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Charge virale indétectable | Contamination et prévention | Femmes séropositives | Observance thérapeutique | Sexe et sexualité

Le médecin de Sylvie, séropositive depuis 12 ans, lui avait déjà dit qu’avec moins de 40 copies de charge virale, elle ne pourrait pas transmettre le virus

27 mai 2009 (papamamanbebe.net)

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Le débat : Homosexuels, hétérosexuels : Libres de choisir comment se protéger ?

- Première partie : Le médecin de Sylvie, séropositive depuis 12 ans, lui avait déjà dit qu’avec moins de 40 copies de charge virale, elle ne pourrait pas transmettre le virus
- Deuxième partie : Homophobie et sida : Doit-on taire l’« avis suisse » parce qu’il ne concerne pas forcément les homosexuels ?
- Troisième partie : Homosexuels, hétérosexuels : Libres de choisir comment se protéger ? Le libre arbitre à l’épreuve des inégalités entre populations face au sida

Reda Sadki : Si c’est la première émission sur ce thème, si comme Georges c’est la première fois que vous nous écoutez, je vous encourage à aller sur le site www.survivreausida.net et écouter les émissions antérieures parce qu’elles permettent de mieux comprendre et elles donnent certaines des clefs notamment les prises de parole des experts, mais aussi les prises de parole des personnes concernées et d’ailleurs on va écouter celle-ci : c’est Sylvie qui elle dit aussi un petit peu à l’image de Georges, que tout ça ce n’est pas forcement nouveau pour elle. On écoute et puis on en parle après.

Sylvie : J’ai su (ndrl : l’Avis suisse) après une soirée d’une rencontre du mardi soir au Comité des familles après le 14 février. Sur le coup j’ai pas très bien compris ce que cela impliquait, mais avec le recul en y réfléchissant bien je me rends compte que c’est une information qui ne va pas changer grand chose dans ma vie personnelle puisque je faisais déjà attention de choisir le partenaire le plus sûr dans les bilans indétectables à moins de 40 copies, et je faisais déjà l’amour sans préservatif dans le cas où j’étais sûre qu’il n’y avait pas de risque de MST ou quoique ce soit avec le partenaire.

Néanmoins, je pense que cette information vient compléter ce que je faisais déjà, ça me conforte dans le choix que j’ai fait de pouvoir avoir avec mon partenaire séropositif à moins de 40 copies sérieux et pas de MST au alentour, d’avoir des rapports non protégés. Bon maintenant c’est vrai que cette information aujourd’hui je pense qu’elle va me faire du bien et faire du bien à tous les malades, elle va faire en sorte que les autres (ndrl : les séronegatifs) puissent nous voir différemment, que les autres puissent comprendre un petit peu les risques et pas forcement que les inconvénients.

Par exemple, de sortir avec quelqu’un de séropositif ou avoir quelqu’un de séroposif dans sa famille, quand on est indétectable à moins de 40 copies, c’est pas parce qu’on va boire dans un verre qu’on va contaminer. C’est l’impact que cette information peut avoir sur la population qui m’interpelle parce que moi dans ma vie au quotidien l’information je l’avais déjà parce que je suis suivie depuis plus de 12 ans et que j’ai un médecin avec qui je dialogue, je discute, et par rapport à ma sexualité à moins de 40 copies, mon médecin m’avait donné son accord pour pouvoir enlever la capote sans difficulté, sans risque de contaminer mon partenaire.

C’était simplement entre mon médecin et moi, alors que là c’est une information qui va être rendue public, ça veut dire que si demain je change de partenaire, que je rencontre quelqu’un qui est séronégatif, il y a une possibilité d’avoir une vie normale, or dans mon cas personnel aujourd’hui ce n’est pas le cas et dans le cas où ça le devenait demain c’est quand même important que la personne séronégative puisse savoir que je ne représente pas un danger pour lui.

En tout cas le risque est de 1 sur 100 000 donc la personne peut quand même décider de sauter le pas ou pas ; et moi de mon côté ça va me libérer dans la mesure où je ne vais pas me dire "je vais tuer quelqu’un". Donc pouvoir continuer à me regarder dans une glace sachant que je n’ai pas mis la vie de la personne en danger, et puis je pense que lorsque les personnes séronégatives vont rencontrer les personnes séropositives, on ne sera pas montré du doigt.

La cette information pour moi elle change ça, elle change le regard des gens sur une personne séropositive, pas seulement sur moi mais sur une personne séropositive.

Le regard que la population de séronégatifs a aujourd’hui sur les personnes séropositives est négatif, c’est l’information qui va faire la différence dans les mœurs des gens. Je pense que ce qui est vraiment important c’est que les gens soient au courant de cette information. Après qu’ils changent de comportement ou qu’ils changent leur regard sur les personnes séropositives ce serait bien ; s’ils ne le font pas ce n’est pas grave au moins ils auront reçu l’information, parce que moi je sais, comme je l’ai répété, et peut-être que je me répète, mais avec mon médecin à moins de 40 copies j’avais le droit d’avoir un rapport non protégé sans mettre ma vie en danger et sans mettre la vie de mon partenaire en danger mais ça c’était dans le cabinet médical avec mon médecin.

Là maintenant, je suis toujours indétectable depuis plus de 5 ans, et dieu m’en préserve, je prends très bien mes médicaments, et malgré le fait que j’ai eu des rapports non protégés pendant toutes ses années avec mon partenaire tout se passe bien, donc c’est bien la preuve que, à moins de 40 copies, avec une bonne hygiène de vie, une bonne prise de médicaments, pas de maladies sexuellement transmissibles, cette nouvelle, c’est une bouffée d’air frais.

Hélène : C’était donc le témoignage de Sylvie, on la remercie. Réaction autour de la table ?

Nabila : Tout à fait, je suis tout à fait d’accord c’est une vrai bouffée d’oxygène et Sylvie l’a bien dit c’est une révolution tout en sachant que c’est une information qui tournait dans les cabinets médicaux, entre patient et médecin.

Aujourd’hui l’information passe juste le cap général et c’est ce qu’on veut en tant que personne touchée par cette maladie, qu’on arrête de nous culpabiliser, nous montrer du doigt comme étant les contaminateurs susceptibles à chaque fois que les chiffres montrent la hausse des contaminations. Aujourd’hui la médecine nous dit clairement, qu’avec une observance régulière, avec un traitement bien pris, une charge virale indétectable, loin des maladies sexuellement transmissibles, on n’est pas contaminant, que ce soit entendu par les personnes séronégatives. Je le redis, on est pas contaminant, donc on n’est pas susceptible d’être des criminels comme on l’a souvent entendu.

Reda Sadki : Je relève, quand même, que ce qui m’étonne c’est que Sylvie elle parle de "il n’y a plus besoin d’avoir peur de partager un verre d’eau" mais c’est pas comme s’il est nécessaire d’avoir une charge virale indétectable pour partager un verre d’eau avec une personne séronégative sans avoir la crainte de la contaminer, donc quelque part je vois ça comme un autre effet pervers de la prévention qui a force de grossir les risques nous remet dans une logique où on va s’imaginer que le VIH est contagieux, comme si c’était la grippe A.

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