes amis aussi au lycée n’étaient pas bien informés, donc c’est aussi pour ça qu’on est là aujourd’hui, avec toi. Je suis toujours touché à chaque fois que j’entends de nouveaux témoignages comme ça. Kore a plus vécu cette période, plus que moi, donc je pense qu’il est à même d’en parler. Par ses oncles aussi, des gens qu’il a connu de très près. Il est plus à même de parler de ça.

Reda : Sophia toi tu as quel âge en 2002 ?

Sophia : Waou... 9 ans !

Reda : Qu’est-ce que tu en penses quand tu écoutes ça, des jeunes et moins jeunes parler de cette maladie qui touche nos familles personnellement.

Sophia : Déjà je n’ai pas l’impression que c’était il y a si longtemps que ça. Pour moi le temps je ne le ressent pas comme vous qui êtes plus âgés que moi, donc j’ai l’impression que c’était il y a quelques années à peine. Ca me touche beaucoup, surtout que c’est des enfants qui parlent, qui ont l’air déjà plus informés que la plupart des autres enfants. Du fait qu’ils soient si jeunes, c’est très touchant.

Reda : Et Bruno, ça te touche ?

Bruno : Moi j’avais la trentaine d’années. Aujourd’hui je suis toujours en admiration sur tout ce qui est "instinct de survie". c’est vrai que je connaissais un peu plus avant, ça fait une vingtaine d’années que je suis là-dedans, mais malgré toutes les évolutions le combat est toujours là, on est toujours présent. Mais je suis vraiment en admiration.

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Rassemblement des familles le 22 juin 2002

Rassemblement des familles le 22 juin 2002