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Les recommandations suisses sur le sida font polémique

6 février 2008 (Le Monde)

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Les couples stables où l’un des deux partenaires est séropositif, mais n’a plus de virus du sida (VIH) détectable dans le sang grâce au traitement, peuvent-ils se passer de préservatif ? Oui, ont répondu les experts suisses de la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida (CFS), dans un document publié mercredi 30 janvier. Une prise de position jugée prématurée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Onusida ou, en France, par le Conseil national du sida.

Les experts suisses partent d’un constat unanime : l’introduction, à partir de 1996, des combinaisons de médicaments antirétroviraux a non seulement modifié l’évolution de la maladie chez les personnes infectées, mais a aussi diminué la transmission du VIH. Le risque de transmission est d’autant plus important que le nombre d’exemplaires du virus dans le sang, ce qu’on appelle la charge virale, est élevé. Bien suivi, le traitement antirétroviral (TAR) rend la charge virale indétectable (moins de 40 copies du VIH par millilitre de sang). Dans ce cas, est-il encore nécessaire que les rapports soient protégés ?

Les experts suisses s’appuient sur trois études regroupant au total 548 couples hétérosexuels sérodifférents ne montrant pas de cas de transmission avec un traitement bien suivi et une charge virale indétectable. La CFS conclut que "l’application conséquente d’un TAR permet d’exclure tout risque important de transmission".

Trois conditions sont à remplir pour se passer de protection : le respect "à la lettre" du traitement avec un suivi par le médecin traitant, une charge virale indétectable depuis au moins six mois et que la personne séropositive ne soit atteinte d’aucune autre infection sexuellement transmissible. La décision de ne plus utiliser de préservatif incomberait dès lors à la personne séronégative, dit la commission.

Ayant relayé en France l’avis des experts suisses, Réda Sadki, animateur du site Internet Papamamanbebe.net, se réjouit de ces recommandations pour les couples sérodifférents stables : "Ils ont accepté pendant des années toutes les contraintes des rapports protégés ou du parcours du combattant de l’assistance médicale à la procréation lorsqu’ils voulaient un enfant."

"RESTER PRUDENT"

Dans un communiqué commun, l’Onusida et l’OMS rappellent qu’il n’a pas été prouvé qu’une charge virale indétectable "élimine complètement le risque de transmettre le virus" et soulignent l’importance de "méthodes de prévention efficaces et éprouvées contre le VIH ". En France, évoquant des "échantillons trop faibles pour exclure un risque de manière suffisamment fiable", le Conseil national du sida estime que les données "restent trop préliminaires pour permettre des recommandations individuelles". Selon son président, le professeur Willy Rozenbaum, "l’intégration des traitements comme outil de prévention collective ne peut se faire que dans le cadre d’une stratégie globale". Le sujet sera abordé dans les recommandations actualisées du groupe d’experts français sur le sida, à paraître cet été.

Le directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites, Jean-François Delfraissy, estime que "même s’il est très faible, l’on ne peut pas dire en termes individuels que le risque de transmission a totalement disparu lorsque la charge virale est devenue indétectable". M. Delfraissy s’inquiète des répercussions possibles du message de la CFS, qui pourrait "miner les efforts de prévention, en particulier dans la communauté gay où existe un taux élevé de contaminations". Un point de vue partagé par Act Up. Tout en jugeant les résultats encourageants, le président d’Aides, Bruno Spire, invite à "rester prudent" et souligne "le besoin d’études complémentaires".

Jean-François Delfraissy oublie les besoins de prévention et de procréation de milliers de couples hétérosexuels sérodifférents

Paul Benkimoun

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