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Séniors séropositifs

Sida : monologue d’une sénior dans son unité de soins

11 mars 2008 (papamamanbebe.net)

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Le vih véhicule, via les spots télévisés entre autres, une image que l’inconscient populaire assimile systèmatiquement à une tranche d’âge bien définie.

Pourtant, bon nombre de "préretraités précoces" ou de "vieillards" en survie terminent leurs vies, solitaires, dans une souffrance physique et morale.

Combien sont-ils ?

Que deviennent ces laissés pour compte du sida doublement victimes d’un système ingrat et oublieux ? Qui se soucie de ces survivants frappés hier en pleine force de l’âge vieillis et usés avant l’heure ?

Selon les statistiques, les nouvelles contaminations concernent largement les plus de 49 ans et pourtant ils semblent ignorés, comme si au-delà de cet âge une personne séropositive cessait d’exister pour la Société.

Pour ces motifs, on peut s’autoriser à forcer(?) le trait sur ce qui suit en dédramatisant une tragédie cachée que l’on pourrait croire d’un autre temps et qui s’avère pourtant si contemporaine.

« Tiens, la voilà ! » Je marche tranquillement dans le couloir, je me fais traiter de mémée, je me fais reconduire dans mon fauteuil, on ne me demande pas mon avis, c’est pour ma sécurité qu’elle va dire, il faut pas que je tombe, là, maintenant je suis assise, on s’occupe pas de savoir si je marchais pour aller au WC ! Je me relève, « reste tranquille mémée », si j’avais ma canne je lui en donnerais un coup sur la tête, mais ma canne, elle me l’a prise, en disant que je voulais la frapper. Je me suis relevée, elle dit que je suis chiante, je vais être tellement chiante que je vais faire dans mon pyjama et comme ça je serai pas chiante pour rien, voilà c’est fait !

Alors là j’entends des mots que j’ai jamais entendus : « vieille chouette, cochonne, dégueulasse, tu pouvais pas nous le dire ». Je ne parle pas, comment veut-elle que je lui dise ?

Aïe ! J’ai reçu une baffe ! Ma canne, où est ma canne ?

Je suis emmenée, traînée dare-dare au bain, on s’occupe pas de savoir si l’eau est chaude, trop ou pas assez, la fenêtre est ouverte, je gèle, ça fait rien, elle frotte et puis des fois que le froid gèle mes intestins, comme ça elle n’aurait plus besoin de me démerder, ça serait congelé.

On me sort, je claque des dents, façon de parler puisqu’elle m’a piqué mon dentier, elle a dit qu’une fois je l’avais mordue. Evidemment, elle m’enfournait des gâteaux pire que dans un four, alors je l’ai mordue, maintenant je mange des bouillies, je risque plus de la mordre, mais je la fait chier en chiant. Aïe ! Elle m’a tordu le bras pour que la robe de chambre rentre, ça a craqué, c’est vrai que je résistais un peu, pour l’embêter, quoi !

Maintenant elle est rentrée et on me pousse. Vite... on me rassoit dans mon fauteuil, elle se réinstalle devant la télé, faut plus que je dérange, parce qu’elle va se fâcher et puis... si je la dérangeais encore ?

Je fais semblant de me lever, « mémée, reste tranquille, tu vas tomber ». Elle ferait mieux de dire : mémée, laisse-moi tranquille, je regarde la télé.

L’heure du repas approche. Comme à l’accoutumée, je vais avoir de la purée, de la semoule, de la soupe, de la compote, des fois c’est mélangé, ça dépend si elle est pressée, tout dans l’assiette. Elle me dit de marcher pour aller à table, là, je risque plus de tomber, c’est un miracle ! Elle va m’embecquer, ça y est, la voilà ? Ah ! Aujourd’hui c’est la grosse cuillère, elle est pressée de se remettre devant la télé, y doit y avoir quelque chose d’intéressant.

Aouf ! Pas si vite, Je tousse, je crache, je l’ai ratée, elle me rate pas, une baffe pour avoir craché et encore c’était pas sur elle. Je respire, je fini la compote , je me fais essuyer la bouche, je bois, ça coule partout, mais j’ai bu. « T’as bien mangé mémée ? ». Oui ou non, peu importe, elle attend même pas la réponse ! La voilà assise devant la télé. Je me lève, je glisse sur de la semoule, je tombe, ça fait du bruit, normal, j’entends : « chut ! tu pouvais pas faire attention ? ». On me relève, on me rassoit, je crie, j’ai sûrement une fracture, faudra que j’attende l’interne demain. Elle met la télé plus fort, faut croire que je gueule assez fort pour mon âge, alors je gueule encore plus fort, le poste va exploser, c’est sûr. « J’en ai marre ! » Qu’elle dit. Et hop ! Elle vient, elle me secoue, m’emmène au pieu, je suis bordée, attachée et supposée dormir, non, la revoilà qui se radine avec ses cachets. Je bois, elle part, je les recrache, y avait pas de sirop de sucre dans l’eau, je dors.

La nuit je me lève pour pisser, sans bruit, les veilleurs m’avaient détachée, je ne tombe pas, personne ne gueule, la vieille dort.

Le jour se lève, je connais par cœur l’emploi de temps de la journée.

Thermomètre pour voir la température. Dehors au moins, moins 10 degrés , je suis complètement gelée dans mon lit avec la fenêtre entrouverte. Tension, petit déjeuner série de cachets, ceux-là je les avale, je suis obligé, direction le fauteuil, « attention mémée » si je me lève, l’interne à l’équipe : « comment va-t-elle ? », « bien, toujours pareil »... ah si hier soir elle est tombée, vous avez regardé ?, Oh elle n’a rien, c’est solide à cet âge-là.

Et voilà, un cachet de plus pour la douleur. Je m’éteins tout doucement dans cet univers de paix où tout est calme et joie de vivre.

anonyme

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