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Contamination et prévention | Faire un bébé quand on est séropositif | Pietro Vernazza

Pietro Vernazza, spécialiste de la transmission sexuelle du VIH : « D’ici quelques années, les couples sérodifférents auront des relations non-protégées... sans risque, grâce aux médicaments ! »

7 novembre 2007 (papamamanbebe.net)

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Pietro Vernazza est spécialiste de la transmission sexuelle du VIH. Il soutient depuis des années des couples sérodifférents qui veulent faire des enfants.

Pietro Vernazza sera l’invité de la Soirée de discussion du 24 janvier 2008 à Paris, organisée par le Comité des familles pour répondre aux questions des couples sérodifférents qui veulent faire un enfant. Venez en parler à la prochaine Soirée de discussion le 15 novembre 2007.

Pietro Vernazza est convaincu qu’une révolution s’annonce dans la vie sexuelle des couples sérodifférents : ses recherches démontrent, selon lui, que le risque de transmission au partenaire séronégatif est « très, très bas » pour les personnes sous traitement efficace (charge virale indétectable) et sans infection sexuellement transmissible (IST).

Qu’est-ce que cela implique pour la prévention du VIH et ses dogmes, notamment l’usage du préservatif préconisé pour les couples sérodifférents ? « Vous avez vraiment pointé la chose la plus délicate. Je suis d’accord, c’est très difficile de traduire ces avancées médicales en messages de prévention. Jusqu’à maintenant on a toujours dit « préservatif, préservatif, préservatif ! ». Mais c’est aussi important pour les personnes séropositives d’avoir une vie sexuelle normale, s’il n’y a pas de raisons pour eux de se protéger [dans certaines situations]. Il faut faire une distinction entre les couples stables qui prennent cette décision ensemble, qui peuvent parler du risque et l’estimer pour eux-mêmes, et la population générale. Je pense que cela sera la chose la plus délicate, de séparer ces deux informations. »

Pietro Vernazza ne voit pas pour autant une concurrence avec ses collègues de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Il travaille depuis dix ans avec Enrico Semprini (un des chercheurs à l’origine de la technique du « lavage de sperme » qui permet d’éliminer le virus du sperme des hommes séropositifs en vue d’une fécondation dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation (AMP)), et ce dernier est « convaincu » de l’intérêt de sa méthode pour des couples qui n’ont pas de problèmes de fertilité et qui ont un traitement efficace. Et l’AMP conserve son utilité lorsqu’il y a un problème de fertilité.

Le groupe européen de chercheurs qui travaille sur ce sujet est d’accord qu’il faut « commencer à changer », mais peut-être, explique-t-il, « ont-ils un peu peur d’être le premier » à dire ce que « beaucoup de médecins » pensent mais n’osent pas dire...

Dans le cadre de ce suivi, Vernazza explique qu’ils ont abandonné le dépistage du VIH dans le liquide séminal, parce que son équipe n’a jamais trouvé du virus dans le sperme d’un homme dont la charge virale dans le sang était indétectable et qui n’était pas atteint d’une autre infection sexuellement transmissible.

Il raconte comment, à partir de la fin des années quatre-vingt-dix, il prend conscience que, parmi tous ces couples qui viennent demander le « lavage du sperme », les hommes séropositifs sous traitement ont déjà une charge virale indétectable dans le sang.

Son équipe estime le risque de transmission dans ce contexte lors d’un rapport non-protégé, et trouve qu’il est « très, très bas », environ une fois pour un million de rapports sexuels. Par ailleurs, il constate que c’est « plus économique » et « plus agréable » d’avoir un rapport non-protégé pour tomber enceinte.

Pour réduire encore plus ce risque, Vernazza propose aux couples le choix entre l’insémination et la prise d’un médicament antirétroviral pour la femme séronégative. La femme prend un comprimé le jour d’avant et le jour même du rapport. Enfin, le rapport non-protégé est programmé au jour de fertilité maximale pour la femme.

Manon et Tina interrogent Pietro Vernazza :

- Est-ce qu’on peut obtenir les ordonnances pour le test du sperme et les traitements pour la femme séronégative en France ? En Suisse ?

Selon Pietro Vernazza, ce test n’est pas nécessaire.

- Est ce qu’il est possible qu’un couple français puisse être suivi en Suisse ?

Un couple du Comité des familles est entré en contact avec l’équipe de Vernazza et va faire les démarches.

- Y a-t-il un traitement conseillé pour le partenaire séropositif pour avoir le moins de virus dans le sperme et dans le sang ?

Vernazza pense que c’est important d’utiliser le Viread® (tenofovir) parce que ce médicament a une « action très longue » (il reste longtemps dans le sang après la prise).

- Avant de débuter le protocole est ce que la personne séropositive doit être sous traitement donc avec une charge indétectable ?

Oui, c’est le critère le plus important. Un autre critère important est de ne pas être atteint d’une autre infection sexuellement transmissible (IST).

- Pourquoi par voie naturelle les chances de réussite d’une grossesse sont-elles plus élevées qu’avec l’AMP ou la femme est stimulée ?

Selon Vernazza, avec l’insémination, le sperme est passé dans une centrifugeuse et subit d’autres traitements « pas très agréables » qui diminuent la qualité du sperme. Il cite aussi le fait que l’orgasme féminin augmente la chance d’une fécondation.

- Quel est le pourcentage de risque d’infection pour la femme séronégative ?

Selon Vernazza, lorsque les critères sont respectés, le « risque de transmission » est « presque zéro ». Lorsque l’homme a une charge virale indétectable, le risque de transmission est de l’ordre d’un par million. C’est comparable au risque d’un accident de la route. D’ici quelques années, Vernazza pense que « la plupart des couples utiliseront cette méthode, qui est de loin la plus efficace ».

- Quelles sont les suites de cette étude depuis les résultats en juillet 2007 ?

Vernazza travaille avec des collègues qui utilisent la même méthode dans d’autres pays d’Europe. Il réunit toutes ces données en vue d’une publication.

- Quand la femme est séropositive, cette méthode peut-elle être envisagée ?

Vernazza rappelle qu’il existe l’auto-insémination dans ce cas, qui est simple à réaliser.

- Comment se passe le suivi de la femme pour réunir toutes ses chances de tomber enceinte ?

Vernazza utiliser un test d’urine pour détecter l’hormone qui permet de cibler le jour de fécondité. Par ailleurs, il est important d’espacer les éjaculations (2-7 jours est le temps optimum pour une telle « pause »), pour garantir la meilleure qualité de sperme (pas d’éjaculations tous les jours). Le taux de fécondation n’est pas diminué par rapport aux couples qui peuvent avoir des rapports plus fréquents, parce qu’il y a un seul jour où c’est possible de tomber enceinte.

- Qu’est-ce que les couples sérodifférents peuvent espérer de cette étude dans un proche avenir ?

« D’ici un ou deux ans, on sera plus sûr que la relation non-protégée n’a pas de risque réel de contamination si le traitement fonctionne très bien. Je pense que dans quelques années, tous les couples auront des relations non-protégées, et n’utiliseront plus le préservatif. »

Selon une petite étude, le tenofovir (Viread®) préviendrait la contamination par le VIH chez les couples, dont l’homme est séropositif, qui essaient de faire un bébé

Rapports sexuels non-protégés pour faire un bébé : l’équipe discute de l’étude de Pietro Vernazza

Documents joints

Pre-exposure prophylaxis and timed intercourse for HIV-discordant couples willing to conceive a child (PDF, 64.6 ko)

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