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Hommes séropositifs | Séniors séropositifs

Francis, soixante-dix-sept ans, séropositif

23 décembre 2007 (seniorplanet.fr)

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Il n’est ni toxicomane, ni homosexuel, ni transfusé. Séropositif depuis 1986, il ne se reconnaît pas dans les associations traditionnelles de lutte contre le Sida. Il vient de créer sa propre association pour accueillir des personnes séropositives de tout âge et de toute origine. Témoignage.

Un patient atypique

Il se définit lui-même comme un survivant. En 1986, à l’époque de sa contamination, il avait seulement une chance sur dix de ne pas mourir rapidement de sa séropositivité. "Et je suis toujours là…", reconnaît-il avec un petit sourire malicieux. Bref, sa longévité bouscule bien des clichés mortifères qui rôdent autour de la séropositivité.

Autre cliché démenti par son mode de contamination : il n’est ni toxicomane, ni homosexuel, ni transfusé. C’est une amie anglaise, rencontrée lors d’un séjour de travail en Zambie, qui lui a transmis le virus du Sida. Bref, aux yeux de beaucoup, il était un cas et, sur son dossier médical, les médecins avaient marqué : "séropositivité d’origine inconnue, ne fait pas partie des groupes à risques".

Ce profil un peu atypique de malade séropositif l’a sans doute aidé indirectement. "On m’a proposé de participer à une étude sur un nouveau traitement dans le service où j’étais hospitalisé au début de ma maladie. Il s’agissait de l’AZT, un des premiers anti-rétroviraux contre le VIH", se souvient-il.

Ce traitement lui a permis d’endiguer la maladie jusqu’à l’arrivée en 1996 des trithérapies (traitement par plusieurs antiviraux à la fois). Ce traitement a changé le pronostic de cette maladie virale. "Je crois quand même que j’ai eu beaucoup de chance avec la médecine, constate Francis. C’est au moment où l’AZT commençait à ne plus être efficace pour moi que j’ai pu bénéficier des trithérapies".

Des rencontres étonnantes

Grâce au traitement, la maladie est restée tapie au fond de lui. Pourtant, son statut de séropositif a changé le cours de sa vie. Conducteur de travaux dans le BTP, il a poursuivi son métier jusqu’à la retraite, mais ses différents séjours à l’hôpital lui ont permis de rencontrer toute sorte de personnalités qu’il n’aurait jamais rencontrées autrement. "J’ai sympathisé avec des jeunes toxicomanes qui n’étaient pas si mauvais que ça, des homosexuels dont la détresse était profonde. Certains d’entre eux étaient des gens assez étonnants…"

Contrairement à d’autres, il n’a pas trop souffert de discrimination du fait de sa séropositivité, alors qu’il ne s’en est jamais vraiment caché dans son entourage. "Paradoxalement ceux qui ont été les plus intolérants à mon égard, c’étaient les autres malades, ceux qui avaient une maladie différente de la mienne". Il se souvient de ce séjour en maison de convalescence où les patients non sidéens avaient exigé une table réservée aux séropositifs pour ne pas les fréquenter durant les repas.

"Les associations officielles de lutte contre le Sida contribuent aussi à renforcer la discrimination et la stigmatisation par leur discours militant et violent", estime-t-il. Un discours dans lequel il ne se reconnaît pas et qui l’a conduit à créer, avec d’autres personnes séropositives, une nouvelle association de lutte contre le Sida.

"Le nom de cette association est V.I.H. pour Visibilité, Information et Humanité. Visibilité car il ne faut pas se cacher. Nous sommes des citoyens comme les autres et nous n’avons pas à être rejetés ou surprotégés par la société. Information car nous voulons faire passer un discours de responsabilité vis-à-vis de la transmission du virus HIV. Enfin, Humanité car souvent le plus douloureux n’est pas la maladie en elle-même mais le rejet dont nous sommes parfois victimes", conclut-il.

Jean-Pierre Rageau

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