Skip to main content.

Effets indésirables | Geneviève Chêne | Jacqueline Capeau | Jean-François Delfraissy | Séniors séropositifs | Troubles neurologiques et VIH

Troubles de l’attention ? De la mémoire ? Une étude tentent de répondre aux inquiétudes des séropositifs

7 septembre 2009 (papamamanbebe.net)

1 photo | | Votez pour cet article

Le 8ème Séminaire de Recherche Clinique sur le VIH de l’ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les hépatites virales), traitant du vieillissement accéléré chez les patients infectés par le VIH, a tenu un point presse début juin 2009. Orchestré par le Professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, le Professeur Jacqueline Capeau, responsable du groupe de travail "vieillissement" de l’ANRS (Université Pierre et Marie Curie, Paris), et le Professeur Geneviève Chêne, coordinatrice de l’étude ANRS CogLoc sur les troubles et locomoteurs chez les personnes infectées par le VIH (Université de Bordeaux II), deux thèmes majeurs sont ressortits de cette conférence, le vieillissement accéléré et les troubles cognitifs.

Les troubles cognitifs et locomoteurs

Le professeur Geneviève Chêne est coordinatrice de l’étude ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) CogLoc sur les troubles cognitifs et locomoteurs chez les personnes infectées par le VIH.

Les troubles cognitifs regroupent tous les problèmes d’habilitée mentales, c’est à dire la mémorisation, l’attention, le langage, la perception, mais également la prise de décision ou la résolution de problèmes. Les troubles locomoteurs concernent les domaines de l’équilibre, de la marche, de l’endurance et de la force musculaire. Ces troubles cognitifs et locomoteurs chez les patients atteints du VIH font l’objet d’une étude particulière depuis les années 2000. Des données ont pu être collectées grâce à plusieurs études de cohortes de personnes atteintes du VIH. Geneviève Chêne a souhaité, deux ans après l’étude CogLoc, faire le point sur les résultats obtenus sur 230 patients.

Les facteurs déterminants :

Les patients au stade sida ont beaucoup plus de risques de contracter des troubles cognitifs (ils représentent les deux tiers des patients atteints de ces troubles) que les patients séropositifs. D’autre part, la prévalence de ces déficits est en lien avec la charge virale du patient. Il existe également un lien fort entre ces déficiences et la présence de problèmes lipidiques chez le patient atteint du VIH (diabète, taux de cholestérol très élevé...).

Des facteurs extérieurs entrent également en jeu : le niveau d’études ainsi que les antécédents de traumatisme crânien (ou encore, comme nous l’a rappelé le Dr Gasnault lors d’un entretien "le fait d’avoir eu des antécédents neurologiques, traumatisme crânien, infections qui ont endommagées le cerveau, le fait d’avoir une co-infection par hépatite C, sont des facteurs qu’il faut prendre en compte"), mais ceux-ci ne concerne pas seulement les patients atteints du VIH.

Ces derniers facteurs augmentent les risques de troubles cognitifs chez l’ensemble des individus.

Les études montrent que la prévalence de ces troubles est directement liée à l’âge. Un séropositif est considéré comme âgé à partir de 45 ans. 25 % des patients âgés de plus de 45 ans souffrent de ces troubles (sachant que, pour l’ensemble de la population, seulement 3 à 5% des personnes âgées de plus de 65 ans en souffrent et que, selon l’étude du Dr Gasnault qui s’est intéressée aux patients atteints du VIH de plus de 60 ans, "entre 45% et 50% de patients présentent des troubles cognitifs mineurs"). Très peu de personnes séropositives de moins de 30 ans souffrent de déficit.

En ce qui concerne les troubles locomoteurs, 34% des 230 patients de l’étude CogLoc présentent des tests anormaux. En revanche, il est encore difficile de déterminer si le sexe du patient à une influence sur ces déficits. Les études ne permettent pas non plus de connaître les évolutions de ces troubles au fil des mois : récession, aggravation...

Enfin, il est encore trop tôt pour déterminer si les traitements antirétroviraux peuvent avoir une influence sur les troubles cognitifs et locomoteurs. (Le Dr Gasnault précise que "si on vient vers ce qu’on va considérer comme les troubles spécifiquement liés au VIH, se développe depuis plusieurs années toute une réflexion sur l’impact des traitements antirétroviraux sur ces troubles. Est-ce que toutes les molécules antirétrovirales ont la même activité face à des évènements qui se passent dans le cerveau ? Probablement pas. On commence à avoir des études qui montrent que certaines molécules sont plus efficaces que d’autres pour réduire les troubles cognitifs. Des possibilités d’agir pour essayer de mieux combattre le virus quand il est dans le cerveau existent").

Le but de ces études et les tests pratiqués :

Les études peuvent permettre de mieux cibler les traitements sur les personnes plus sujettes aux troubles cognitifs. Il est très important de pouvoir agir sur ces troubles, notamment en ce qui concerne les difficultés d’expression. En effet, le patient atteint du VIH doit pouvoir exprimer de manière la plus claire possible ce qu’il vit à son médecin.

Pour effectuer ces études, les cohortes de patients doivent effectuer une batterie de tests. Le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, s’est prêté à ces tests, et a avoué qu’ils étaient plutôt pénibles et fatigants. Ils durent une heure et demi. Cela pose le problème de coût pour les cliniques. D’autant que ces tests manquent de crédibilité. Aucun protocole clair n’est établi, les tests restent au stade expérimental. Le médecin cherche à faire des tests très simples, qui permettent un balayement large et une prise en compte de toutes les sortes de troubles. Ce sont des questions simples qui portent sur la mémoire immédiate (trois jours à quelques minutes).

Le test le plus révélateur est celui des 5 mots de Dubois : on demande au patient de répéter cinq mots simples, puis, après avoir effectué d’autres types de tests (2 ou 3), on redemande au patient de donner les 5 mots. Mais il faudra attendre encore quelques années pour affirmer de l’efficacité de ces tests.

Camille Dubruelh

Photos


Jean-François Delfraissy, Geneviève Chêne et Jacqueline Capeau

Jean-François Delfraissy, Geneviève Chêne et Jacqueline Capeau