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Bernard Hirschel : « Avec les trithérapies, nous avons les moyens théoriques d’éradiquer le sida »
30 novembre 2007 (Le Temps)
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Samedi aura lieu la Journée mondiale contre le sida. Pour le professeur Bernard Hirschel, les stratégies préventives doivent évoluer. Et prendre en compte le fait que les malades suivant un traitement efficace ne sont plus contagieux.
Cela fait quelque temps que les spécialistes se regardent en chiens de faïence sans oser aborder franchement le sujet. Le professeur Bernard Hirschel, responsable de l’Unité sida à l’Hôpital cantonal genevois, a décidé de parler clair. Une trithérapie bien suivie n’est pas seulement un moyen de tenir durablement la maladie à distance. Mais aussi une prévention efficace pour les partenaires sexuels du patient. Cette vérité, confirmée par plusieurs études, doit désormais, estime-t-il, être prise en compte dans les stratégies préventives. Explications.
Le Temps : La trithérapie est un instrument de prévention, dites-vous. Comment cela s’explique-t-il ?
Bernard Hirschel : Les traitements actuels, s’ils sont correctement suivis, réduisent le taux de virus dans le sang et dans les sécrétions du patient. Or des études menées dès 1999 ont montré qu’en dessous d’une certaine concentration de virus, aucune contamination ne se produit. On l’a vérifié, notamment à la naissance d’enfants de mères séropositives et aussi en étudiant des couples dont un seul partenaire était infecté.
- Une personne bien traitée ne présente aucun risque pour ses partenaires. Peut-on le dire avec une certitude absolue ?
Il n’existe pas de certitude absolue, ni de risque zéro. Ce qu’on peut dire c’est que jusqu’ici, on n’a pas constaté de contamination à partir d’un porteur du VIH sous traitement efficace. On ne peut pas exclure que l’étude de cohortes plus importantes ferait apparaître une exception ici ou là. Mais nous avons affaire à une nouvelle réalité, qui change les choses dans la pratique.
- Par exemple ?
Aujourd’hui, nous pouvons dire à un couple dont l’un des partenaires est séropositif traité avec un taux de virus indétectable qu’ils peuvent avoir un enfant sans avoir à s’inquiéter de la contamination du partenaire non infecté. Après une prise de risque, on peut renoncer à un traitement préventif coûteux et grevé d’effets secondaires si la personne avec laquelle a eu lieu le contact critique ne présente pas de charge virale. Ce sont des pratiques qui se sont déjà installées. Aujourd’hui, on peut aller plus loin.
- Généraliser l’information, par exemple ?
Cela fait peur aux spécialistes de la prévention. Ils craignent de brouiller un message simple qui a fait ses preuves : « jamais sans protection ». Mais nous devons constater qu’il y a des personnes qui ne parviennent pas à appliquer absolument cette consigne. Cela peut donc être utile de nuancer, d’offrir des options additionnelles. Après tout, la contraception n’est pas moins efficace parce qu’on a le choix entre la pilule et le préservatif.
- Mais que dire concrètement ?
Nous pouvons d’abord dire aux personnes sous traitement qu’elles ne sont pas un danger public. Psychologiquement, c’est extrêmement lourd de se sentir porteur d’une maladie grave qu’on peut transmettre à ceux qu’on aime. Cela provoque un isolement terrible. Si nous pouvons les rassurer, cela vaut la peine. Ensuite, le message préventif de base ne change pas : lors d’un contact sexuel occasionnel, il faut se protéger. C’est dans les relations plus durables qu’on peut varier les stratégies. Cela nous oblige à personnaliser les messages préventifs, ce qui correspond à l’évolution de la maladie, qui n’est plus chez nous une calamité absolue mais une affection difficile avec laquelle un grand nombre de gens ont appris à vivre.
- Vous ne craignez pas de vous voir reprocher dans dix ans d’avoir ouvert la porte à de nouveaux comportements à risque ?
On ne reprochera jamais à un responsable politique ou médical d’avoir surestimé un risque tandis que la sanction peut être terrible s’il le minimise. Mais on ne peut pas se laisser paralyser par ça : un message préventif qui grossit tous les risques et ne correspond pas à la réalité perd en crédibilité et en efficacité. Regardez ce qui s’est passé, au début de l’épidémie, avec le baiser. A un moment donné, on a décidé de dire que le baiser ne permettait pas de contamination. On n’en était pas sûr à 100%. Mais les données dont on disposait allaient nettement dans ce sens. Et le message préventif est resté crédible et praticable.
- Si les personnes sous traitement ne contaminent pas leurs partenaires, cela veut dire qu’on a les moyens d’éradiquer pratiquement la maladie.
Théoriquement, oui. Une équipe de Vancouver, au Canada, a modélisé ce qui se passerait si l’on traitait, dans cette ville, toutes les personnes infectées et non les 30% qui présentent des symptômes comme aujourd’hui. Cela coûterait cher jusque vers 2020. Mais ensuite, des frais bien plus importants seraient évités jusqu’en 2050, époque où la maladie aurait disparu. La même équipe va tenter d’augmenter le taux de traitement à 50% et de mesurer ce qui se passe. Cela dit, c’est envisageable dans un pays développé ; dans un pays pauvre et peu médicalisé, cette stratégie se heurterait à des obstacles importants.
- En Suisse, en revanche, elle est possible...
Effectivement. C’est une perspective qui mérite d’autant plus d’être envisagée que celle de disposer d’un vaccin dans un délai raisonnable semble aujourd’hui exclue. Il faut toutefois bien peser les problèmes éthiques : le traitement comporte parfois des effets secondaires désagréables. Pour le conseiller à des personnes qui ne présentent pas de symptômes, il faut donc de solides raisons. Certaines personnes seraient sans doute d’accord de se traiter pour cesser d’être contagieuses. Mais il semble exclu de contraindre ceux qui ne le souhaiteraient pas. Il faut sans doute attendre encore un peu que les traitements s’améliorent encore. C’est en train de se produire. A ce moment-là, je pense qu’il faudra envisager très sérieusement cette stratégie.
Forum de discussion: 1 Message
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Bernard Hirschel : « Avec les trithérapies, nous avons les moyens théoriques d’éradiquer le sida »
Moi, je ne suis pas d’accord sur le fait qu’on laisse dire sur Seronet, en se basant uniquement sur l’étude suisse qui n’a pas été officialisée par la communauté des chercheurs spécialistes du VIH, que lorsqu’on est en traitement ARV avec une CV indétectable on n’est plus contaminant.
Pourquoi ?
Parce que il est trop tôt pour lâcher dans la nature une telle information aux conséquences très lourdes.
D’une part elle sera forcément mal entendue et mal interprétée par des personnes mal informées qui feront le raccourci que les séropos sous traitements ne sont pas contaminants (alors que l’étude suisse est basée sur une cohorte hétéro très très ciblée). Alors que ce n’est pas ce que dit l’étude suisse. Malheureusement, ceux qui comprendront de travers ne viendront pas vous demander des précisions, pour la plupart, ils n’auront alors pas accès aux nuances très importantes qu’il faut apporter, ils se contenteront de prendre pour argent comptant une info qui les rassurera, sans chercher plus loin.
Ensuite parce que relâcher le message sur la capote c’est laisser entendre que finalement on peut s’en passer, y compris quand on ne connait pas son statut sérologique. Cela s’appelle du détricotage. Déjà que les plans nokpote ont commencé à pullulé sur les chats gay, alors avec cette annonce là, ça va ne faire qu’empirer (à mon avis).
Enfin parce que cela peut nous mettre nous, séropos, en situation extrêmement délicate : après tout, si moi qui suis en CV indétectable depuis longtemps et que selon mon médecin lui-même, je ne suis plus contaminant (ce qui est peut-être vrai mais ce n’est pas la question, la question c’est les conséquences néfastes qu’il y a à laisser courir cette info sans recadrage suffisant et sans confirmation officielle), alors moi, si j’ai une envie soudaine de laisser tomber la capote y compris pour les actes les plus contaminants (ce ne sera pas le cas car je souhaite continuer à l’utiliser) et si je me remets à chercher des plans cul à droite à gauche, je pourrais très bien considérer qu’après tout, si je ne suis plus contaminant, comme l’affirment haut et fort les barebackers (qui ont toujours refusé la capote, cherchez l’erreur ; excusez moi mais là le "non-jugement" atteint sa limite) sur seronet, je peux laisser tomber le préso. Seulement voila, si un mec revient me voir après et me dit : "Dis, je viens d’apprendre que je suis séropo, c’est pas toi qui me l’aurait refilé par hasard ?", eh bien je me sentirai très mal et je me demanderai inévitablement, sans pouvoir en être sûr, si c’est pas moi qui lui aurai refilé le VIH. Et je dirai quoi ? "Merci Aides" ?
Voila le genre de situation qui a de grands risques de se produire suite à la diffusion prématurée, sans précautions ni préparation, de cette info explosive non confirmée officiellement, sur un site estampillé Aides, qui refuse toute critique envers ce virage radical pris par l’association emblématique de lutte contre le SIDA.
Perso, je ne peux pas être partie prenante d’une telle dérive et je ne me vois plus faire des actions avec l’étiquette AIDES.
Il me faut donc prendre mes distances, du moins tant que les choses demeureront en l’état sur cette question
