Skip to main content.

Afrique du Sud | Couples concernés par le VIH | Sexe et sexualité

Afrique du Sud : Petit guide des rencontres positives

17 février 2008 (UN Integrated Regional Information Networks (IRIN))

2 Messages de forum | | Votez pour cet article

Voir en ligne : Afrique du Sud : Petit guide des rencontres positives

L’amour à l’époque du VIH

JOHANNESBOURG, 14 février 2008 (PlusNews) - Le milieu des rencontres entre célibataires est souvent comparé à une jungle : difficile, pénible et un peu déconcertant. Mais lorsqu’on est séropositif et qu’on cherche l’amour, la carte est encore plus difficile à déchiffrer, et le parcours semé de décisions dangereuses pour l’estime et d’une incertitude tenace.

À l’occasion de la Saint Valentin, IRIN/PlusNews s’est entretenu « en toute intimité » avec trois activistes et une jeune star en Afrique du Sud, qui vivent tous avec le virus et ont révélé leurs astuces et leurs expériences de l’amour, de la vie et du reste.

Johanna Ncala, 40 ans, est coordinatrice de la sensibilisation aux traitements pour la Treatment Action Campaign (TAC), un groupe de lobbying pour la lutte contre le sida. Elle vit depuis quatre ans une histoire à distance avec un Mozambicain, activiste comme elle, qui est aussi le père de sa petite fille de deux ans.

Luckyboy Mkhondwane, 32 ans, est responsable médias communautaires à la TAC ; elle est avec son partenaire séronégatif depuis un peu plus d’un an.

Gordon Mthembu, 44 ans, coordinateur de la TAC dans la province sud-africaine de Gauteng, vient juste de verser la lobola (dot) à la famille de sa compagne, séronégative. Ils sont ensemble depuis mai 2007.

Quant à Tender Mavundla, 26 ans, elle est sur le point de sortir son premier album solo. Elle avait annoncé publiquement sa séropositivité au cours d’une compétition de chant diffusée à la télévision nationale, l’année dernière. Fiancée à un enseignant, elle entretient elle aussi une relation sérodifférente.

Oser le dire ?

Luckyboy : « Nous nous sommes rencontrés le 25 novembre [2007] ; ç’a été le coup de foudre. Alors, j’ai parlé à certains de ses amis, que je connais, et il se trouvait qu’il était aussi attiré par moi. Donc je lui ai dit, "Ok, d’accord, tu veux sortir avec moi, mais il y a une chose que tu dois savoir à mon sujet : je suis séropositive". Et il a répondu "Ok, c’est pas grave, ça ne me posera pas de problème".

« J’ai connu d’autres gens qui, une fois que vous leur dites, vous répondent "je t’appelle". Et puis, vous restez assis près du téléphone et la personne n’appelle jamais. Alors, c’est mieux de savoir que je me lance là-dedans avec quelqu’un qui est prêt à rester avec moi pour un bon bout de temps ».

Tender : « Après être allée au cinéma et avoir fréquenté ce garçon pendant quelques semaines, j’ai vu qu’il voulait vraiment s’engager dans une relation [...] Alors, je lui ai dit "je voudrais te dire quelque chose : j’ai la tuberculose et je suis en train de me faire soigner". Il m’a répondu "ah, c’est pas grave. Tout le monde tombe malade".

« Ça m’a pris des jours de lui dire "C’est pas juste la tuberculose, en fait". Ça me rongeait [...] Je voyais ce garçon ; on utilisait des préservatifs, mais les préservatifs peuvent se percer n’importe quand, et quand je lui dirais, il me battrait peut-être, il me tuerait, même, peut-être. Alors, je lui ai dit "écoute, je suis séropositive".

« Et je l’ai regardé partir. Il est littéralement parti. Il s’est levé, m’a regardée, et m’a dit un truc comme "tu plaisantes, là". Il m’a regardée comme s’il avait vu un fantôme, comme s’il était terrifié. Alors je lui ai dit "le préservatif ne s’est pas percé, tu n’as rien. D’ailleurs, tu ne sais même pas si tu ne l’as pas aussi. Tu t’es fait tester ?". Il m’a répondu "Je ne me ferai jamais tester pour ça !". J’ai essayé de l’appeler, mais il n’a jamais décroché à mes appels...

« Ça m’a donné l’impression que je n’aurais jamais plus de relation normale. Après ça, [je me suis dit] "Leur dire ? Tu sais quoi ? Que dalle ! À partir de maintenant, je ne dis plus rien et je vis ma vie". Mais ça non plus, ça n’a pas marché pour moi : ça vous pèse de ne pas confier ce secret à quelqu’un à qui vous dites tenir, mais je ne vais pas vous mentir, j’ai quand même pu le faire pendant un petit bout de temps...

« Mais tout ce que les médecins m’avaient dit [sur la réinfection] me culpabilisait, alors je suis revenue sur ma décision et je me suis dit "tu sais quoi ? Tant pis. Je vais leur dire dès le jour [où je les rencontre]". Et j’ai choisi cette règle et je l’ai respectée, et aujourd’hui, j’ai un copain et il veut même m’épouser ».

Gordon : « J’ai dit à ma partenaire que j’étais séropositif à peu près deux jours après que l’on avait commencé à se fréquenter.

« Au début, elle a dit "j’ai peur, arrêtons tout, je ne suis pas prête à m’engager avec quelqu’un qui est séropositif". J’ai respecté sa décision, mais environ un mois plus tard, elle est revenue et m’a dit qu’elle s’était renseignée sur le sujet.

« On est ensemble depuis le mois de mai dernier et j’ai même versé sa lobola [dot]. Sa famille est au courant de ma séropositivité et ça ne les a pas dérangés, parce qu’elle a décidé qu’elle m’aimait et que ça ne lui posait pas de problème. Je suis accepté comme je suis et sa famille commence même à s’impliquer en plaidant en faveur des personnes séropositives ».

Johanna : « J’ai rencontré un gars à Durban. Il avait l’air très instruit et m’a dit que je lui plaisais. Je lui ai dit que j’étais prise, mais il n’arrêtait pas de me harceler de coups de fil. Quand je lui ai révélé ma séropositivité, il m’a dit "c’est bon, essayons".

« Dès que j’ai raccroché, j’ai su qu’il ne me rappellerait plus. Et il ne m’a jamais rappelée. Généralement, lorsque je rencontre quelqu’un, dès que j’annonce la couleur, je retire son numéro de mon téléphone, parce que je ne veux pas être tentée de l’appeler. Quand ils vont appeler, vous le sentez tout de suite. Vous l’entendez, quand ce qu’il dit ne vient pas du coeur, il le dit juste pour ne pas vous blesser.

« Si vous lui dites que vous êtes séro[positif] et qu’il vous répond simplement "c’est pas grave", vous savez qu’il ment, parce que ce qu’il devrait dire, c’est "ça m’inquiète ; est-ce que tu peux me donner plus d’informations ?". Il doit y avoir des questions ».

La sérodifférence

Gordon : « C’est une tourmente quotidienne – et si, un jour, le préservatif éclatait ? Ce qui fait peur, c’est de pouvoir infecter sa partenaire. Parfois, je mets même deux préservatifs pour essayer de la protéger ».

Luckyboy : « Ca fait très peur. Ça m’est arrivé, et mon partenaire est séronégatif. Il est allé se faire dépister le lendemain, et de nouveau, trois mois après. Il est toujours séronégatif, mais c’est pour ça que je préfère être directe dès le début.

« Mon partenaire sait que son risque de contracter le virus est très faible parce que ma charge virale est très peu élevée, mais ça ne me donne pas le droit d’avoir des rapports à risque. Je ne prendrais pas le risque. Je ne pense pas que je serais capable de supporter ma culpabilité si j’infectais quelqu’un ».

Toi, moi et mon VIH

Gordon : « Par exemple [quand tu parles, parfois, les gens] ne te croient pas – ils te disent juste "c’est ton sida qui te joue des tours". Ça devient un problème, parce que quoi que tu dises, c’est lié au VIH ; quoi que tu fasses, ça revient toujours au VIH.

« Ma partenaire ne boit pas et ne fume pas, et ça pose un gros problème, parce que moi, je bois et je fume. La plupart du temps, je dois me cacher parce [qu’elle] va me rappeler à chaque fois : "tu fumes, mais tu sais que tu es séro[positif]".

« [Un soir de] décembre, j’avais bu pas mal, et je suis revenu à la maison à environ une heure [du matin]. Au lieu de me demander où j’étais, la première chose que ma partenaire m’a demandée, c’était "Tu faisais encore la fête avec ton sida ?". Sous le coup de l’émotion, j’ai bien failli rompre, parce que ça veut dire qu’elle a des problèmes qu’elle ne veut pas exprimer directement ».

Luckyboy : « Il y a inquiétude et inquiétude. Chaque fois qu’on va faire les courses et que j’achète une bouteille de vin rouge, mon partenaire me dit "tu es séropositive, tu n’es pas censée boire". Ou si maintenant, j’étais de sortie avec mon partenaire, je ne serais pas en train de manger ça [elle montre son sandwich], je mangerais une salade et je boirais de l’eau. Alors, parfois, c’est trop ».

La rupture… pas facile non plus

Johanna : « Parfois, ça fait mal quand tu vas te lancer dans une histoire et qu’elle se termine ; ça te rend plus réservé et tu ne veux plus t’engager dans une relation. Alors lorsque tu en trouves une, tu t’accroches vraiment à cette relation. Mais ce n’est pas facile, parce que tu as très peur ».

Tender : « Pour moi, rester célibataire n’est pas une mauvaise chose. Ne cherche pas un copain. Cherche-toi d’abord des amis. Un ami qui te comprend telle que tu es, qui comprend Tender, et Tender séropositive. Ce sont ces mêmes amis qui peuvent tomber amoureux de toi pour ton courage. Ce n’est pas parce que tu es séropositive que tu dois être prête à tout. Ne va pas renifler les hommes en disant "s’il vous plaît, prenez-moi, prenez-moi, prenez-moi" ».

Forum de discussion: 2 Messages de forum