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Des mères et des bébés sans sida, la bataille de Rosalie

15 janvier 2008 (UN Integrated Regional Information Networks (IRIN))

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Cotonou, 9 Janvier 2008 — Lorsque Rosalie Salako a fait le test de dépistage du VIH en 2004, elle était déjà maman de deux enfants mais n’avait jamais réalisé qu’ils aient pu courir le risque d’être infectés. Son test négatif l’a alors convaincue de s’engager pour aider les futures mères à éviter ce danger.

La mise en place du programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME) en 2004 dans la zone sanitaire qui englobe sa commune de Pobè, à 120 kilomètres à l’est de Cotonou, la principale ville côtière du Bénin, a été une étape décisive dans la vie de cette femme de 38 ans, aujourd’hui enceinte de son troisième enfant.

Le test de dépistage lui a été proposé à l’occasion du lancement de la PTME, et elle a alors découvert que par chance, ses enfants nés avant cette date étaient en bonne santé, ainsi qu’elle-même, mais qu’elle les avaient eu sans avoir la moindre idée du risque auquel une mère et ses enfants pouvaient être exposés par ignorance.

Cette prise de conscience a été le déclic, et elle a tout de suite accepté de s’engager auprès des autres mères.

« Quand on m’a donné le résultat [du test de dépistage du VIH] et qu’il était négatif, il m’a été demandé de conseiller les autres femmes enceintes afin qu’elles aillent faire le test pour savoir si elles ont le sida. J’ai regroupé quelques-unes à qui j’ai alors prodigué des conseils », a-t-elle raconté.

Depuis cette date, une fois par semaine, Mme Salako rencontre des femmes enceintes de Pobè pour leur expliquer les avantages qu’elles ont à se faire dépister au VIH. « Je dis aux femmes que le dépistage leur permet de sécuriser leurs enfants et de les protéger du sida si éventuellement elles avaient contracté le virus », a-t-elle dit.

Elle n’est pas seule à s’être mobilisée pour la PTME à Pobè, Kétou et Adja Ouère, trois localités d’une même zone sanitaire : son travail et celui d’autres femmes a permis d’enregistrer des avancées, ont reconnu des responsables sanitaires de la zone, qui estiment que le taux de dépistage des femmes enceintes est exceptionnel, puisque neuf femmes sur 10 acceptent de faire le test.

Le travail de Mme Salako et des autres conseillères consiste également à encourager les femmes enceintes séropositives à suivre scrupuleusement le protocole thérapeutique qui leur a été prescrit, et qui permet, entre autres grâce à l’administration d’antirétroviraux (ARV) à la mère avant et au moment de l’accouchement, et au nouveau-né dans les heures qui suivent sa naissance, de réduire considérablement le risque de transmission du VIH.

Selon le docteur Joseph Zinsou, médecin coordonnateur de cette zone sanitaire, les efforts des conseillères sont loin d’être superflus : près de 236 femmes enceintes séropositives sont suivies depuis 2004 dans le cadre du programme PTME, mais 83 autres ont été perdues de vue.

Au Bénin, la PTME est opérationnelle dans de nombreuses maternités du pays. Au cours de l’année 2005, 1 171 femmes ont été dépistées positives au VIH et 939 d’entre elles ont bénéficié d’ARV.

Les obstacles

...Ce sont les femmes qui prennent la responsabilité du dépistage. Les maris ne sont pas encore décidés à faire leur test eux-mêmes. Il n’y en a que quelques uns qui le font...

Mme Salako est confrontée à deux obstacles principaux dans son travail de sensibilisation et de conseil, notamment le problème de l’insuffisance de prise en charge des femmes enceintes séropositives.

« La prise en charge nutritionnelle fait parfois défaut, ce qui maintient la malade en grossesse ou nourrice [allaitement] dans un état de pauvreté extrême », a-t-elle regretté. « En plus de cela, les malades n’ont pas les médicaments nécessaires pour les soulager ».

Pour M. Zinsou, « ceci montre les limites de la PTME, car il est clair que ce protocole [thérapeutique] n’est pertinent que si la femme le suit jusqu’au bout, ce qui inclut forcément la prise en charge ».

« Mais nous en sommes encore à faire face à des difficultés les plus insoupçonnables », a-t-il ajouté, faisant allusion entre autres à la stigmatisation et au poids des traditions.

Car en dépit de sa détermination, Mme Salako est aussi confrontée à un autre obstacle majeur, à savoir la résistance de certaines femmes qui craignent la réaction de leur mari et évitent parfois d’entrer en contact avec elle, de peur de subir la colère des hommes.

Son expérience de conseillère et celle des médecins qui suivent les femmes a en effet révélé que dans cette zone sanitaire un peu isolée, les hommes constituaient toujours un frein à la PTME.

« Ce sont les femmes qui prennent la responsabilité du dépistage. Les maris ne sont pas encore décidés à faire leur test eux-mêmes. Il n’y en a que quelques uns qui le font », a confirmé M. Zinsou.

Dans cette zone sanitaire, le programme de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant couvre aujourd’hui 52 pour cent des femmes cibles, c’est-à-dire dépistée positive au VIH et qui devraient bénéficier de la PTME.

« Ce taux... [pourrait] être plus élevé si les hommes affichaient le même engagement que les femmes », a regretté M. Zinsou.

Dans certains cas, des femmes pourtant convaincues de l’importance du dépistage sont tiraillées entre cette prise de conscience et la peur d’être rejetées par des hommes prêts à répudier leur épouse en cas de séropositivité.

« Les hommes ont besoin de changer de vision par rapport à cette maladie et de permettre à leur femme de contribuer à limiter les impacts de cette maladie sur la communauté et le développement », a plaidé Mme Salako, qui s’est dite chanceuse d’avoir un mari qui soutenait pleinement son engagement et lui facilitait la tâche.

Craignant le pire, Bernard Adéogou, vulcanisateur, a confirmé n’avoir aucune envie d’autoriser sa femme à aller faire le test. « Cela ne me plaît pas car j’ai peur des résultats », a-t-il dit, reconnaissant qu’il ne savait pas ce qu’était la PTME et ne souhaitait pas en entendre parler.

Cette réaction étant loin d’être isolée, la dernière campagne de mobilisation sociale autour de la PTME, lancée en octobre par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, et les autorités sanitaires à Pobè, a surtout ciblé les hommes.

Les intervenants ont exhorté à cette occasion les hommes à « desserrer leur dictature sur les femmes », selon les termes d’une des répliques du sketch d’ouverture de la campagne.

Mais le message de Mme Salako et des autres conseillères reste parfois difficile à faire passer auprès des femmes, en raison de la stigmatisation.

« Certaines femmes, en voyant le traitement qui est fait aux personnes malades ou reconnues séropositives, restent très fermées à notre message. Cela devient alors difficile à gérer, malgré les persuasions », a-t-elle regretté.