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Cameroun : suivi des malades du VIH/sida, les raisons de la colère
11 mars 2008 (La Nouvelle Expression (Cameroun))
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Les récents événements survenus à Yaoundé ont mis au grand jour les sujets qui minent la lutte contre le sida au Cameroun. Portés au nu par les associations des personnes vivant avec le vih/sida (Pvvihs), ils font en ce moment l’objet de réflexion au plus haut niveau. Outre les prix des bilans pré thérapeutiques qui ont été maintenus à 3.000 F Cfa, d’autres questions relatives à la prise en charge des personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humain ont émergé. On s’achemine vers un compromis entre le gouvernement, à travers le ministère de la Santé publique, représenté par le Comité national de lutte contre le sida (Cnls) et les associations susmentionnées.
Comment la grève a été cassée
Les personnes vivant avec le vih (Pvvihs) avaient annoncé une grande manifestation le mercredi 20 février 2008, à l’esplanade du Cnls. Pour protester contre les quotas imposés dans la réalisation des bilans pré thérapeutiques d’une part, et les coûts exorbitants décidés par le groupe technique central du Comité national de lutte contre le sida (Gtc/Cnls) d’autres parts. Mardi 19 février 2008, dès 6 heures du matin, des responsables des associations ont été conviés par téléphone à une rencontre programmée à 11 heures le jour même, dans le cabinet du Ministre de la Santé publique (Minsanté), André Mama Fouda. Une trentaine de personnes représentant ces associations se sont retrouvées autour du ministre, dont quelques-unes venant de Douala, selon Alain Fogué Foguito, président du Mocpat (Mouvement camerounais de plaidoyer pour les traitements). Qui fait savoir que parmi ces Pvvihs, la majorité ne maîtrisent pas les subtilités des textes publiés en matière de vih/sida. Bien plus, a-t-il poursuivi, était présente le présidente du Recap+ (Réseau camerounais des personnes vivant avec le virus) dont l’organisation est financée par le Cnls. Au terme de la séance, un groupe de travail composé de ces derniers ainsi que des collaborateurs du ministre a été constitué pour réfléchir sur des solutions de financement en vue de couvrir les 110.000 bilans de suivi attendus pour 2008. Et des jetons de présence offerts à chacun au terme de la réunion.
Diffusé la veille de la manifestation, le communiqué faisant état du rétablissement du coût des bilans pré thérapeutiques à 3.000 F Cfa a dispersé la grande majorité des intéressés dont la taille était estimée à 500 personnes. Du coup, seul le Mocpat a maintenu la pression sur le Cnls, ce mercredi 20 février, comme convenu. Pour protester contre une décision qui ne sera pas suivi d’effet si le texte d’application abrogeant l’arrêt antérieur n’est pas lui aussi publié. En vue également d’attirer l’attention sur des manoeuvres susceptibles d’aggraver les souffrances des Pvvihs. Puisque le communiqué ne fait pas mention du bilan d’orientation thérapeutique dont le coût est de 10.000 F Cfa et qui demeure. Seuls sont concernés le bilan pré thérapeutique et le bilan semestriel de suivi des personnes sous antirétroviraux au Cameroun, dont le coût global est évalué à 21.000 F Cfa, la subvention étant de 18.000 F Cfa, contre 3.000 F Cfa supporté par le patient.
Les sujets qui fâchent
Le fonds de solidarité est lancé en 2000 et instauré en 2006 ; l’activation des activités du CCM (Country Coordinating Mecanism) ; l’équipement et la fonctionnalité de l’Unité de prises en charge (Upec) ; l’approvisionnement en Arv, etc. Voilà quelques-uns des sujets qui fâchent dans la lutte contre le sida au Cameroun. Lesquels ont encore été réitérés par des personnes vivantes avec le vih (pvvihs) ce mercredi 20 février 2008. Au cours de leur mouvement de grève organisé pour fustiger une décision " irresponsable " des responsables du Groupe technique central du Comité national de lutte contre le sida (Gtc/Cnls). Consistant à la hausse des prix des bilans pré thérapeutiques de 3.000 F Cfa à 21.000 F Cfa dans les centres de traitement subventionnés par l’Etat et à 24.900 F Cfa au centre Pasteur du Cameroun (Cpc). Si le principal point de discorde a été réglé, d’autres nécessitent également qu’on s’y mette de l’avis des manifestants réunis au sein du Mouvement camerounais pour le plaidoyer et l’accès aux traitements (Mocpat). Ils citent en cascade l’approvisionnement des centres de traitements en ressources adéquates, et le changement des mentalités des gestionnaires de ces structures. "Aujourd’hui, disent-ils, les produits sont revendus aux malades par les pharmaciens. L’exemple du cotrimocaxole ou Batrim, utilisé comme préventif contre la tuberculose". Ont été notées également les ruptures des Arv dont les stocks sont rationnés pour faire illusion ; et la gratuité des médicaments pas toujours accessibles. Dans le même chapitre, nos sources évoquent surtout le Country Coordinating Mécanism (Ccm), dont la mission est la sélection et la validation des projets du Cameroun pour le Fonds Mondial (Fm). Auquel le pays de Paul Biya n’a pas été admis au 6è et au 7è round de financement de cette institution, synonyme d’absence de fonds destinés au Cameroun.
Alain Fogué Foguito fait remarquer que " ce sont ces échecs qui sont à l’origine des tribulations actuelles constatées dans la prise en charge des malades du sida au Cameroun". Car, depuis deux rounds (6è et 7è), le Cameroun n’est pas passé, alors que ce sont ceux-ci qui permettent d’avancer dans la gratuité, soutiennent ces sources. Selon qui le Cnls manque d’argent, mais ne peut pas le dire ouvertement, ils ne pourront pas supporter dans la durée les 18.000 F Cfa annoncés par le ministre de la Santé publique (Minsanté), André Mama Fouda. Dans le registre financement encore, les Pvvihs revendiquent des comptes sur la gestion du Fonds de solidarité (Fs) lancé en 2000 et instauré en 2006 et dont le solde était évalué à 64 millions de F Cfa. Une enveloppe qui a baissé de plus de 3 millions de F Cfa au 19 septembre de la même année, lorsqu’il a fallu remettre le chèque au comité de gestion créé par les associations de Pvvihs, actuellement estimé à 29.000.000 F Cfa, le reste a été distrait par le coordonnateur de ces capitaux recruté par les concernés et qui était logé au Comité national de lutte contre le sida. Paul Ndongo Bilong est en fuite, selon les déclarations des manifestants qui croient savoir que le gestionnaire du compte créé dans une banque de la place lui serait aux arrêts pour les mêmes raisons. Nos sources révèlent que Maurice Fezeu serait allé à leur rencontre mercredi 20 février, pour leur expliquer que quatre membres du Mocpat feront partie du groupe de travail mis en place par le Minsanté pour réfléchir sur les solutions de financement. Ils seront également impliqués dans l’intensification de recherches pour l’interpellation de Paul Ndongo Bilong, et enfin l’association sera sollicitée pour faire des propositions au secrétaire permanent du Cnls sur sa vision du Ccm.
Le CCM en question
Le dépistage volontaire et le retrait des résultats par les intéressés sont actuellement l’objet d’un téléfilm qui a été produit par Iresco (Institut pour la recherche, le développement socio-économique). Etalé sur plus d’une dizaine d’épisodes, seuls quatre ont été produits jusqu’ici et présentés au cours d’une petite séance publique, au cours de décembre 2007 et à des représentants de la presse début janvier 2008. Le film évoque la sexualité transgénérationelle, le dialogue parents enfant, la promotion du test de dépistage de vih, la promotion de l’abstinence comme moyens de prévention du vih, autres thèmes développés. " La suite pourrait ne pas être produite faute de financements nécessaires ", avaient révélé les dirigeants de cette structure.
Des informations fiables dans les milieux de la santé font état de ce que cette situation serait due à la non-validation des projets du Cameroun par le Ccm, dont la mission est la sélection des projets pays et leur soumission au Fonds mondial qui débloque les financements. Ce projet fait partie des deux projets qui avaient été proposés par Iresco sur la communication pour le changement de comportement, et Care Cameroun portant sur la mobilisation de la société civile. Les deux projets ont été jumelés afin de multiplier les chances du Cameroun pour son admission aux deux derniers rounds du Fm, de l’avis d’un spécialiste en la matière. Qui ajoute que la pilule n’est pas passée, parce que le Ccm est contrôlé par l’Etat.
Puisque la plupart de ses membres, dont le nombre est déterminé par le pays, sont issus des différents départements ministériels. Aux côtés desquels on trouve trois représentants des religieux (catholique, musulman, protestant), un du secteur privé (Gicam), un des organisations qui oeuvrent dans le domaine de la santé, et un des Pvvihs. " En cas de vote, fulminent nos sources, les propositions du gouvernement passeront. Car, ses membres sont en surnombre ". Bien plus, pour les représentants de la société civile, les critères de sélection sont flous, étant donné que ceux recrutés pêchent par leur naïveté et ne se sentent pas redevables des actions menées puisqu’ils n’ont pas été élus. Au Nigeria, le Ccm a 20 % de membres issus du gouvernement, de la société civile, 10 % pour les institutions académiques, le secteur privé, 15% pour les personnes vivants avec le vih, la tuberculose et le paludisme ; 15% aussi pour les associations des jeunes et autres partenaires au développement. En somme, 10% des membres du Ccm doivent être originaires des zones rurales.
Irène Sidonie Ndjabun
