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Annonce de la séropositivité | Bouchra | Femmes séropositives | Grandes soeurs | Grossesse et VIH

Bouchra, enceinte de 8 mois, a appris sa séropositivité au deuxième mois de sa grossesse : « Je vais devenir une grande soeur pour d’autres mamans comme moi »

23 avril 2008 (papamamanbebe.net)

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Bouchra a 44 ans, séropositive depuis le deuxième mois de sa grossesse. Elle a découvert le Comité sur le net, et participe au projet Grandes soeurs. Ce projet permet aux mamans de rencontrer d’autres femmes qui ont appris leur séropositivité en cours de grossesse.

Hadja avait posé la question à Bouchra : comment s’est passé l’annonce de sa séropositivité, alors qu’elle était enceinte de deux mois, à son conjoint qui est séronégatif ?

Bouchra raconte l’attente d’une quinzaine de jours avant d’avoir la remise de son diagnostic de séropositivité par son gynécoloque. Elle s’est rendu chez les médecin :

« C’était un choc. Lui-même il ne s’y attendait pas. Mon gynéco était choqué. Quand je suis rentré à la maison, je l’ai dit à mon mari. Mon conjoint l’a très bien pris, il a très bien réagi. Il a fait un test, et il est sorti négatif, lui. Mais il m’a très bien soutenu. Mon mari était un peu au courant, il m’a expliqué que je n’étais pas malade du sida mais séropositive, que la vie continue, on continuera nos projets comme on avait convenu. Jusqu’à maintenant, moralement, il me soutient bien ! »

Tina l’interroge sur l’intérêt du soutien par les mamans qui travaillent sur le projet Grandes soeurs, et sur les conséquences de cette annonce alors que son conjoint la soutient.

Bouchra raconte comment elle est venue au Méga Couscous des familles le 8 décembre 2007. « C’était très convivial, il y avait beaucoup de familles. Je voulais rencontrer des gens qui étaient dans la même situation que moi, ce n’était pas suffisant qu’on me le dise, il fallait que je vois ! » C’est donc vers le milieu de l’après-midi qu’elle a pris son courage à deux mains pour parler avec Reda, qui l’a tout de suite présenté à une autre maman concernée.

Le docteur Catherine Crenn-Hebert, gynécologue-obstetricienne et practicien hospitalier à Louis Mourier (Colombes), réagit au témoignage de Bouchra. Pour ce médecin, engagée depuis de nombreuses années dans le soutien et l’accompagnement des femmes enceintes séropositives, mais ce soutien des professionnels ne peut pas remplacer le soutien que peuvent apporter les femmes qui sont passées par-là.

« Il est indispensable de créer ce que Bouchra explique très bien. On peut faire professionnellement du mieux possible, mais ça ne remplace pas. Il faut qu’il y ait à côté, d’autres éléments de la vie, de tisser des relations avec un groupe de femmes, de pouvoir s’informer différement, je trouve cela vraiment très bien d’avoir des informations par un autre canal que celui de la consultation à l’hôpital. »

Bouchra explique ensuite comment elle vit sa grossesse, le début du traitement, et les préparatifs de l’accouchement.

Transcription

Hadja : J’aimerais savoir, parce qu’aujourd’hui on a un grand problème avec les conjoints, l’implication des conjoints dans la prise en charge. Les femmes, par peur d’être rejetées, parfois n’informent pas leurs conjoints. À votre niveau, comment cela s’est-il passé ?

Bouchra:Le conjoint… Quand on m’a annoncé qu’il y avait une analyse à refaire, on ne m’a pas dit que c’était le VIH, la sérologie du sida. Bon, je doutais un petit peu. Et après, on m’a dit : « si c’est négatif, on vous appellera, si c’est positif, la réponse vous la trouverez chez votre gynécologue ». J’ai attendu une quinzaine de jours, j’ai appelé mon gynécologue. Il m’a dit : « Oui, il faut que je vous voie ». J’ai dit : « Par rapport à quoi ? Par rapport à l’analyse ? ». Il m’a dit : « Oui, c’est par rapport à ça ». Je lui ai dit : « Qu’est-ce qu’il y a ? ». Il m’a dit : « Je ne peux pas vous le dire au téléphone, il faut que je vous voie face à face ». J’ai appelé mon conjoint. Il m’a dit : « Va voir, tu verras ce qu’il va te dire ». J’ai été, et quand il m’a annoncé ça… c’était un choc. Lui-même ne s’y attendait pas, mon gynéco était choqué. Après, quand je suis rentrée à la maison, je le lui ai dit. Il a très bien réagit, mon conjoint l’a très bien pris. Le gynécologue m’a dit : « Il faut que votre conjoint fasse un test ». Il l’a fait, il est sorti négatif, lui. Mais il m’a très bien soutenue. Il m’a expliqué, comme m’a expliqué mon médecin, que le VIH c’était le virus. Parce que je ne savais pas ce que c’était la différence entre le VIH et le sida. Mon mari était un peu au courant, il m’a expliqué aussi ce que c’était que le virus : « Tu n’es pas malade, tu n’as que le virus, la vie continue, on continuera nos projets comme on avait convenu ». Mais jusqu’à présent, moralement, il me soutient bien.

Tina : Moi, je voulais te demander : qu’est-ce que ça t’a apporté de rencontrer d’abord une première maman concernée et après d’avoir ce soutien par le groupe des mamans qui se rencontrent une fois par mois pour avancer dans ce projet. Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Bouchra:Comme je vous l’ai dit, ça m’a soulagée. Ça m’a permis de voir que la vie continue. Parce que même à ce moment là, malgré que j’avais ces soutiens-là, je continuais à ne broyer que du noir. J’allais à mon travail, je n’arrivais même pas à travailler. Je ne faisais que chercher sur internet. J’étais bloquée. Surtout moralement, je n’arrivais plus à dormir. Mais quand j’ai vu des mamans dans le même cas que moi, je vois qu’elles ont pris la vie au large et que la vie continue. Ça m’a soulagée.

Reda : Honneur aux mamans, projet Grandes Sœurs, aujourd’hui. C’était Bouchra au micro de Survivre au sida. Je repasse la parole, et le micro, elle vient de nous rejoindre en studio, Tina :

Tina : Oui, bonjour Bouchra, bienvenue à l’émission. On vient d’entendre ton témoignage. Peux-tu te présenter et nous dire comment tu as connu le comité ?

Bouchra : Bonjour, je me présente, je me prénomme Bouchra, j’ai 44 ans. Je suis séropo depuis… Je l’ai appris au 2ème mois de ma grossesse. Là, je suis à la fin du 8ème mois. Et le comité, je l’ai appris par internet.

Tina : On se voit régulièrement, pour mettre en place le projet Grandes Sœurs. On en a beaucoup parlé, mais peut-être que les auditeurs aimeraient bien plus de détails sur ce que c’est ce projet.

Bouchra : Le projet Grandes Sœurs c’est d’abord rencontrer des personnes qui ont appris leur séropositivité au moment de leur grossesse ou à un autre moment. Leur apprendre… J’aimerais bien, comme moi, ce qu’on m’a donné, ce qu’on m’a appris, leur transmettre : que la vie continue, qu’il ne faut pas faire attention… Excusez-moi, je suis un peu émue, je n’ai pas l’habitude de parler au micro. La vie continue, tout le monde doit être épanoui. J’ai eu beaucoup de soutien. Dès que j’ai appris que j’étais séropo, au point de vue médical ou au comité, j’ai très très bien été soutenue.

Tina : L’annonce par le médecin, comment ça s’est passé pour toi ? Qu’est-ce que tu peux dire sur ce moment-là ?

Bouchra : À ce moment-là, il m’a très bien soulagée. Il m’a appris ce que c’était la différence entre le VIH et le sida, ce que je ne connaissais pas. Il m’a dit que je n’étais pas atteinte, vraiment, par une très grande maladie, que c’était seulement un virus. Qu’il avait connu pas mal de couples et de femmes dans la même situation et que je n’avais rien à craindre et que la vie, elle, continuait. Qu’il y avait des familles qui étaient atteintes depuis 15-20 ans. Alors ça m’a permis de… Parce que dès que je l’ai su, c’était la mort tout de suite.

Tina : L’étape suivante, assez difficile, c’était pour toi de le dire à ton mari. Est-ce que tu peux nous dire comment ça s’est passé ?

Bouchra : Il attendait, il savait que j’avais été convoquée par mon médecin pour les résultats des analyses. Il était au courant, je ne le lui avais pas caché.

Tina : Et comment est-ce qu’il a réagi ? Comment ça a été pour toi ?

Bouchra : Très bien. Il m’a très bien soutenue. Lui connaissait la différence entre le VIH et le sida, il a commencé à m’expliquer et il a dit que rien ne changerait à nos projets.

Tina : Les médecins t’avaient bien informée, ça t’a beaucoup aidée mais après tu continuais à cogiter…

Bouchra : Je voulais rencontrer des gens qui étaient dans la même situation que moi. Il fallait que je voie de mes propres yeux, il ne fallait pas seulement qu’on me le dise, il fallait que je rencontre des personnes, il fallait que je sorte de ce truc, que je les rencontre.

Tina : Raconte un peu comment s’est passée ta rencontre avec le comité…

Bouchra : La 1ère rencontre c’était au Méga Couscous, je crois que c’était en décembre 2007. C’était très convivial, il y avait beaucoup de familles. Je ne me suis pas tout de suite présentée mais par la suite, vers le milieu de l’après-midi, j’ai commencé à parler à Reda et il m’a fait rencontrer des personnes qui étaient dans la même situation. J’ai discuté avec elles, et c’est là que j’ai intégré le comité. J’ai commencé à rencontrer d’autres personnes, à venir à des réunions d’informations, à conclure ce projet des Grandes Sœurs avec Tina et compagnie…

Tina : Projet qui soutient des femmes qui apprennent leur séropositivité en cours de grossesse. On se voit une fois par mois, un groupe de 8 mamans. Et on met en place… On voudrait intervenir dans la maternité de l’hôpital Louis Mourier, on travaille en partenariat avec les médecins de la maternité, avec le docteur Crenn Hebert. Pourriez-vous dire, de votre côté, ce que vous connaissez du projet, ce que vous en pensez ?

Dr Catherine Crenn Hebert : Ce que j’en connais ce sont vos présentations successives et nos échanges pour avancer sur comment ça pourrait se réaliser, en pratique. Comment est-ce qu’on pourrait proposer, dans le cas où on ferait un diagnostic, chez une femme enceinte, de séropositivité… ce serait très bien si on pouvait avoir une liste de numéros de téléphone ou bien un numéro d’appel à leur proposer, en leur disant : « On va vous proposer un suivi médical d’une part, un suivi à l’hôpital avec une équipe de professionnels. Mais ça ne remplace pas le soutien que pourrait vous apporter des femmes qui sont passées par là. Et je crois que ça sera très bien quand on aura un ou des numéro(s) de téléphone à proposer. Voilà ce qu’on en attend : le soutien par des femmes, en dehors des professionnels, chacun son job.

Tina : Votre réaction au témoignage de Bouchra ?

Dr Catherine Crenn Hebert : Je pense que justement elle explique bien, elle présente tout à fait, ce qui est indispensable de créer. C’est-à-dire qu’on peut faire, professionnellement, du mieux possible, on espère. Mais ça ne remplace pas… il faut, à côté, qu’il y ait d’autres éléments de la vie. Parce que ce sont vraiment les éléments de la vie sociale, de tisser des relations avec un groupe de femmes, de pouvoir s’informer différemment. Je trouve ça vraiment très bien de pouvoir avoir des informations par un autre canal que la consultation à l’hôpital. Je pense que c’est un élément d’équilibre très important.

Tina : Et Bouchra, tu nous a parlé de l’annonce, de la rencontre avec le comité, de ton investissement pour devenir Grande Sœur. Maintenant, comment se passe ta grossesse, le début du traitement ?

Bouchra : Au début du traitement, j’appréhendais la 1ère fois, par rapport aux effets secondaires, dont on me parlait à chaque fois. Bon, ça a été, j’ai commencé un peu tard, au 6ème mois, car ma charge virale était faible. Et là tout va bien, je le prends régulièrement. Là je reviens de chez le pédiatre, vu que je vais bientôt accoucher, pour le suivi du bébé. On me dit que tant que ma charge virale est indétectable je n’ai rien à craindre.

Tina : Et l’accouchement, ça sera…

Bouchra : Normalement, ça sera par voie normale, par voie basse. Je suis pressée, ça devient lourd. Pas par rapport à la maladie mais ça devient lourd, c’est pesant à porter.

Tina : Alors, on t’a vue arriver avec ton gros ventre, donc c’est pour bientôt…

Bouchra : Normalement, c’est pour le mois de mai, là.

Tina : C’est super que tu aies eu le courage de venir jusqu’ici et on est contents de t’avoir à la radio pour parler de tout ça.

Transcription : Alexandra Forestier

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