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6 ans, déjà ! Le Comité des familles en fête | À propos du Comité des familles pour survivre au sida (2003–2013) | Leslie Princesse | Mimouna Hadjam | Premier Diwane (fête) des familles vivant avec le VIH (14 juin 2003) | Saïd Adnani Kadmiri

Y en a marre de Hachouma : 6 ans, déjà pour le Comité des familles pour survivre au sida ! (avec Mimouna Hadjam et Saïd Adnani Kadmiri)

19 juin 2009 (papamamanbebe.net)

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Reda : On va un peu voyager dans le temps aujourd’hui, je vous propose d’écouter la première intervention de Mimouna. C’est une militante de l’association Africa, qui travaille depuis 20 ans dans le quartier des Quatre Mille à La Courneuve. Elle nous a aidés à créer l’association Le comité des famille le 14 juin 2003, et un peu pour lui rendre hommage - même si elle est toujours avec nous - je vous propose d’écouter ce qu’elle avait à nous dire le soir du premier Diwam des familles lorsqu’on venait tout juste de créer l’association.

Son avec l’intervention de Mimouna Hadjam lors de l’Assemblée générale constitutive du Comité des familles pour survivre au sida

Mimouna Hadjam, membre fondatrice du Comité des familles : Je vais vous expliquer en deux mots pourquoi on soutient cette association qui s’est créée officiellement aujourd’hui, parce que la maladie, comme vous le savez, a fait beaucoup beaucoup de ravages, pendant l’immigration, au début des années 1980. Nous-mêmes, ici dans cette cité, on a connu une trentaine de jeunes, femmes et hommes, qui sont morts.

La maladie était profondément liée aux problèmes de toxicomanie à l’époque où cette maladie était cataloguée comme étant une maladie qui touchait plutôt les classes moyennes, les homosexuels. Nous on voyait nos frères et nos soeurs, qui aujourd’hui auraient plus de quarante ans, qui seraient en train d’élever leurs enfants et qui malheureusement sont morts.

C’est une différence dans la différence, parce qu’on est touchés par la maladie, et encore plus parce qu’on est immigrés. Alors, quand je dis ça, ce n’est bien évidemment pas pour écarter tous les amis qui nous ont aidés jusqu’à maintenant, et moi je veux remercier aussi tout particulièrement les amis soutien, notamment les amis soignants, des gens comme Eliane qui est médecin, Marise qui est enseignante à l’Ecole d’infirmières, Boénane qui est assistante sociale à la défense, qui nous ont permis aussi de faire tout ce travail pendant des années. On a fait ce travail de manière sous-terraine et aujourd’hui on ne veut plus que ce travail se fasse de manière sous-terraine.

On veut que les familles sortent de l’oubli, sortent du silence, parce que l’hachouma (honte) y’en a marre, parce que les gens nous disent "mektoub (destin) mektoub", eh bien justemment, si vous êtes croyants, je m’adresse à ceux qui croient en Dieu pour dire que ce n’est pas la faute de ceux qui ont attrapée cette maladie ; et à ceux qui ne croient pas en Dieu, je leur dis qu’il faut croire en la science : on a beaucoup gagné grâce à la trithérapie.

Fin du son

Reda : Vous venez d’écouter Mimouna, c’était le soir du 14 juin 2003. Elle expliquait pourquoi elle, militante à l’association Africa, apportait son soutien à la création du Comité des familles. Là on est sept ans plus tard, on fête le sixième anniversaire de l’association du Comité des familles pour Survivre au sida. On écoute en fond Amar Sundy, un bluesman touareg qui était avec nous le 14 juin 2003. J’aimerais demander à Hadja où elle était le 14 juin 2003.

Hadja : Le 14 juin 2003 j’étais en Côte d’Ivoire, j’étais membre d’une association de lutte contre le sida à ce moment-là.

Reda : Et quand tu entends la déclaration de Mimouna, ça te fait quoi ? Alors qu’aujourd’hui tu es une des locomotives du Comité des familles ...

Hadja : Je dirais que la lutte continue toujours, et qu’il faut toujours commencer quelque part, donc eh bien ça continue !

Reda : Tina, sept ans après ?

Tina : En 2003 je venais juste d’apprendre ma séropositivité, j’étais encore effondrée et je vois qu’il y avait déjà des gens qui se battaient, qui savaient sur quel front se battre, et qu’il faut pas mélanger religion, culpabilité et maladie parce que ça n’a rien à voir. Il faut se battre et être content des avancées de la médecine.

Reda : On va avoir le temps pendant cette émission de parler avec Leslie de l’intérêt qu’elle porte au Comité des familles, mais je voulais déjà lui demander : comment est-ce que tu réagis ? Ce que tu viens d’entendre c’était vraiment à chaud, il y avait une soixantaine de personnes dans une cave à la cité des Quatre Mille à la Courneuve, cave aménagée pour l’association Africa. On a fait une fête mémorable, je croise encore des gens qui m’en parlent, pour en finir avec l’"hachouma" comme a dit Mimouna.

Leslie : Bien sûr, c’est vrai que j’admire leur courage, j’admire leur force et c’est vrai qu’en tant qu’artiste on est au devant de la scène, mais ce sont vraiment des gens comme eux et comme vous qui devriez vraiment être aux premières loges et pouvoir avoir encore la chance de prendre la parole, davantage. Et d’ailleurs j’espère qu’avec le temps ce sera pas aux Quatre Mille et dans un petit local et que ce sera vraiment entendu haut et fort dans un endroit où vous aurez vraiment le droit à la parole, tout simplement.

Invité téléphonique : Saïd Adnani Kadmir, membre fondateur du Comité des familles

Reda : Saïd est notre correspondant lyonnais et il était présent lui aussi le 14 juin 2003 lorsqu’on a créé le Comité des familles. Alors, je dois des excuses à Sophia, parce que j’ai oublié de la présenter lorsque j’ai fait le tour de table, du coup je vais lui demander de se présenter elle aussi, sachant que tu es là en remplacement en fait, en substitut, pas du procureur, mais de la fille du comissaire.

Sophia : Je remplace ma mère aujourd’hui parce que malheureusement elle n’est pas là. Je m’appelle Sophia, j’ai seize ans, et puis, c’est tout pour le moment.

Reda : Alors Saïd, est-ce que tu peux nous raconter le parcours du Comité des familles ? Il a été très difficile, mais ce que je voulais que tu nous dises c’était les souvenirs que tu avais de cette soirée-là, pour moi c’était un moment magique, mais comment toi tu t’en souviens ?

Saïd : C’était très émouvant, c’est quelque chose qui reste en nous pendant toute une vie. Moi je m’en rappelle très bien parce que c’était quelque chose de très difficile au niveau personnel, et avec le peu des moyens qu’on avait on a réussi à concrétiser un projet qui n’était pas facile, à créer une association.

Ce qui était magnifique, c’était le lendemain quand on s’est reveillés, on a trouvé un article dans le Parisien qui parlait d’une association luttant contre les tabous à la Courneuve. C’est quelque chose que je ne peux pas oublier, des souvenirs qui sont en moi et qui ne partirons jamais, la soirée aussi. Ce qui compte surtout c’est ce qu’on a réussi à faire, c’est quelque chose d’énorme, ça montre qu’avec le peu de moyens qu’on a, on est motivés, et on est conscients et on peut faire tout ce qu’on veut, et ça c’est très important.

Je me rappelle d’Amar Sundy, le bluesman touareg de Nanterre à la soirée, et c’est surtout la première fois qu’on parle de la Courneuve grâce à une association qui est contre les tabous. C’était la meilleure chose qui puisse m’arriver, donc je suis très touché aussi au niveau de la solidarité des familles, de la Courneuve, avec peu de moyens ... ils ont pu préparer un repas qui était très délicieux, magnifique, et on s’est retrouvés à une cinquantaine ou soixantaine de personnes, je ne me rappelle plus ... Et aussi c’était la première fois que quelqu’un venait vers moi et me disait "Voilà je m’appelle comme ça, je suis séropositif ..." et ça, ça reste gravé à jamais. Jamais on n’avait fait quelque chose d’aussi magnifique, et j’ai vraiment su qu’on était en train de créer quelque chose de magnifique, et heureusement que ça continue, grâce à des gens comme toi, c’est toujours aussi magnifique.

Photos


Amar Sundy, bluesman touareg, était avec nous pour la création du Comité des familles

Amar Sundy, bluesman touareg, était avec nous pour la création du Comité des familles

Amar est venu avec une guitare et un ami

Amar est venu avec une guitare et un ami

Reda prend la parole lors du premier Diwane des familles

Reda prend la parole lors du premier Diwane des familles

Saïd Adnani Kadmiri répond aux question de Victor Dixmier, journaliste au Parisien

Saïd Adnani Kadmiri répond aux question de Victor Dixmier, journaliste au Parisien