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Bernard Hirschel | Contamination et prévention | Couples concernés par le VIH

Traité, un séropositif n’est plus contagieux

31 janvier 2008 (Le Temps)

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SIDA. La Commission fédérale franchit le pas et communique : une trithérapie efficace peut jouer un rôle préventif.

par Sylvie Arsever

Les personnes séropositives qui suivent une trithérapie efficace ne contaminent pas leur partenaire. Cela fait un certain temps que les spécialistes le pensaient, le professeur genevois Bernard Hirschel l’a exposé ici même à l’occasion de la Journée du sida (LT du 30.11.07). C’est maintenant la vérité officielle de la Commission pour les problèmes liés au sida (CFS).

La position de cette dernière est exposée dans la dernière livraison du Bulletin des médecins suisses et endossée indirectement par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Une façon de procéder qui reflète l’ambiguïté qui a longtemps régné dans les milieux concernés.

« Nous aurions préféré, explique le docteur René Raggenbass, responsable de la prévention sida à la FMH, limiter la communication au cercle des médecins et laisser ces derniers informer leurs patients. Mais la CFS en a décidé autrement et notre bulletin ne pratique pas la censure. »

Les médecins craignaient que le message passe mal : « Il est très important qu’une personne dont le traitement n’est pas correctement installé - et donc pas entièrement efficace - ne renonce pas à la prévention. Nous recommandons donc aux patients de discuter avec leur médecin avant toute décision. »

La qualité du traitement est en effet déterminante. Si ce dernier est couronné de succès, la charge virale diminue jusqu’à devenir indétectable et ce n’est que si cette condition est durablement remplie que le risque de contagion s’efface.

Malgré cela, réserver l’information aux médecins ne suffisait pas, estime le professeur Pietro Vernazza, président de la CFS. « Les employeurs comprennent aujourd’hui que, correctement traitées, les personnes séropositives sont des travailleurs productifs. Mais la crainte de la contagion continue d’isoler ces patients. Il est donc important de diffuser les messages rassurants qu’apporte le progrès des connaissances médicales. Et les tribunaux les condamnent toujours s’ils ont des relations sexuelles avec une personne séronégative, même informée. Là aussi, il est important de faire passer le message. »

La CFS est arrivée à cette conclusion à l’unanimité mais il a fallu du temps, relève Roger Staub, chef de la section sida à l’OFSP. « Les spécialistes de la prévention craignaient de brouiller le message. Il a fallu prendre le temps de la discussion et de la conviction. » A titre personnel, Roger Staub est convaincu de l’utilité de communiquer largement - seul moyen de s’assurer que tous les patients auront accès à une information qui les concerne au premier chef. Et, finalement, relève-t-il, le cœur du message préventif reste inchangé : toute relation occasionnelle ou nouvelle doit impérativement être protégée.

Reste que tout cela a pris du temps. La décision du professeur Hirschel de prendre les devants a obligé la CFS et l’OFSP à presser un peu le pas. Ce dernier n’est pas entièrement parvenu à suivre le rythme : une publication prévue dans son propre bulletin n’a pas été prête à temps. Mais cela ne l’empêche pas d’appuyer la publication de la CFS dans un communiqué diffusé hier.

Prévention : ce qui change, ce qui reste impératif

Les couples peuvent renoncer au préservatif à certaines conditions.

« Jamais sans », la consigne reste valable pour l’essentiel. L’affirmation selon laquelle « je suis traité », ne doit pas être plus crue sur parole que « je ne suis pas contaminé ». Mais pour les couples stables dont un seul partenaire est infecté, les choses changent. Conseils.

Un traitement efficace

Ce n’est que si aucun virus n’a été détecté dans le sang du patient depuis six mois qu’un renoncement au préservatif peut être envisagé. Il faut encore que le traitement soit régulièrement suivi et contrôlé et que le patient n’ait pas d’autre maladie sexuellement transmissible.

Le partenaire décide

C’est au partenaire séronégatif de prendre, en toute liberté et sans pression affective, la décision de renoncer à la protection.

Un bébé ? Pourquoi pas ?

Sans préservatif, la contraception n’est plus assurée. La pilule doit donc être envisagée. Certains traitements antirétroviraux peuvent toutefois atténuer son efficacité, tandis que d’autres sont contre-indiqués pendant la grossesse. Dans tous les cas, il est donc recommandé de discuter toute décision avec son médecin traitant. Mais la bonne nouvelle reste : un bébé, c’est possible sans insémination artificielle.

La jurisprudence

Les tribunaux doivent adapter leur jurisprudence : un patient séropositif suivant correctement son traitement ne devrait plus, estime la Commission pour les problèmes liés au sida (CFS), pouvoir être condamné pour transmission d’une maladie dangereuse ou pour lésions corporelles.

C’est sûr, docteur ?

Mais est-ce bien sûr ? Il est diablement difficile d’apporter la preuve absolue qu’un fait ne se produit jamais. Mais on dispose d’un nombre désormais respectable d’études et ces dernières n’ont pas permis de mettre en évidence des contaminations par un patient sous traitement antirétroviral efficace. « On disposait de nettement moins d’éléments lorsqu’on a dit dans les années 1980 que le baiser profond n’était pas dangereux. Et on ne l’a pas regretté », commente Roger Staub, chef de la section sida à l’Office fédéral de la santé.

Traitement pour tous ?

Si le traitement élimine le danger de contamination, ne faudrait-il pas l’encourager dès le diagnostic de séropositivité ? La CFS répond nettement par la négative. Pour le moment, « les indications médicales restent absolument prioritaires pour prescrire un traitement ».

Ce dernier reste lourd et une personne en bonne santé risque de mal l’observer. Or des traitements interrompus et mal appliqués peuvent favoriser le développement de souches virales résistantes. En clair : le traitement préventif doit rester une exception pour patient très motivé.

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